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Même scénario depuis trois
jours, aux variantes climatiques près. Il fait froid ce matin, un vent glacé, le mistral
bien sûr. Je mets le contact, la voiture démarre. Dans vingt minutes je serai au
travail. Je vais profiter de ce bref moment, ce moment où le paisible ronronnement
du moteur de ma vieille guimbarde stimule mes neurones fatigués, pour réfléchir au coup
de projecteur que je veux écrire pour présenter Anita... Et je sais. Je
sais maintenant pourquoi
ses écrits m'ont touché immédiatement, comme ils ont touché beaucoup d'autres
lecteurs : je suis persuadé qu'il y a des raisons objectives au plaisir que nous
éprouvons à la lire. Ces raisons tiennent en trois mots qui la décrivent, aussi bien
que son écriture : sincérité ; lucidité ; générosité.
Je connais Anita depuis près de quatre ans. Elle a été un des premiers auteurs d' "
Ecrits
vains ? ", la justification plus que suffisante, avec quelques autres, de
l'existence de ce site. Mais il me semble pourtant l'avoir toujours connue, et cela avant
même de l'avoir rencontrée
" réellement " comme l'on dit dans le monde
virtuel. Magie de l'écriture, de son écriture, prose et poésie mêlées, qui permet une
rencontre immédiate, un contact direct avec une personnalité, un imaginaire.
Qui peut d'ailleurs rester insensible, qui peut ne pas se sentir touché par ces quelques
mots, cette confession qui d'ailleurs n'en est sans doute pas vraiment une -mais là
n'est pas le plus important- des mots qui ne cherchent pas à faire joli à tout prix,
mais montrent ce que recherche Anita à travers l'écriture poétique, une certaine "
vérité intérieure " :
On a tous de vieilles cicatrices
fermées sur des blessures béantes
et d'indicibles lâchetés
insuffisantes.
Et l'on fabrique le bonheur
de petites victoires en débris
de ce qu'il reste de nos peurs
et de nos vies.
Observation intérieure et observation de ceux qu'elle croise, toujours cette même
lucidité, cette volonté de ne pas se mentir, de rester vraie quand elle nous raconte que
:
Le pire est peut-être la faim
accaparante d'un regard extérieur
quand l'espace lui-même feint
d'oublier que l'autre est ailleurs.
Poèmes, nouvelles, Anita reste vraie et juste, toujours. Lisez "Funérailles"
et regardez comment en deux phrases et un petit pronom personnel, elle
sait créer une atmosphère et mettre le lecteur en attente, en éveil :
Le matin de l'enterrement de Jean, Hélène se réveilla si fraîche, si totalement
reposée qu'elle eut du mal à se souvenir quel jour on était. C'était sans doute sa
première nuit de sommeil depuis deux semaines et il n'y avait aucune raison pour qu'elle
se sente si coupable
sinon qu'elle, elle s'était réveillée.
Inutile d'épiloguer sur les rapports entre réalité et fiction dans ses nouvelles :
comme tous les écrivains, elle utilise pour raconter ses histoires les matériaux qu'elle
a sous la main : idées, sentiments, expériences vécues, observations aiguës du
comportement humain, réflexions sur ses lectures et sur le langage
Mais elle ne
prétend pas à l'autobiographie : se décrire, se montrer, n'est visiblement pas ce qui
l'intéresse. Elle utilise ce matériau pour le transposer, le métamorphoser en une
histoire simple et vraie, dans laquelle elle met le meilleur d'elle-même, avec toujours
ce même souci de vérité et de lucidité. Anita semble tout à la fois avoir le souci de
se défaire de toute illusion sur le monde et l'humanité, et garder en même temps une
vraie chaleur amicale pour les hommes et les femmes qu'elle côtoie, une générosité qui
est justement la force de son écriture.
Sens de l'observation, finesse de l'analyse, lucidité toujours
sa Lettre à
Elise a été sans doute une des
deux ou trois nouvelles d' " Ecrits
vains?" les plus appréciées par les
lecteurs. Et si je devais donner un conseil à ceux qui ne connaissent pas encore Anita
Beldiman-Moore, je leur dirais de commencer par lire cette nouvelle. Pas de " bons
sentiments " à tout prix, de ceux qui, on le sait, ne font pas la bonne
littérature, rien de mièvre, mais le simple désir d'être vraie et de permettre au
lecteur de sentir de l'intérieur la vérité d'un personnage. Elle y parvient
magnifiquement, et tous ceux qui écrivent savent pourtant que l'exercice n'est pas facile
!
Je voudrais pour conclure glisser un peu hors écriture, et vous dire que j'ai aussi la
chance d'avoir rencontré Anita, de la connaître autrement que par de simples mails. J'ai
tenté, pour vous parler de ses écrits, de ne pas en tenir compte, histoire de garder une
certaine objectivité de jugement. Mais je peux vous le dire maintenant : elle est
vraiment comme elle écrit, généreuse et vraie, lucide et sans concession. Cette
adéquation entre personnalité et écriture est la marque des véritables écrivains, et
je crois que c'est ce que je peux dire de mieux, de plus vrai, sur Anita Beldiman-Moore.
Jacques Teissier
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