Trajectoires terminales, de Paul Borelli

par Nathanaël Tribondeau

( article récupéré sur le site " le coin du poIar )

Trajectoires terminales
Paul Borrelli, février 99
l'Atalante, 471 pages, 106 Frs.

Paul Borrelli a trois livres à son actif. Trois livres à lire. Absolument. " L'ombre du chat ", " Désordres ", " Trajectoires terminales ", trois livres dans une même ambiance, Marseille, années 2030. Un polar ? Un livre de SF ? Marseille ? Non. Pas de genre pour Paul Borrelli. Cet homme, comme il le dit lui même, donne tout ce qu'il a dans ses livres, et cela se sent, terriblement. Se superposent, ou plutôt se croisent, schémas mentaux et schémas narratifs, visions d'avenir, et visions de la vie.

Marseille années 2030 ? Presque un prétexte pour voir dans leurs vies, dans leurs mondes, dans leurs enquêtes, des hommes, des femmes : des héros véritables. J'explique.
Les vies, les destins de Paul Borrelli ne suivent pas seulement un synopsis préfabriqué : ils sont les piliers d'histoires d'une finesse extrême, d'une complexité évidente tout en restant assez claires pour couler d'une page à l'autre; mais ces personnage sont aussi justement des vies, qu'il soient héros des trois romans ou simples ombres que l'on rencontre en passant, ils ont tous dans ce monde qu'imagine Paul Borrelli, une existence palpable : un passé, une volonté, une âme. Et c'est cela qui saute aux yeux à la lecture des livres de Paul Borrelli : ce sont de véritables vies qu'il décrit, profitant de son monde inventé pour montrer les caractères, les points forts, les amours ou la cruauté…
Puis, c'est ce monde, tout aussi paumé, qui nous enchante tout au long des trois romans : ce monde fantasmé, ce Marseille de Paul Borrelli. Car loin des "n'importes quoi" d'une prospective encombrante, le Marseille de Paul Borrelli n'est ni folklorique ni effacé : il sait apparaître en filigrane, à travers la vision des personnages, leurs faits et gestes, leur mentalité, et ne s'impose pas lourdement. Il sait se faire oublier mais aussi montrer son influence, et surtout son rapport avec notre présent, car Paul Borrelli n'a pas oublié que 2030, c'est dans trente ans : un futurisme discret et une vie française pas assez farfelue pour paraître irréelle; elle nous touche car elle est près de nous, près de vous !

Trajectoires terminales, le troisième livre de cette épopée sans retour, est dans la pure lignée - tout comme les deux autres romans - des grands polars futuristes, des grands destins d'un monde encore à inventer - mais pour combien de temps - et continue à mélanger intimisme noir et lyrisme SF. Les deux faces de Janus de la verve de Paul Borrelli : là où on croit entrer dans le destin personnel, on ne voit qu'un monde bouffant les petits êtres qui le peuplent, qui les bloque dans leurs aspirations, qui leur brûle les ailes, là où on pense entrer dans le fantasme d'un romancier sous hypnose, on sent, derrière les mots, l'ombre des figures de ces héros, de ces non héros, qui vivent, vaille que vaille, dans ce monde où l'air est trop lourd, comme du mercure, et qui nous empoisonne, par petits morceaux.

Ce qui est formidable avec Paul Borrelli c'est qu'au lieu de faire de la SF, ou du policier, il a créé des personnages, des intrigues, des décors, comme un peintre. Marseille 2030, oui, mais c'est un prétexte, Paul Borrelli ne veut pas faire de la prospective, il peint ce qui lui plaît, et grâce à cette liberté, il crée ce qu'il veut, où il veut : il est son créateur.

Il faut donc lire " Trajectoires terminales ", et bien sûr, ses deux aînés, " L'ombre du chat " et " Désordres " ou, dans le futur, comme maintenant, apparaissent les phobies citadines d'un monde surpeuplé, les peurs collectives. Car Borrelli c'est la vie… Dans " Trajectoires terminales " comme dans les autres romans, il laisse ses personnages vivre, souffler dans l'intrigue : ce ne sont pas des bêtes de fiction. Ce sont des êtres humains dans un paysage rêvé. Et c'est aussi cela, qui nous fait dévorer ces pages. Il nous laisse voir l'intimité de ses personnages, de tous les personnages, comme des voyeurs, nous marchons et accompagnons, le temps d'un livre, les pas des Serge Lançon, Canavese et de tous les autres... Car Borrelli a compris que le postulat de départ " Marseille 2030 " ne peut constituer l'attrait principal d'un livre, il sait qu' une histoire de serial killer ne suffit pas. Il sait écrire, quoi !

Mais cela ne veut pas dire que l'univers de Marseille 2030 n'est qu'un décor : il vit lui aussi, il est l'exact matérialisation des angoisses et des syndromes de son époque : malade, comme ces cités en éternelle construction, névrosé comme ses passages , ses passerelles, ses souterrains, cette peur du soleil…

J'en ai fini, je pourrais en dire dix fois plus, dix fois plus même que ce que Paul Borrelli a écrit, tellement ses phrases ouvrent des portes dans notre esprit, mais je me tais. Allez, lisez !

Nathanaël Tribondeau

nathanaël.tribondeau@wanadoo.fr

Auteur : Paul Borrelli
Titre : Trajectoires terminales
Editeur : l'Atalante
Genre : roman noir sur fond de SF
Parution : Février 99
Pages : 471
Avis : la trilogie qu'il faut avoir lue absolument.

   Hit-Parade   Votez

Mesurez votre audience