( article récupéré sur le site " Icarus ", consacré aux littératures de
l'imaginaire )...
Trajectoires terminales
Paul Borrelli, février 99
l'Atalante, 471 pages, 106 Frs.
Attention, âmes sensibles s'abstenir...! Car pour ce troisième volet
des enquêtes de Serge Lançon, qui peut se lire de façon tout à fait indépendante des
précédents, Borrelli ne nous épargne guère. Pour lui, le futur sera moche ! Drogue,
prostitution, pollution, violence... font partie du quotidien ( mais, au fait, est-ce si
différent de nos jours ).
A côté de l'intrigue policière, l'un des intérêts majeurs du roman
est l'épaisseur et la complexité des personnages, à commencer par Serge Lançon
lui-même, personnage contradictoire qui nous apparaît parfois sympathique, mais souvent
parfaitement ignoble, notamment dans ses relations avec les femmes. L'amour semble
impossible dans ce futur cruel, et le sexe y est davantage vécu comme une lutte ou une
domination que comme un accomplissement. Il faut dire que les femmes vues à travers les
yeux de Lançon ne sont guère estimables, mais ceci n'excuse guère son comportement, qui
dénote frustration et incapacité d'aimer : il se conduit en parfait salaud, mais n'en
demeure pas moins le héros de ce drame.
Si l'on a le coeur bien accroché et que l'on surmonte la nausée
initiale, si l'on n'est pas heurté par un vocabulaire dont la crudité se justifie par le
contexte, Borrelli nous emmène suivre deux enquêtes parallèles, toutes aussi
passionnantes, complexes et hallucinantes l'une que l'autre : l'une avec Canavese, flic
pas tout à fait net non plus, dans les milieux aisés de l'art contemporain, l'autre avec
Lançon, à la poursuite d'un mystérieux individu dont nous devrons suivre les traces et
reconstituer par bribes toute la vie, jusque dans les faits les plus sordides, avant de
pouvoir l'identifier.
A partir de ce qui semble n'être qu'un banal fait divers, l'auteur
nous conduit ainsi sans un temps mort vers de bien curieuses révélations, avec une
tension dramatique qui va croissante au fil du roman, et avec un style incisif et
percutant d'une redoutable efficacité. Les véritables monstres ne sont pas forcément
où l'on croit : en fait, ils sont partout...
Outre le décor d'un Marseille futuriste digne de Blade Runner,
Borrelli utilise d'autres thèmes de la SF qui ne sont pas sans évoquer une influence de
Philip K. Dick : les pouvoirs paranormaux de Serge Lançon bien sûr, mais aussi un
androïde qui ignore sa nature et qui se trouve littéralement réduit à l'état de tête
pensante, en demeurant peut-être le personnage le plus humain du récit...
Un très, très grand roman, qui peut rebuter le lecteur délicat mais
qui comblera l'amateur de polar noir - très noir - ou l'amateur d'ambiance futuriste
sombre, tout comme l'amateur de grandes tragédies humaines.
Pascal Patoz
pascal.patoz@wanadoo.fr Auteur : Paul Borrelli
Titre : Trajectoires terminales
Editeur : l'Atalante
Genre : roman noir sur fond de SF
Parution : Février 99
Pages : 471
Avis : excellent.
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