Naissance à toi
(Inédit pour Ecrits...Vains
?, original en français)
Etre né, comme si le cri devait pénétrer tout le corps jusqu'à le lacérer de doutes, d'un passé déjà massif qui s'enracine à la peau ; être né, pour toujours, sans aucune possibilité de nier l'évidence, de ravaler cette tête qui insiste à briser les chairs, et à succomber à la chaleur. Naissance au remords, déjà, avant même la parole, sans le geste qui plus tard permettra la colère, la folie, la violence des corps. Rythme de l'angoisse à n'être que celui qui existe en naissant. Ne pouvant être un rien qui bat, comme un coeur invisible sous la nappe des vagues incessantes de ce passé qui semble se souvenir de moi.
Je suis né à toi, avant de sentir cette peau qui me transporte vers les îles de mon désespoir. Tu es sous la palme, nue de futurs, sans peau, une simple larme noyée dans le tangage de ce vaisseau qui s'éloigne sans cesse. Comme je m'éloigne de moi.
Je suis né pour te sentir, pour naître en toi à l'infini, pour me lover dans le creux de ta vie, pour sentir sur tes lèvres la douce pluie qui irrigue de tendresse ces mots que l'on oublie avant même de les dire, de les penser, et que l'on attend, impatiemment, jour après jour, dans le lourd silence des nuits maritimes ; car tu deviens cette vague qui n'a de cesse, à la rencontre de mon désir à jamais inassouvi. Je suis né pour te reconnaître, dans la souffrance de ta voix qui se brise contre mes gestes insensés, pour accompagner la peau qui se colle à mes rêves et qui éclate sous la pression de mes envies.
Je te parle avec cette voix de déserts lointains qui viennent me tenir compagnie lorsque tu imposes l'absence. Tu es là, dans ce silence sans nom, sous cette averse qui, maintenant, lorsque j'essaie de me rappeler ton visage, me brûle le palais. Contre mes dents viennent rompre les vagues de tes consonnes, éclats de jour, lueurs improbables. Tu te sépares de ton corps sans aucune difficulté, et je te rejoins lentement, imposant ma présence en ce lieu sacré qui n'a d'autres senteurs que celles de tes multiples peaux jetées sur le sol, comme les déchets de la mémoire.
Vivre la fuite des yeux, dans la distance de l'horizon qui vient cogner contre ma poitrine, en attente de la lame. Je regarde ton cou sur lequel s'inscrit l'heure des regrets par une ombre fugitive. Tout est nuit qui ouvre sur l'angoisse du mot. Au-delà de ce regard, plein de fêtes et de rencontres, se construit le labyrinthe où, inévitablement, je devrai te retrouver. Je m'abandonne à l'espoir de pouvoir enfin assouvir ma soif d'infini : chaque allée montrera les futurs en attente, et tu entendras ces pas secrets qui ont oublié de suivre le fil de tes pensées.
Soif de ce silence qui me rapproche de toi ; je sens ta présence en ce lieu, maintenant, ton souffle féminin, de l'autre côté des mots, prise dans les méandres du sens, dans un éternel retour, sans fin, nourrie du feu qui commence à naître : d'abord le frottement du corps contre la pierre, dure, qui nous limite, cette frontière entre nos deux existences ; puis l'étincelle qui éclate en pleine obscurité et qui illumine, dans un écho de lumières qui vacillent, jusqu'au fond de l'oubli ; et, enfin, le feu attendu, comme une illusion sans cesse inventée, plaisir enfantin de la destruction : toi, au fond de ce sourire qui prétend, sur mes lèvres, couper la triste réalité.
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