|
« Elle contemplait
létoile double, céleste et
aquatique, qui scintillait à des années lumière aux
confins du ciel et tremblotait à hauteur de son épaule
droite »
La pleurante des rues de Pragues, Sylvie Germain

Une infographie de
Bernard Flucha
La pierre dange
Tu es partie très vite,
roulant ta pierre en direction du large.
Rubans dombres rouges étendus
pour apaiser le nu de ses pieds
gravissant les marées.
Tu dépêchais tes mains loin devant toi :
Pourvu quelles réveillent les oiseaux
juste avant.
Tu cherchais à endiguer la noirceur du larcin
la distraction des anges.
Dalertes cillements de gisant
ta pierre fendait le moiré des vagues.
Déjà, ton regard tanguait vers la jetée des eaux.
Sur tes genoux recueillis
sépanchaient ses lèvres taillées à même la fièvre.
Ses larmes de sirènes
sculptaient des contes à mourir debout.
Juste avant
déteindre les horaires des prières :
« Je suis celle qui senvole
sous le reflux las de ta course.
Tissant grain à grain lamour de ta pelisse. »
Tu tavancais maintenant au centre des eaux.
Puis te versais, aiguille désignant
la première heure du jour
jusquà tinverser
juste avant
le midi de lautre surface.
« Je suis là à ton endroit.
Mes pas senracinent sous le visage ovale des flots.
Je suis ton heure retrouvée,
lexact relais de ton souffle. »
Respiration de nages, attouchements fluides,
vos corps se devinaient
à travers les cieux essorés des mémoires
sans tain.
De lautre côté des ivresses voyantes,
vous cherchiez lodeur des retrouvailles,
brassiez les départs sous la fine couche de sel.
Louange tremblée contre la paupière des algues.
« Je te tais. Tu me dis.
Nous psalmodions les deux corps du temps,
en de longues caresses ondulées.
Lheure a jeté lancre. »
Encordée au chapiteaux dindivisibles nuées,
la lune saffaissait verticalement,
sabouchait au ventre des ondes
et explosait en de très petites ailes dargent.
Juste avant.
18 février 2001
"La
pierre ronde qui sert de verrou
A pris la route.
Elle a bougé
Comme un enfant
Dans le ventre de sa mère. »
Jean Debruynne, Jésus (Desclée)
|