Images d'Asie et de femmes
Poèmes pour l'exotisme en amour

de Georges Friedenkraft

Editions  La Jointée 2001 - 146, rue du Point du jour - 92100 Boulogne-Billancourt
par  Mireille Disdero
 

" Le voyage intérieur que nous suggère d'entreprendre la sagesse d'Extrême-Orient est peut-être la plus saine et la plus passionnante des aventures. Selon l'expression des sages, nous abordons l'autre rive de l'océan de l'Etre au coeur de nous-même." Là se révèlent des horizons inconnus où le divin et l'humain sont une même clarté.

Robert Linssen, Le Zen 1969

 

Je viens vous convier à la lecture d'un recueil poétique, Images d'Asie et de femmes que son auteur Georges Friedenkraft sous-titre "Poèmes pour l'exotisme en amour".

Une cinquantaine de pages regroupant des écrits pour la plupart déjà publiés en revues ou dans des recueils. Dans son avant-lire il nous explique que ses textes sont souvent écrits dans des formes asiatiques ou proches de l'esprit asiatique. En effet, il y développe le haïku (ou haïkou), le tanka, la renga mais également le monostiche (poème en un seul vers) qui rappelle l'esprit du haïku japonais :

De ta bouche, oh geisha, coule un lait de chansons

La patine du temps sur le bronze des bonzes

Ces poèmes sont liés au bouddhisme Zen et à son chemin spirituel.

L'auteur Georges Friedenkraft est né en 1945 et habite Paris. Chercheur scientifique, il a beaucoup publié, notamment aux éditions de l'Olivier, chez Poésie Vivante, le Charbon Blanc, Peccadilles etc. ainsi que dans diverses revues. Sur Ecrits... Vains ? nous avons eu le plaisir de le rencontrer lors de sa participation à Eros en poésie. Poète et scientifique, il a aussi longuement collaboré à des revues poétiques - surtout en Extrême Orient. Il a traduit des poèmes japonais du XVIIème siècle. Enfin, il est marié à une journaliste dont le pays d'origine est la Malaisie... Son histoire personnelle permet sans doute une approche plus en profondeur de l'esprit asiatique :

 
MALAISIE
 
Pour ma femme, pour son pays
 
1
 
L'orchidée qui t'avait vu naître
s'est muée en poignard d'étain :
d'avoir dà quitter les pastèques
au jus de sang entrelacées
d'oiseaux aux plumes éclatées
sur l'étang vert, temple du ciel
miroir d'été, d'avoir perdu
ton corps, vierge pays, j'ai mal !
 
...
 
 

Je suis heureuse aujourd'hui de vous présenter ce recueil car l'écriture qui s'y donne compose une musique dérivée d'un ailleurs, en Extrême-Asie. On y entend un peu d'exil. Dans le recueil, les textes plus spécifiquement occidentaux sont présentés en italique, comme légèrement décalés :

 

MING ET MELUSINE

 

Ming et Mélusine

ont percé l'humus

entre les lotus

et les aubépines

 

Leurs deux voix cousines

ont la même ardeur ;

une même odeur

d'ambre, de résine

 

Drape leurs narines ;

l'Orient, l'Occident

fleurissent leurs dents

de deux églantines

 

Ming et Mélusine

bras entrelacés

sont venues chanter

les mêmes comptines :

 

D'Europe ou de Chine

joignons nos dragons !

hybridons nos lions !

mêlons nos farines !

 

Ouvrons nos vitrines

rivages jumeaux

joignons nos cerveaux

et nos étamines !

 

Soeurs, elles dessinent

sur les champs rieurs

un monde meilleur

Ming et Mélusine

 

 

Le poète entame une méditation, une rêverie reliant la civilisation extrême-orientale à la pensée occidentale. Le résultat en est la prosodie, cette métrique où les vers prennent du relief et tranchent. Surtout si on les compare à la tendance poétique actuelle qui va plutàt dans le sens d'une simple césure d'un texte essentiellement prose, croyant le transmuer en poème par des retours à la ligne à moindre frais. Là, c'est tout le contraire. Le poète travaille la forme du poème très précisément. On sent chez lui la connaissance du terrain poétique, l'importance d'une quête de l'harmonie à travers la tentation de sa perfection formelle. Des alliances de mots fort originales :

Pieds nus dans le tombeau sonore

Des allitérations réussies et surprenantes :

Dans l'enfer fléchi des glaciers

L'auteur a le sens du vers, de la sonorité. Dans cet amour, on sent la pression profonde de l'érotisme :

L'or noir de ton sexe (Tankas entre tes draps)

*

Je glisse vers toi

débarrassé de ma bogue

comme une pirogue.

 

Entre les racines

les coquillages géants

ton pubis en feu.

( Dans HAÏKOUS )

 

Georges Friedenkraft cultive les trouvailles surprenantes :

La nuit secoue ses grands jupons (dans Etreinte)

*

J'ai rêvé de hautes collines

tendant leurs lèvres aux nuages (Dans Exil intérieur)

*

D'autres rêvent d'être flammes

moi j'aspire à l'hibiscus (Dans Danse du Têt)

 

Et au long de ses textes il sème des noms, mots et phrases voyageurs... L'orchidée, le lin des lianes, la caresse des moussons, Bornéo, Singapour, les plages de Java, le thé, Tokio... Une invitation au voyage, son " rêve par delà l'horizon "

Je résumerai ainsi : une belle maîtrise du vers, de profondes sonorités qui résonnent à nos oreilles intérieures, la mise en musique verbale d'un amour, d'un érotisme imprégné d'esthétisme et de mots orientaux. D'où parle le poète ici ? D'un lieu où il a rencontré une réalité qui fusionne avec son rêve, jusqu'à la charnelle expression d'un érotisme exotique. Un rêve palpable, discible. Alors le poète l'a posée là, dans ses vers. Les textes sont nés. Je vous invite à le découvrir si vous ne le connaissez pas encore.

 

Mireille Disdero

 

Georges Friedenkraft,   chapout@ext.jussieu.fr

 

Images d'Asie et de femmes

Poèmes pour l'exotisme en amour

10 Euros

La Jointée Editeur,

146, rue du Point du Jour - 92100 Boulogne - Billancourt