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Le livre des silences
de Jean-Michel Bongiraud
Editinter, 2001 |
présenté par Emmanuel
Hiriart
Le site d'Emmanuel Hiriart |
Livre après livre (et ils se succèdent à un rythme soutenu !), Jean-Michel Bongiraud
s'affirme comme un des poètes "qui comptent". Ce n'est pas un hasard si de
nombreuses revues lui ouvrent leurs pages, lui consacrent des dossiers (comme Décharge
dans son numéro 106) en ce moment. Il impose son écriture hachée de points (ne faisant
certes pas partie de ceux qui pensent que la ponctuation a été abolie par Apolinaire !).
Il conduit ses poèmes avec nervosité, semble du même geste affirmer et se raturer ; ou
plutôt se reprendre : les textes de Bongiraud font perpétuellement retour à leur centre
mobile, à la vie.
La première partie est une sorte d'autoportrait du poète (ou de
portrait de l'auteur par son poème ?) à l'heure de la toilette, écrit à la deuxième
personne. Le texte se confronte sans cesse au quotidien pour le rendre à son étrangeté
familière :
"Le bol contient
des saveurs
Celle du pain, du lait,
de l'enfance ou du bois de la chaise.
Au fond de toi,
que reste-t-il à boire ?"
Le poème donne corps à la vacuité de l'existence ("Le
creux où tout repose / est vide"). Le poète se lave avec la plus grande
énergie ("tu te frottes, t'éponges")
jusqu'à réaliser le fantasme enfantin (?) de l'usure prématurée du corps. Il se gomme,
ou presque, car il reste la vie avec toutes ses sécrétions (peu satisfaisantes pour
l'esprit il est vrai), avec toutes ses traces dont la marque noire des mots sur la page
blanche.
Dans la deuxième partie du recueil, le champ du regard se renverse,
quitte l'introspection pour explorer l'espace du poème (extérieur dans la mesure où il
n'existe que par l'autre). On passe du vers libre à l'aphorisme, mais la respiration du
texte reste la même. L'éditorial que Bongiraud avait confié à Ecrits...vains ? est
représentatif de cette manière (il est d'ailleurs repris ici). Chacun fera dans ses
pages sa propre moisson, et je ne doute pas que beaucoup d'amateurs de poésie y
trouveront matière à réagir (à écrire, à vivre...). Par exemple dans cette réponse
à Char : " ce qui s'écrit n'est ni preuve, ni trace. Rien
de ce qui se déclare sur la poésie ne peut être tenu pour véritable. C'est la seule
aventure où il est permis de se tromper" . Ou encore : "Le chant de l'oiseau s'interrompt pour ouvrir le silence. Le poète ne
chante ni ne parle, mais il dit le silence après l'oiseau". "L'artiste rêve de grandeur, quand son art ne rêve que de paix". Et en guise de conclusion, ce condensé de la poétique de Bongiraud : "Celui qui croit maîtriser la langue n'est qu'un académicien.
S'il se fait poète, c'est en se dépossédant de son savoir. La rébellion doit être son
fait".
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Emmanuel Hiriart |
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