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La
place des trépassés, contrairement à ce
que son nom indique, n'est pas l'histoire d'une tranchée
de Verdun ou une place de Paris pendant la commune ni encore
une esplanade de Bagdad.
C'est la plazza principale de Marrakech. Un lieu chargé
d'histoire. Par le passé, les Califes y faisaient juger
et étriper les coupables à la vue de tous. La
justice a ses secrets.
Mais cette agora respire toujours à plein poumon aujourd'hui.
Certes les exécutions sont plus rares et se réalisent
loin des regards indiscrets pourtant elle demeure un haut lieu
de commerce.
Puisque les touristes la fréquentent pour s'encanailler
et se convaincre qu'ils ont côtoyé des autochtones.
Alors forcement, elle est devenue l'il du cyclone de la
misère attirant toute les petites frappes locales et
les trafiquants juvéniles qui vinrent y faire leur premières
armes. Quand le pauvre du tiers monde suit le touriste comme
le goéland suit le chalut, les politiques du FMI montrent
leur vrai visage d'exploiteur international.
Les vrais massacres se signant dorénavant autour d'une
table de la banque mondiale condamnant les gamins du soleil
à la rapine ou à l'exil.
C'est le cas de Younès qui ressent la place frapper dans
son bide. Elle exerce sur lui une attraction charnelle et exclusive.
Comme si les torrents de sang qui coulèrent sur ses dalles
lui avaient donné vie.
Mais il entend un autre chant des sirènes tout aussi
tentateur, celui de
la forteresse Europe ! Et surtout celle de la France pays des
libertés
et
du football ! Car l'élément perturbateur
tombe comme un couperet d'espoir. Younès est un joueur
très doué. Un génie qui ne s'ignore plus.
Alors Lambertoni, après nous avoir plongé dans
les abîmes berbères du dénuement de ces
enfants désuvrés, suit son héros
caméra à l'épaule à travers sa déportation
volontaire. Le jeune prodige du ballon rond pour venir se vendre
aux marchands de chair humaine français doit emprunter
le chemin de croix des clandestins.
Une fois dans le club de Montpellier les splendeurs et les misères
seront bien au rendez vous de ses attentes.
Beau comme une prison en feu, poignant comme un sourire d'enfant
et pimenté comme le Maroc, ce livre - épopée
nous transporte par une cavalcade dans l'arrière cours
des destinations de rêves.
Ambiance noire aux dents blanches où la matière
grise vous sera indispensable pour analyser les bleus à
l'âme et les rires jaunes de la place rouge.
Un livre nécessaire.
Nicolas Jacomond
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