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« Et ces
lettres, dun coup, toutes ces lettres
disparues, brûlées, perdues, venaient de prendre
souffle, de prendre voix, pour un instant »
La pleurante des rues de Pragues, Sylvie Germain
Une corde à partir
Quand je partirai, je serai revêtue de mon seul prénom.
Nue à défaut des yeux.
Il y aura des arbres accroupis à l'entrée du chemin,
balayant leurs doléances bruissantes
Déjà, je n'écouterai plus que l'écho
de la corde
négociant le souffle d'un oiseau
et l'insoutenable accord
de mes cheveux éparpillés dans le silence
d'après.
Quand je partirai, je saurai mes pas comptés.
Il y aura des allées de papier, pavées des grâces
pour ma voix demandées.
L'encre de l'intolérable cri.
Pour le taire,
la corde dépliera ses lèvres
pendues à l'envers de mon chant
d'avant.
Quand je partirai, je donnerai le rythme de l'avant-dernière
danse
où les enfants se lancent à rebours de lumière
kaléidoscopes de couleurs vivantes.
Dans l'oeil de la dernière
la corde ouvrira un point d'orgue
resserrant le garrot de l'aveugle
présent.
Quand je partirai, à la montée du jour,
j'emporterai mon âme sans quartier, entière.
Il y aura une berceuse pour le crime, une autre pour l'amour
dont vous aurez renversé le sens.
Pour le vivre,
dans l'inspir de la corde
ma voix restera suspendue à l'endroit
Enfin.
Les 22 et 23 novembre 2000
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