Projecteurs sur...
Florence Noël

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Visions  extraites du recueil "Le don de simple vue" :
           

[ 1  ]  [ 2  ]  [ 3  ]         

[ 4  ]  [5  ]   [ 6  ] 

Amnios Stellaire

Parchemin de terre

Obstinato cantabile

L'âme de fond

Derrière mon visage


   Huit soleils sur la table de la nuit, de Florence Noël et Stéphane Méliade

  En effeuillant Magritte,  par Stéphane Méliade et Florence Noël


Le Dictionaître
ou l'Abécéd'air de Florence Noël
par Stéphane Méliade
et  Juliette Schweisguth


L'inespéré, un poème de Florence Noël, commenté par Aaron de Najran


Entretien de Florence Noël avec Juliette Schweisguth


Le site de Florence Noël



Amnios Stellaire

de  Florence Noël

Projecteurs sur...

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Amnios Stellaire, une photographie de Bernard Flucha


Il vous faut réserver vos places bien avant le coucher du sommeil. Avant l'ombre des chances qu'effacent nos désirs. Là, précisément, dans l'alignement des pierres de sable, où la marée azure en dessinant, glaisées de mer, les écumes matinales.

Une fois assis, souriez aux ouvreuses, elles ressemblent à des pierres de gel très longuement tiédies dans une saison de mains. Elles ne rient jamais, sauf pour hisser les lustres allumés de brindilles de langues-tues, de pailles d'oeil et de bougies musantes.

Sur la scène,
Le récital d'algues lentes commence d'un seul mouvement d'antenne. Le paradis se tait, au balcon du septième, en commun décillement de patience. Des flammes-peau font, timides, leur entrée, froufroutant des élytres, longilignes, muettes, quelque peu vacillantes. Au poulpe de projecteur, une salive de germe s'évase dans leurs bras. Le Silence s'avance alors, tout au milieu du cercle et, de leur nom secret, féconde tendrement une bulle ovoïde. Puis, humble, se retire, sur la pointe des âmes.

Un décor de varech remonte des abysses. L'assemblée gronde bellement. Nous n'avons déjà plus de souffle, la mer s'est payé avec lui un repas de fruit de ciel, quelque part sur la falaise. Ainsi, vous pouvez veiller profondément sans être dérangés.

Voilà ce que vous attendiez tous : l'infini de naissance.

Elançant leurs bluettes salines, les flammes-fleurs interprètent, frêles, une remontée de comète, quelques cils vibrent, aiguisant par détails le chant de leur poitrine. Les élytres éclosent, se mirent aux eaux sans tain, se dressent étonnées. L'une ouvre le cri. L'éjecte au vent solaire plus d'une éternité d'étoiles plus tard. C'est l'experte en signes. Celle dont les doigts s'apposent en huiles épaisses sur l'onde des flammes-ventres. Elles rayonnent, mûres, fruit humide effrité de songes. Les couleurs se clairsèment et effilent leur vague en de très menues notes d'Eve.

Florence Noël