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A : Ame de fond
"Ici, on ouvre les fenêtres pour faire
sortir l'orage." (L'âme
de fond)
Une grande maison avec beaucoup de fenêtres : c'est ainsi qu'on
peut définir le site de Florence, qui accueille ses mots et ceux
d'autres auteurs, à paroles ouvertes. Visiter ce vivier du dire
est un bon premier pas. Florence y a notamment exercé ses talents
d'hôtesse et de participante autour de thèmes visuels, comme le
vitrail, et y invite régulièrement plusieurs voix d'écriture. De
recueils invisibles en sillons de thé étoilé, l'âme de fond est
un sous-marin de haut vol où les voix errantes des réfugiés poétiques
trouvent toujours une chambre d'amis.
B : Belgique
Le calque des références franco-françaises ne se superpose pas complètement
à celui des poèmes de Florence. Car elle vient d'un autre pays,
très proche et très lointain : la Belgique. Histoire et société
différentes, donc pensée différente, en tout cas pas complètement
superposable. La pensée belge a notamment une vision moins "cimentée"
de l'humain et une préhension du monde plus souple, venue des brumes
d'un pays où les hommes sont parfois plus hauts que les nuages.
C : Chant
Chaque semaine, Florence prend des cours de chant et des cours d'art
dramatique. Cette petite incursion dans son emploi du chant nous
montre que ses textes ne se satisfont pas de leur seul habit d'encre.
Et si je vous dis qu'elle a aussi travaillé activement dans le milieu
du conte, vous comprendrez que ses mots ne sont pas là pour rester
couchés sur les pages, mais pour se lever et prendre voix. D'ailleurs,
le rythme qui traverse ses lignes impose presque de lui-même une
sorte d'audition interne spontanée du poème.
"Je suis un pétale d'or
A claire voie de ton chant" (Obstinato
Cantabile)
D : Don
Le don chez Florence est essentiel. Dans ses textes, elle cherche
à donner les aurores, à donner les sourires. Le don de soi : un
jour, en voyant Florence à Paris, dans le métro, elle m'a fait don
de son souffle, mais ceci est un secret. Le don est parfois mystérieux.
Comme "Tistou les pouces verts" qui a eu ce don
de faire pousser des fleurs très vite pour soigner la vie et l'a
tu longtemps, Florence fait pousser des textes qui soignent discrètement
le vivant.
"Ce sont mes paumes lisses, de tant de
pieux espoirs, qui reprendront ton chant. Tu lanceras tes pensées
trop vivantes contre les voûtes séculaires. Le temps d'un souffle,
elles deviendront de chair, souples et frissonnantes,en croissance.
" Peter
Pan (texte écrit pour les enfants atteints de la maladie de
l'homme de pierre)
E. Enfant
L'"infans", "celui qui ne parle pas" est plus
précisément pour Florence, "celui qui ne parle pas encore".
L'enfant traverse chacun de ses mots, irrigue le tout et les parties
du texte.
Enfant intérieur, enfant espéré bien sûr, mais, pour élargir le
sens, la joie éprouvée à accorder ses yeux au monde qui l'entoure
et à le regarder lui est aussi "un enfant".
"Dans le sillage de l'aile
Je mumure tendrement
Tous les noms de ta lignée
De fleur du matin." (Géographie
des nuages)
Il est toutefois indéniable que beaucoup de ses textes sont une
gestation et une attente, comme une terre d'accueil pour un perpétuel
enfant à venir.
F : Florence
Florence est cette jeune femme au regard penché pour mieux écouter
la vie. Florence, première rencontre à travers son texte "l'inespéré",
car justement, Florence elle croit et nous donne à croire en l'inespéré.
Elle me fait penser à "l'enfant penché" de Peeters et
Schuiten. Florence a vécu et vit en ombres et en aubes, et si ses
aurores nous parlent tant c'est qu'elles remontent vers le vivant.
"Il m'a fallu revenir des sentiers
cerclés de vert. Du dos des montagnes
épuisées de glaciers. J'avais des anneaux de nuée à desceller de
mon torse.
Et beaucoup de salive à étancher de l'haleine du temps, Mum, pour
te
rendre mes bras en aube."(Lettre à ta peau, voir
l'interview
réalisée par Juliette sur ce texte)
G : Grâce
Les vers de Florence charrient souvent une sorte de grâce inquiète,
un mouvement de balançoire entre ombre et lumière.
"Quand je partirai, à la montée du
jour,
j'emporterai mon âme sans quartier, entière.
Il y aura une berceuse pour le crime, une autre pour l'amour"
(Une corde à partir).
Toutefois, ce mouvement se fait de la nuit vers le jour. Et surtout,
il est toujours en marche, geste d'une vie qui n'est jamais à l'arrêt.
H : Humour
Certes, chez Florence, le choix des mots reflète souvent une pensée
teintée de gravité et de profondeur, mais il y court aussi un humour
qu'on pourrait presque qualifier de mutin, une tendresse piquante,
un sourire pimenté. Il arrive en général juste au moment où on pourrait
craindre un poids, ou un souffle un peu trop lyrique.
"Alors je ris très doux pour accueillir
le sec
Qui déborde des vases." (Parchemin
de terre)
Esprit d'enfance, sans doute, mêlé à une lucidité très aiguisée
qui appelle le rire pour seule réponse à l'absurde.
I : Intrigué
Une des qualités les plus pertinentes en poésie, est la capacité
à s'émerveiller ou à s'intriguer, voir dans le monde un phénomène
étonnant et toujours neuf. Cette capacité de surprise renouvelle
sans cesse le regard de l'auteur et par là même, celui de ses lecteurs.
"A la dernière page, le plus jeune
savance et de son
souffle réagence l'ordre des portées." (L'échappée
belle)
Loin de nous proposer une vision toute faite et fermée du monde,
la poésie de Florence a l'intelligence d'écarquiller les yeux.
J : Joker
Historienne de formation, très concernée par la mémoire et les racines,
Florence se réserve et s'accorde toutefois le droit, et même le
devoir, d'être le joker du jeu de cartes. Encre rebelle, elle provoque
parfois des réactions de perplexité, car l'étiqueter est une tâche
impossible. Elle aime être "celle par qui le scandale arrive",
car elle n'est pas équipée pour accepter que les vies et les mots
se rangent dans un tiroir, s'endorment et se ratent.
K : Kaléidoscope
Quelle palette de couleurs, dans ces textes ! On trouve chez elle
notamment beaucoup de verts, et beaucoup de couleurs de la nature.
Mais ce sont des couleurs épaisses, denses, palpables. De plus,
dans l'univers des écrits de Florence, ce n'est pas tant chaque
couleur seule qui compte que les liens entre elles. Notons enfin
beaucoup de jeux d'ombres et de lumière, l'une ne se définissant
jamais sans l'autre.
"et ton ombre
déroulée
en natte
à même
la lumière" (Vannier)
`
L : Lettre
"J'ai beaucoup pensé à toi aujourdhui
À l'envie dêtre lu et de ne pas être lu
À ces lueurs qui boivent l'encre du premier des regards
Mais mon visage sest trompé de destinataire."
(Nos visages sont des
lettres)
Les poèmes de Florence s'ouvrent comme des lettres, avec un expéditeur,
un destinataire, et une enveloppe (charnelle). Il s'agit très souvent
d'une poésie-tu, une poésie de "je t'écris". Cette philosophie,
cette éthique du dire, du communiquer traverse tous ses textes,
en regard déployé, qui raconte, qui demande, qui répond. Plus largement,
cette poésie ne se conçoit pas sans l'Autre, ce partenaire du possible,
dont la voix est parfois contenue dans les creux mêmes du texte.
M : Magritte.
Deux univers proches que celui de Florence et celui du peintre pour
qui le réel était la véritable source du mystère. Pour montrer cela,
mieux qu'une explication, vous pouvez parcourir cet
itinéraire poétique et visuel écrit en commun avec Stéphane
Méliade, trois poèmes sur trois tableaux de René Magritte.
N : Naissance
"Prends mon ventre pour chambre
Danse en dedans
Une tarentelle étoilée
Souviens-toi d'allumer en sortant." (Quelques
saisons de retrouvailles)
Tout est dit : chaque texte est un appel vers la naissance. Mais
ce mot doit aussi se prendre au sens large. En faisant éclore l'espace
entre les lignes on comprend que la naissance est aussi un processus
permanent, et qu'il s'agit également de naître à soi-même. Les mots
de Flo semblent vouloir animer l'inanimé, et donner vie et mouvement
à ce qui semblait ne pas en avoir.
O : Organique
Aux antipodes de l'abstraction, la phraséologie des textes de Florence
se réfèrent toujours à un corps, à une matière habitée, et souvent
consciente. Ses mots nous offrent une vision du monde très organique,
jusqu'au ciel et aux éléments, eux aussi corps, ou élément d'un
corps.
Bien sûr, dans ces organismes circulent des sangs et des fluides,
s'organisent des concrétions et se distribuent des courants de vitalité.
"Les dernières brindilles des voies
lactées
L'ourlé frisonnant d'un grésillement de lave
La caresse emportée" (Le matin du huitième
jour)
Dans ce manège en incessante transformation, ses strophes sont autant
d'organes vitaux.
P : Planète Femmes
"D'humeur de poudre, souffler des femmes sur les
sept bougies écartelant vos désirs" (L'envol barbare)
Si l'homme est une espèce sonnante et trébuchante, la femme le relève
souvent. Florence appartient très nettement à la Planète Femme,
et les chromosomes XX servent souvent de rayons à sa roue de mots.
Imprégnée de conscience sociale féminine, elle s'inscrit également
dans une tradition sensorielle et sensuelle, dans son écriture gorgée
de féminité, voire parfois de femellité sauvage et primale.
Q : Quête
La quête de "l'inaccessible étoile" est indissociable
du mouvement-même des textes de Florence. Pas de maison sans toit,
pas de sol sans ciel, pas d'homme sans transcendance.
"A dos de lumière,
J'élucide lombre
Je vais l'amble
poussant mon âme cahin caha" (L'âne vert)
Quête à la fois sensorielle et spirituelle, sa recherche est très
personnelle et assoiffée de liberté, tout en puisant dans les traditions
les plus enracinées.
R : Route :
Prenez de bonnes chaussures de marche pour parcourir les poèmes
de Florence. Les pas et les chemins y abondent, et les très nombreux
verbes de mouvement donnent à ses mots une scansion de rêves cheminants.
On n'y est que très rarement assis, il y a toujours un but, même
si derrière affleurent ouvent en filigrane les mots d'Antonio Machado
"voyageur, il n'y a pas de chemin".
Le paradoxe n'est qu'apparent, il y a là au contraire une vraie
mentalité du chemin :
"Ne me montrez pas les derniers pas
à faire.
Je suis du seuil". (Chant
du seuil)
S : Source
L'encre des textes puise ses couleurs à la source de l'arc en ciel
liant le ciel, la mer et la terre. Les mots irriguent un flux de
chants, de danses. Chaque texte puise à une source différente et
pourtant unique.
Tous les textes mis ensemble sont autant de gouttes d'eaux reliées
à la source secrète. Le texte chante quand une sirène vit dans sa
source.
C'est signe de bonne santé. Tout texte devrait chanter.
"Tu reçois des errants. Tu leur sers
ton eau vive. Les puits de tes
prunelles. Cils, margelles luisantes de soifs assouvies."
(Sous
l'arbre de
sagesse)
T : Trace
Les textes tracent la mémoire comme l'escargot laisse des traînées
de lumière en avançant pas à pas. Les traces gravent des cartes
du temps, des cartes de ciel et de terre. Les traces dessinent les
ombres, les lumières, les signes de l'humain.
L'écrit trace sa voix et son silence pour nous donner un nom magique
à ne pas oublier. Tracer pour lier la mémoire.
" Les élytres éclosent, se mirent
aux eaux sans tain, se dressent
étonnées. L'une ouvre le cri. L'éjecte au vent solaire plus d'une
éternité d'étoiles
plus tard. C'est l'experte en signes." (Amnios
stellaire)
U : Ubiquité
Le don d'ubiquité rappelle son "don de simple vue" une
série de douze visions, parce que justement, la "simple vue"
donne la vision première. L'idée vient d'un livre de Sylvie Germain
"la pleurante des rues de Prague" partagé en douze chapitres,
d'où les douze visions. L'ubiquité, le fait d'être partout à la
fois, est un lien en quelque sorte. Florence relie les textes-visions
entre eux et entre ce partage de "la pleurante des rues de
Prague" pour donner une vue simple et pourtant omniprésente.
Elle est dans un terreau de ciel d'adulte et d'enfance.
"Je suis un cri projeté dans un ciel
de chair
Mes pieds accélèrent la mémoire
Franchissent ton corps d'enceinte
En enfance."
(Mater Cité : vision septième)
V : Vivants (êtres)
Plus qu'un simple assemblage de signes, chaque texte de Florence
se veut un être vivant, doué de conscience et de choix. Plusieurs
lectures et plusieurs sens y sont proposés au lecteur, peut-être
parfois à l'insu même de l'auteur.
Comme tout être vivant, le texte fonctionne par cycles et plusieurs
lectures d'un même texte peuvent montrer plusieurs angles de vue.
Certains poèmes semblent même doués de croissance et semblent avoir
grandi depuis la lecture précédente, comme s'ils étaient constitués
de tissus cellulaires. Ils semblent dire :
"Je suis ton heure retrouvée
l'exact relais de ton souffle" (La
pierre d'ange)
W : Wagon
On entre dans un texte comme on prend le train, on part en voyage.
Et les textes sont ces wagons reliés les uns aux autres. Chaque
texte est un mouvement, une essence. Ils se font écho , ils avancent
les sens comme des petits moteurs à réaction. Tous les textes ensemble
sont une fenêtre ouverte où défile le paysage de la vie
"Impatient,
Un train s'offre aux passagers."
(Train de Vie)
X : Rayons X
Le "voir à travers", si cher à Antonin Artaud trouve une
application pratique dans les écrits de Florence. Tout y est regard
traversant, dépassant les apparences.
"Maintenant je sais
Ce qu'il y a derrière mon visage :
Des châteaux d'eau, des perles noires
Des princesses recluses dans l'antre des prunelles"
(Derrière mon
visage)
Ce qui est recherché, c'est le sens derrière les mots, la règle
derrière le jeu, ce qu'il y a derrière le visage, de l'autre côté
du miroir. Sous la peau, ses rayons X , ou plutôt ses rayons F,
ne trouvent pas le squelette, mais l'âme.
Y : Ys l'émergée
Jamais loin de l'eau première, les mots de Florence nagent plus
encore
qu'ils ne marchent, parfois en sillage de vie, parfois en naufrage
:
"Une âme à la mer.
Les bateaux en sang réclament un sillage davance,
Une paye sur demain" (Ame à la mer)
L'eau y goutte sous toutes ses formes, à condition qu'elle soit
une eau vive. Ruisseaux, fontaines, océans, pluies, et jusqu'à une
nouvelle appelée tout simplement "les eaux", qui se déroule
pendant une inondation. Car c'est avant tout d'une eau sauvage dont
il s'agit, certes souvent matricielle, mais aussi profondément libre.
Carafes s'abstenir.
Z : Zéphyr
Le vent, les textes de Florence épousent le mouvement du vent qui
murmure le secret des aurores. Le Zéphyr, parce que souvent plein
de mots "précieux" émergent dans ses textes. D'ailleurs,
encore une manière de dire que les mots ne sont pas figés en Florence
mais qu'elle leur donne naissance et sculpte ses textes comme un
orfèvre sculpterait un cristal.
" Frappe le grésil tambour des tempes.
Ta voix éveille mon songe, puissant Ange du Nord. Profonde gorge
d'où suinte le miel d'une fêlure. De tes ailes acérées, tu tranches,
délicat, mes raisons de vivre, les oiseaux de champagne écumant
mes ivresses d'âme. "
(Par ton souffle)
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