Coup de projecteur sur...

Jacqueline DELPY

par Jean Aubert, président de FLAMMES VIVES

(Préface au recueil COSMOPOÈMES)

Les prix FLAMMES VIVES changent d'année en année. L'an dernier, malgré l'âge avançant (puisqu'il n'écrit que depuis qu'il est en retraite) c'est un "jeune" poète qui l'obtient. Cette année, l'âge est à peu près le même, c'est déjà une vieille routière en poésie, puisqu'une quinzaine de recueils de poèmes, publiés en quarante années, jalonnent sa carrière. D'autres prix ont déjà couronné l'un et l'autre. Hier, le prix de l'année poétique de Genève et le prix Marie Noël pour l'un ; aujourd'hui deux prix de l'Académie française et le prix Maurice Rollinat pour l'autre. Et quantité de médailles et de diplômes.

Cette autre, c'est Jacqueline DELPY, qui ajoute à son œuvre poétique un talent certain de diffuseur et amie des poètes, puisqu'elle dirige depuis déjà de nombreuses années la belle revue ART ET POÉSIE DE TOURAINE, diffusée en France et à l'étranger.

Mais venons spécialement à sa poésie. Je ne dirai pas que chaque poète a la sienne en propre, mais il est, chez tout vrai poète, des dominantes qui, à son insu ou non, reviennent sous l'écorce des mots. Ici, ce serait, je crois, une spiritualité instinctive, venue du fond de l'être, alliée à une philosophie humaine qu'elle doit aux études qu'elle fit, jadis, en Sorbonne. Le Père Teilhard de Chardin, qu'elle reconnaît comme son maître à penser, n'est guère éloigné de cette poésie où émergent tous les reflets du Divin dans la Création.

Donne-moi ton vrai nom et deviens mon ami

O tout autre que moi, mais de même mystère…

Va, donne-moi ton nom, le ciel est plein de pommes

De ce pommier d'amour et d'or et d'infini !

Et plus loin ce vers très beau :

"Les chênes sont pensifs au cœur des bois en deuil."

Mais ces vers sont d'un autre recueil. Ceux d'aujourd'hui sont de même beauté. Dans ses COSMOPOÈMES (encore et toujours l'infini, pensée dominante chez Jacqueline DELPY) où les poèmes sont fait souvent d'hepta ou d'octosyllabes, le rythme est plus rapide mais toujours de science diffuse :

La terre dort ; l'Homme meurt

D'une soif d'infinitude ;

Latitude et longitude

Ont trop quadrillé son cœur…

 

La mémoire des univers

Dans quel Cerveau se cache-t-elle ?

Là-haut, les étoiles si belles

Sont ses neurones très divers…

Ce qui n'empêche pas un regard ébloui sur la terre :

Il neige… Et lorsqu'on dit ce mot

Surgit un voile de mystère…

Ces miettes volant sur la terre,

De quel Pain sont-elles morceaux ?

L'image est belle, le rythme est pur, et la rime vient tout naturellement au bout du vers. C'est cela la poésie. Un ensemble complexe de mots et d'idées, que l'on ordonne instinctivement, bâtissant en quelque sorte la carcasse du poème, et le parant ensuite (ou souvent en même temps) de ce qui fera sa beauté. Les poètes d'aujourd'hui, trop souvent, font de brillants échafaudages, mais oublient ou négligent de les parer.

Réjouissons-nous donc de ces vers bien faits, dont la trame profonde se rattache aux précédents recueils où un peu de nature confirme la solidité de la pensée. Bravo, Jacqueline DELPY, votre méditation large sur quelques aspects du cosmos nous laisse à penser que sur Mars ou dans quelque "trou noir", on trouve encore Polymnie, et nous sommes heureux, avec vous, d'aller la courtiser quelques instants.

Jean Aubert