Projecteurs sur...
Florence Noël

megalopole.jpg (3900 octets)

 

 

 

 

        

 

Visions  extraites du recueil "Le don de simple vue" :
           

[ 1  ]  [ 2  ]  [ 3  ]         

[ 4  ]  [5  ]   [ 6  ] 

Amnios Stellaire

Parchemin de terre

Obstinato cantabile

L'âme de fond

Derrière mon visage


   Huit soleils sur la table de la nuit, de Florence Noël et Stéphane Méliade

  En effeuillant Magritte,  par Stéphane Méliade et Florence Noël


Le Dictionaître
ou l'Abécéd'air de Florence Noël
par Stéphane Méliade
et  Juliette Schweisguth


L'inespéré, un poème de Florence Noël, commenté par Aaron de Najran


Entretien de Florence Noël avec Juliette Schweisguth


Le site de Florence Noël


Visions extraites du recueil "Le don de simple vue"

VISION NEUVIEME

par  Florence Noël

Projecteurs sur...

« Elle contemplait l’étoile double, céleste et
aquatique, qui scintillait à des années lumière aux
confins du ciel et tremblotait à hauteur de son épaule
droite »
La pleurante des rues de Pragues, Sylvie Germain

Une infographie de Bernard Flucha

La pierre d’ange


Tu es partie très vite,
roulant ta pierre en direction du large.
Rubans d’ombres rouges étendus
pour apaiser le nu de ses pieds
gravissant les marées.

Tu dépêchais tes mains loin devant toi :
Pourvu qu’elles réveillent les oiseaux
juste avant.
Tu cherchais à endiguer la noirceur du larcin
la distraction des anges.

D’alertes cillements de gisant
ta pierre fendait le moiré des vagues.
Déjà, ton regard tanguait vers la jetée des eaux.

Sur tes genoux recueillis
s’épanchaient ses lèvres taillées à même la fièvre.
Ses larmes de sirènes
sculptaient des contes à mourir debout.
Juste avant
d’éteindre les horaires des prières :

« Je suis celle qui s’envole
sous le reflux las de ta course.
Tissant grain à grain l’amour de ta pelisse. »

Tu t’avancais maintenant au centre des eaux.
Puis te versais, aiguille désignant
la première heure du jour
jusqu’à t’inverser
juste avant
le midi de l’autre surface.

« Je suis là à ton endroit.
Mes pas s’enracinent sous le visage ovale des flots.
Je suis ton heure retrouvée,
l’exact relais de ton souffle. »

Respiration de nages, attouchements fluides,
vos corps se devinaient
à travers les cieux essorés des mémoires
sans tain.

De l’autre côté des ivresses voyantes,
vous cherchiez l’odeur des retrouvailles,
brassiez les départs sous la fine couche de sel.
Louange tremblée contre la paupière des algues.

« Je te tais. Tu me dis.
Nous psalmodions les deux corps du temps,
en de longues caresses ondulées.
L’heure a jeté l’ancre. »

Encordée au chapiteaux d’indivisibles nuées,
la lune s’affaissait verticalement,
s’abouchait au ventre des ondes
et explosait en de très petites ailes d’argent.
Juste avant.

18 février 2001

 

"La pierre ronde qui sert de verrou
A pris la route.
Elle a bougé
Comme un enfant
Dans le ventre de sa mère. »
Jean Debruynne, Jésus (Desclée)

Florence Noël