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Coup de projecteur sur...
Stéphane Méliade
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M.M : - Ton univers poétique, lié au plaisir des mots, semble unique (sens original) : tu tranformes la vie en soie lactée, la lune devient pêcheuse, les oiseaux fleurissent, les visages sont d'encres, les coeurs des couvercles à surtout soulever, les arbres sont reptiles... tant d'autres images encore... Ces images sont-elle ta vie ou la poésie ? S.M - Je ne sais pas ce qu'est la poésie. Aucune idée. Ces images sont mon ressenti, donc ma vie. Je ne suis absolument pas un poète. Je me sens plutôt un cinéaste de l'intérieur. De plus, pour moi "imagé" ne veut pas dite "imaginaire"... Je passe très souvent par les éléments, car, souterrains ou célestes, ils possèdent mieux les clés de ce que je veux dire. Enfin, je fais de la "poétique à l'envers". J'adore les arbres, je suis donc un auteur qui fait le poirier ;-) Autrement dit, je ne cherche pas à "enfler", les mots et les images (désolé si c'est le résultat apparent!), j'ai plutôt tendance, instinctivement à "tamiser", un peu comme le photographe développe une image en chambre noire M.M : -Coelho ou Moebius ? S.M - Coelho illustré par Moebius ! C'est arrivé pour "L'Alchimiste". J'aime les talents qui s'assemblent. M.M : - Si je te dis : gradiculer, pégomancie, caroche Tu cherches les définitions sur un dico papier, ou sur Internet? S.M : - Sur un dico papier. Rien que pour le bruit des pages qui se tournent ! Et je m'amuse avant à inventer des définitions. Par exemple : Gradicule ; un véhicule d'origine américaine, spécialement inventé pour les nombreux obèses de ce pays. Pégomancie ; L'art de lire l'avenir en regardant Miss Piggy dans le "Muppets Show". M.M - Jardin se crée, Infini de naissance, Nommer la vie, Instants à nés, etc, écris-tu des poèmes aux enfants comme tu leur écrirais un roman jeunesse ? Pour un même partage ? S.M : -Je n'écris pas des poèmes "aux enfants". Trop vague. Des courants habitent mes textes. Des gens, enfants et "grands", des lieux, des éléments, des moments... Ce sont des courants qui "émergent" régulièrement sous forme de textes visibles et lisibles. Un peu comme des dauphins qui viendraient respirer à la surface... Et en fait, je me sens autant écrit que j'écris. "Je suis homme: je dure peu et la nuit est énorme. Mais je regarde vers le haut: les étoiles écrivent Sans comprendre je comprends: je suis aussi écriture et en ce même instant quelqu'un m'épelle. " -- Octavio Paz Ça ressemble plus en moi à une sorte de tissage ou de mandala qu'à de l'"écriture" linéaire. Je pense que le même courant peut passer par des romans-jeunesse, des dessins, des lettres, par des gestes, par des paroles prononcées et même par une certaine qualité de partage de vie. L'écriture est un accessoire, une certaine marionnette. Ça pourrait être une autre marionette, dessin, chant etc... mais le plus important n'est pas la marionnette, c'est la main et ses gestes. Je suis même souvent gêné par les limites de la seule écriture. Je rêve d' inventer un art plus complet, à base de Vie. Il est vrai qu'il y a un fort courant d'enfance dans mes textes, qu'ils soient romans-jeunesse ou textes-poèmes. Mais le partage n'est pas tout à fait identique. Les romans-jeunesse ont un début, un milieu et une fin, des "angles". Les poèmes sont plus courbes et ont plusieurs directions, une sorte de spirale. M.M : -Penses-tu que tu émettes en poésie ce que Houellebecq nomme "des cris inarticulés" ? S.M : - C'est plutôt le langage "non poétique", qui est inarticulé. En poésie, l'attention aux mots, au rythme, au chant, aux images, en font un langage au contraire plutôt plus articulé que l'autre... Par contre, je reprendrais l'image de Houellebecq en la détournant pas mal en disant, qu'en ce qui concerne mes textes, chaque poème est comme une syllabe d'une même longue lettre. Parfois, il faut faire comme dans "Le Secret de la Licorne" de Tintin, il faut en superposer trois pour trouver un "mot" complet, une unité. Parfois, un seul se suffit à lui-même. Parfois, il y a plusieurs "syllabes" dans un texte etc... M.M : - Penses-tu que "la poésie, en réalité, précède de peu le langage articulé" ? S.M : - Ce que je trouve vrai dans cette phrase, c'est le fait que le poème plonge dans l'enfance, voire la petite enfance et la naissance donc en deça ou au delà, comme on veut, du langage visible. Mais il n'y a pas que les mots "de vocabulaire", qui forment un "langage articulé". Les hommes et la nature forment un langage articulé, un livre à déchiffer et prononcer. Un bon exemple de "langage articulé" sans qu'il y ait nécessité de mots : la musique. M.M : Pourquoi non au mot "poète" ? S. M : - Parce que c'est un mot-Jivaro. Un mot réducteur de tête. Grand admirateur de "vrais" poètes comme Rimbaud, je me sais moins-que-poète. Mais de la façon dont je "vis" mes textes, je me sais aussi "plus-que-poète", plus pas dans le sens "meilleur" mais dans le sens où les courants dont je parlais pourraient se traduire autrement que par l'écriture poétique. Après l'autoroute Transamazonienne, vive la Trans-Poétique ! |
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Stéphane Méliade |
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