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L -"Il m'a fallu revenir des sentiers
cerlés de vert."
Le vert semble être une couleur animant tes poèmes .
Est-il lié à l'aurore, la renaissance?
F- Très intimement. Couleur de mon « être là ». Du rayonnement et
de la renaissance aussi. De lespoir disent certains,
une couleur, ou plutôt une palette pigmentée naturellement, frottée
à la terre. Mais le vert mapparaît aussi comme le renouveau
intérieur, complètement relié au ciel, principe chlorophilien de
régénérescence avec la permission de la lumière.
Donc, une couleur fétiche pour moi, inconsciemment, puisque la renaissance
est un thème récurrent dans ce que jécris. Et dalliance
entre lorganique et le spirituel aussi.

L- Dans cette phrase on a l'impression
d'une longue promenade, d'une remontée vers le vivant, vers le souffle
aussi. Comment le resssens-tu?
F- Quand je jette un regard sur mes textes.. il est vrai que je
maperçois que la plupart sont des marches, des courses, des
pas, des promenades. Les pas, comptés, liés, étendus, attendus,
suspendus, les
pas sont le réel rythme intérieur de mes textes. Ce sont des textes
marchés. Il y a là toute une tradition dinitiation, de pèlerinage
intérieur, de rêverie et de cheminement qui hante la progression
de ma pensée,
et comme tu le dis si bien, donne un mouvement à cette « remontée
vers le vivant ».
L- Le vert peut-il exprimer le souffle
(celui des arbres, de la lettre qui vient d'un arbre vivant, d'une
peau, presque) ?
F- Oui. Jai repris ce thème dans un autre texte : «les chemins
cerclés de vert » qui sinspire dun tableau de Paul Klee.
Un sous-bois par exemple, peut nous entourer, comme un ventre naturel,
mère nature
nous accouche dans la couleur. Le souffle, cest la vie. Lessoufflement
: lobstacle, lhaleine : la signature dun cri,..
Cest le témoignage dune
écriture vécue et non statique.
L - Et quelles sont les autres couleurs
marchant dans tes mots ?
F - Toutes. ;-) dautant plus que je suis une visuelle, je
projette les mots comme des taches de peinture sur une feuille.
Je suis fascinée aussi par
les univers poétiques pictural et photographique. Mes textes sont
tapissés, comme des chambres damis et denfants, de tonalités
dénotant dunivers divers. Je dirais que le rouge hante particulièrement
mes textes, pour lenthousiasme et le ventre-mère. Ansi que
le
noir, dans « Le don de simple vue », comme écrin à la lumière. Ces
nuances font plus que de planter lambiance dun texte,
elles en sont le noyau, la pulsation, autour duquel gravite le sens.
L- La couleur est-elle liée à un état
intérieur, à un regard particulier ?
F- La lumière surtout. Ce qui compte cest la lumière. Ou son
absence. Sans elle pas déclairage, pas de visons, pas délucidation,
pas de clairvoyance
pas de couleur sur la palette des mots
;-)

L- La "lettre à ta peau" marque-t-elle
une cicatrice, un tatouage ? On ressent aussi une lettre adressée
à quelqu'un, quelqu'un d'intime puisque c'est "ta peau",
ou peut-être aussi une intimité dans la peau même, et aussi quelque
chose de très doux, vivant.
F- Oui, la peau est ici un intime tour à tour fertile, blessé puis
consolé. La peau, témoignage de féminité et de maternité, témoignage
de notre filiation. Cette première caresse au sein de la mère. Ici,
la peau
représente létendue donnnante, mais aussi souffrante. Ce texte
aborde la maladie par la mémoire du corps et sa projection dans
son étendue affective.
L - Quand tu écris
"Peau
je te courbe, je t'épouse, je te mère, je t'enfante"
Le flou de la personne à laquelle tu t'adresses est-il voulu ? Est-il
voulu parce qu'avant tout tu écris à une peau, à la peau humaine
? Pourtant, le "ta" peau me laisse à penser que tu parles
à quelqu'un de très particulier, et le surnom de "Mum"
met une énorme touche de tendresse dedans.
F - Oui
. Nous sommes tous nos âges à la fois. Ce texte dit
peut-être quune femme est toujours à la fois fille, femme,
mère, grand-mère
Je ressens très fort, depuis toujours cette
union des temps dans un
lieu quest le corps. Comme dit Sylvie Germain : « Il ny
a pas de temps abstrait ; le temps est toujours celui dun
corps qui le porte et léprouve, celui de lhistoire dun
vivant. ». Je nécris pas à une peau.
Mais jécris à ce que lhomme porte sur lui dhistoire.
Notre peau, cest notre histoire malgré nous, grâce à nous,
les rides, les tatouages, les
plaies du vivant. Ecrire transcende les rapports réels de parenté.
Surtout si on trempe son encre dans la tendresse. Comme beaucoup
de mes textes, « Lettre à ta peau » est un message, une confidence
murmurée à quelquun. Juste une lettre . Ecrite en tendresse.
De
la peau à la peau. Ce pourrait être moi, ce pourrait être quelquun
dautre. Cette histoire se voudrait universelle.
L - "les marches à rebours"
"la carte de ton ventre" "les astres du miel"
me donnent la sensation d'un espace, d'une géographie, qui grimperaient
à reculons, vers la terre et non vers le ciel puisque même les astres
viennent du miel. Ces "marches à rebours" me
questionnent toujours. A rebours de la vie, à rebours du temps,
à rebours de la mémoire?
F - Plus quune géographie, je parlerais dune cosmogonie.
Les mouvements dun corps, ses formes et étendues me semblent
reliées à la carte dun monde, à ses espaces et à sa topologie.
Je ressens le corps comme un réceptacle et un émetteur. En face
je mets le
monde visible et invisible entremêlés aussi émetteur et récepteur.
Le symbolisme dun texte, comme lettre à ta peau, sinspire
beaucoup de ces cartes au trésors, carte dun monde à découvrir,
dun périple ou dun chemin initiatique.
L - Y a-t-il une géographie de la vie
? D'ailleurs, graphie et écrire ont le même sens, est-ce un moyen
de graver la vie ?
F - Oui, La géographie de la vie, cest la trace. Le repère
dans la mémoire et dans lespace. Nous sommes tous dun
quelque part et dun temps. LHistoire personnelle se
joue avec les mêmes règles et la même intensité que lHistoire
humaine. En ce sens, nous avons besoin de nous tracer en des lieux,
mais aussi au delà des contingences du temps. Ces deux constantes
reviennent toujours dans mes écrits, peut-être la conscience de
lhistorienne veille-t-elle en moi ;-)
Nous avons une histoire, nous avons été marqués par des lieux. La
trace que nous gravons est indissociable du signe que nous diffusons.
Du sens que nous portons.
Lemploi des temps nest jamais anodin. Et si parfois
je men joue comme les surréalistes lauraient fait, cest
justement pour mieux montrer leurs constants échos. Lavenir
nous en apprend sur le passé, le présent sur toutes nos époques,
nous sommes le produit dune histoire.

L - "Et beaucoup de salive à étancher
de l'haleine du temps, Mum, pour te rendre mes bras en aube."
/ "Nous avons tous des sources enfuies loin des lumières"
/ Ces deux phrases sont reliées pour moi, avec la sensation que
la grâce naît d'un chemin d'ombres. Voudrais-tu parler de cette
traversée des ombres jusqu'à l'aurore ?
F - Je nai pas beaucoup plus à en dire que je ne le fais texte
après texte. Ces passages de lombre à la lumière, ces renaissances
comme des aurores apparaissent pour moi non pas comme une thèse
, mais
comme un vécu. La conviction profonde que rien nest jamais
fini. Que toute renaissance est possible.
Justement « parce que les ombres ». Je vois cela comme un motif
denthousiasme. Et je le manifeste par lécriture, selon
lhumeur et la difficulté ressentie.
Cest aussi se mettre en danger, comme tout ce qui nous révèle.
Lécrit nest pour moi quune des manières de le
témoigner, il y en a des tas dautres sans doute. Celle-là
a lavantage dinscrire un ressenti personnel dans quelque
chose de beaucoup plus large. Et daller en partage à la rencontre
de lautre. Et cest là seulement
que la trace acquiert
son sens entier.
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