celine.jpg (7957 octets)

Coup de projecteur sur...

 

Céline Lamy

 

 

 

par Yvan Prat

 

Céline Lamy : Portrait en contraste

Collaboratrice d’ "Ecrits...vains ?" par l’édition de certains textes de fiction sous un pseudonyme et ses critiques régulières, Céline Lamy anime ce site par une écriture sans fard. Affaire à suivre.

Céline Lamy a les yeux bleus et les cheveux frisés. Pour qui ne l’a jamais vue, en soi, ce n’est rien ; pourtant ces détails physiques sont comme un jeu de la nature avec l’âme : la transparence incisive d’un désir d’écrire et l’apparence des tumultes d’un esprit prolixe. Ce qu’elle met sur une page, publiée ou non, provient toujours de ce double enjeu qui consiste à dire sans démontrer, à exposer sans montrer. Avec Céline Lamy, il n’y a pas de mots sans maux, pas de maux qui ne s’écrivent pas. Toutefois ces nouvelles ne forment pas le pathos de déchirures personnelles ; l’histoire est toujours au delà du moi, ou juste à côté, insaisissable l’un comme !’autre. Car il y a bien ce projet incontournable de la littérature ; celui de vouloir dire le monde. Il est associé à une envie irrépressible d’y mettre la forme : l’écriture est un projet, presqu’entier à lui seul. A chaque ligne, le long des pages, les mots se bousculent, amusés d’eux-mêmes et effrayés de ce qu’ils peuvent produire. Ce sont les cubes de constructions simples, ou des abîmes de sourires douloureux, des pirouettes faussement légères. Ainsi les manuscrits de Céline sont-ils raturés, torturés par la volonté de ne pas aller à l’explicite. Elle craint sûrement de s’avouer une qualité de langue personnelle et inachevée. Alors sa langue ne concède rien au faux direct transposé sur le papier tout en se refusant de donner dans les falbalas littérateurs. Pour autant elle n’est pas un entre deux, ne serait-ce que par ses différences d’un texte à l’autre, selon le choix de la troisième ou de la première personne. D’ailleurs là, on ne sait pas toujours qui parle ou qui fait. Le décor et les personnages n’ont lieu d’être exposés qu’en servant ce qui n’est dit qu’au fond et, bien sûr, que par la forme. Cette écriture s’accepte, comme un contrat de confiance aux antipodes du commerce. Céline Lamy ne produit pas et écrit trop peu.

 

L’envie irrépressible d’y mettre la forme

A chaque instant de son écriture toute la vie est présente. La sienne sans doute bien qu’on puisse mettre au défi d’y trouver clairement des traces biographiques. L’ écrit de Céline est une encre des profondeurs ; ce qui diffère de l’exposition de soi et aussi du propos bilieux. Non il s’agirait plutôt de l’insupportable insaisissabilité d’être, pour parodier un titre de Kundera dont elle a fait une de ses références principales. Parce que Céline Lamy lit plus qu’elle n’écrit - enfin, une ! -, des classiques fondements de la littérature occidentale en passant par des auteurs africains jusqu’aux maintenant incontournables cousins québécois. On pourrait lui reprocher ce lien trop évident : prof de lettres écrivain. Mais sa biographie la révèle rare lycéenne a avoir une culture littéraire, puis étudiante en lettres par ses diplômes puisqu’elle n’a séjourné qu’un an en licence a près un troisième cycle et quelques années de pratiques en droit. Ce détour lagarde-et-michardien ne doit pas tromper : rien n’explique cela selon une courbe déterministe évidente. L’évidence sied mal à cette jeune femme au regard acéré. Marcel Aymé aurait dit ses yeux gris, gris d’un acier vif et décidé à ne pas être où on l’attend. Ainsi son écriture, et tant pis si c’est un truisme - un terme qu’elle aime sûrement pour mieux s’en amuser -, est vraisemblablement à découvrir dans ce qu’elle va écrire. Que cette affirmation n’interdise pas de lire ce qui est déjà visible.

Y. P.