"Tu sais marcher penché, c'est toi qui tiens les
maisons des ruelles, la nuit, avec tes épaules. Tu
es cette longue rue qui mêne au port, ce ventre pavé.
(...) Tu ris ta foudre animée, scande ta langue en
prière. "
Stephane Méliade "Le pincement des anges"
Ici, on ouvre les fenêtres pour faire sortir lorage.
Et il nous verse sa dîme de foudres écarlates. Et
s'enrêvent de cernes des visages puisatiers.
Ici, il y a des cèdres tranchant les toits en larmes,
et des volées de gifles éclairant les clochers. Au
port battant frénétiquement les coques, des étoiles
damarre ressassent nos tourments de fantômes.
Ici, on recouvre les éclats de cendre des maisons en
joie dun drap de pudeur aimante. Ces lampes braisant
en contre-haut désignent leurs mystères. Les bougies
poudrent nos doigts du remord des phalènes.
Pourtant, dans les pupilles taries de geysers,
brillent encore les armoiries des visages. Carrés
cerclés de feux. Etendard de raisins courbant leurs
pourpres à craquer. Feuillages griffés d'émeraude où
perlent les humeurs du chant. Bue la mémoire de cep,
en jus d'aile calcinée.
Pourtant, dans nos chemins de récoltes nous soupesons
les grappes où se moirent les yeux de papillons dorés.
Arrivés au porche, nous fermons le velours du soir en
deux pans dâmes discrètes.
Pourtant, le crépuscule avive les moissons de
merveilles. Des insectes bégaient dans nos cheveux en
vent. Demain grillonne lété.
Ici, des vannes céruléenne sabouchent en de longs
cris torrentiels. Ici, on pile les désirs en ocre
nacarat. Pour que roulent jusquaux lèvres des mers
les perles de son rire.
Ici, la langue des anges lèche jusquau fond des
visages. Nous apprenons à pleuvoir en contre temps de
vie. Et nous ruisselons dair, embullis d'étincelles.
Ici, lenchevêtrement du vivant gémit sous la
naissance des aubes. Et quelques fois, perçant de la
terre émue, une gerbe de malachite irrigue la paume
des flammes.
4-2000/ 20-5-2000 |