Guignol's band

(le théâtre chez Thomas Bernhard)



par Pierre Wolfcarius

extrait de l'ouvrage "L'Objecteur d'esprit Bernhard"
publié chez Publibook

Les références

La représentation d'un chef-d'œuvre 
à l'aide d'éléments accidentels et humains est antinomique [..] 
Il faudrait peut-être écarter entièrement l'être vivant de la scène
(Maeterlinck) 

Autant j'aime le théâtre, autant je suis, 
pour cette raison-là, son ennemi
(Artaud)

  

 

                        C'est en fait tout le problème des arts de l'interprétation que soulève Maeterlinck (moindre en musique pourtant, puisque là l'interprète disparaît physiquement derrière un instrument qu'il semble ne faire qu'actionner : sa présence est d'un ordre totalement autre); de là qu'il y eut de tous temps et en tous lieux un théâtre indirect : pour «atténuer la présence de l'homme» (encore Maeterlinck);

 

Le théâtre antique et le théâtre médiéval «distançaient» leurs personnages grâce à des masques humains ou animaux. Le théâtre asiatique utilise aujourd'hui encore des «effets de distanciation» par la musique et la pantomime (Brecht)

 

plus que la prose, le théâtre, où tout est effectivement artificiel, parfois même jusqu’au déguisement, a toujours été — de Calderon et Shakespeare jusqu'à Pirandello et Gombrowicz, en passant par Marivaux — le lieu privilégié du Tout est autre.

 

                        Mais pourquoi ne masquer que le visage ? masquons tout, et donc ne masquons rien, inventons le masque de verre; dès lors, plus de personnage; rien que des concepts, rien que des figurines, rien que des rôles : des marionnettes (Maeterlinck, toujours lui, écrit Trois petits drames pour marionnettes; le coup de génie de Nijinski, c'est d'avoir fait du Sacre un ballet de marionnettes); et si chez Brecht (entre autres) l'acteur doit montrer qu'il est extérieur au personnage, si chez Genet il doit le travestir, chez Bernhard, le dépaysement (mot qui me semble d'ailleurs traduire plus exactement que distanciation la Verfremdung brechtienne : Brecht n'a pas dit Distanzierung), devenu total, devenu altérité, s'annule — et ce qui reste, c'est la marionnette; l'interprète est par rapport à son rôle en position d'exterritorialité : ils appartiennent à deux ordres, oui, étrangers.

 

                        Mais si la marionnette a de tout temps été un efficace moyen scénique, elle est chez Bernhard la conception même de l'être humain qui lui a été imposée : elle vient de loin :

 

Tous les malades étaient sans exception sous perfusion et comme de loin les tuyaux qui les reliaient aux récipients contenant la solution avaient l'air de ficelles, j'avais toujours l'impression que tous les malades couchés dans leur lit étaient des marionnettes pendant à des fils, qu'on avait abandonnées dans ces lits, marionnettes qui, pour une grande part, n'étaient absolument plus mises en mouvement, sinon en de rares circonstances [..] Tout naturellement ici, l'impression de marionnettes, non d'êtres humains, avait dû s'imposer à moip29

 

l'être humain est un mécanisme entièrement déterminé, auquel il ne faut même pas, comme écrit Kleist (Maeterlinck a-t-il lu Kleist ?), «des myriades de ficelles» (fil : déterminisme; marionnette : concrétisation du déterminé); tout part d'un seul mouvement; la perfection est mécanique, le mot perfection ne nous vient au fond à l'esprit que face au mécanique — comme si le sommet, pour l'esprit, dans son indispensable alliance avec la matière, était dans une apparente disparition.

 

je veux être le Steinway, non point l'homme qui joue sur le Steinwayp39

 

des gens comme Glenn étaient au bout du compte devenus des machines à faire de l'artp39

 

                        La Montagne, la première pièce de Bernhard (toujours inédite en français), est sous-titrée «spectacle pour marionnettes sous forme d'êtres humains ou d'êtres humains sous forme de marionnettes» (peu après Syberberg, dont chaque œuvre pourrait porter le même sous-titre, crée son cinéma où «tout est artificiel»);

 

il s'agit

d'un théâtre de marionnettes

les acteurs ne sont pas ici des êtres humains

des marionnettes

Ici tout bouge

contre la nature

ce qui est la chose la plus naturelle

du mondet2

 

— pas des êtres humains :

 

Pas des hommes

des instrumentst3

 

— pas uniquement des êtres humains :

 

une fille qui est un mécanisme

ou un mécanisme qui est votre fillet2

 

pas des interprètes : des exécutants.

 

faire l'exercicet3

 

                        Le marionnettisme est, pour Bernhard, une autre manière encore de tout contrôler, donc d'atteindre à cette pefection : l'absolue précision (didascalie : «avec la précision d'une marionnette»); l'acteur n'a aucune liberté;

 

En effet ce sont des camisoles

d'épouvantables camisoles

où j'enferme mes personnagest11

 

l'auteur (dans son propre intérêt) est contre l'acteur (dans son propre intérêt),

 

plus est épouvantable la camisole

que l'auteur lui a passée

mieux c'est

La camisole la plus épouvantable

pour le plus grand acteurt11

 

de même que l'acteur est contre le public (dans l'intérêt de tous);

 

Le plus grand ennemi de l'acteur

est son public

Quand il sait cela

il s'élève dans son artt7

 

c'est toujours cette éthique de la difficulté, de l'opposition : «pour moi, un véritable écrivain de théâtre, c'est quelqu'un qui propose aux acteurs et aux metteurs en scène des énigmes, des tâches impossibles» (Vitez).

 

                        La figurine a souvent quelque chose de pas naturel : une tare; c'est, soit physiquement, soit mentalement, un infirme; mais ici, cette infirmité n'est une métaphore de la «condition humaine» : tout infirme a en soi quelque chose de mécanique.

 

                        C'est parce qu'il est absolument allégorique que le théâtre de Bernhard pourrait être, comme l'est effectivement toute la deuxième partie de Une Fête pour Boris, joué masqué; l'acteur ne doit ni coller à une personne réelle qu'il serait censé représenter, ni incarner un caractère; il ne doit pas imiter; or, il n'est pas seulement impossible d'imiter sa propre voixp28, il est impossible de s'imiter tout entier : ce type de logique est poussé à l'extrême dans Minetti, qui est à la fois le nom de la pièce, de son protagoniste (le premier acteur, le premier combattant), et de l'acteur qui a créé le rôle; de ces points communs au rôle et à l'enrôlé : le nom, être acteur, de ces coïncidences du personnage et de la personne naîtrait tout naturellement l'idée de masque (persona); de l'idée de masque l'idée d'Ensor; d'Ensor Ostende; d'Ostende et d'Ensor, l'Angleterre; de l'Angleterre, Shakespeare, Lear et la disparition sans laisser de traces dans une tempête; tout se tient, dans cette pièce étonnamment logique, et jusqu'au moindre détail : quelle ville belge, par exemple, pourrait-on opposer à Ostende ? seules Bruxelles, Anvers, Liége et Bruges ont une renommée suffisante à l'étranger : on voit de suite que (outre qu'elle est effectivement «effroyable», et qu'elle est la seule ville à avoir une dénomination allemande : Lüttich, qui sonne bien et comme en écho à Lübeck), géographiquement et linguistiquement, Liége est la seule possibilité... Minetti est-il un acteur de génie, un imposteur, ou n'est-il qu'un comédien ? voilà le type même de la non-question : le concept-sur-scène que nous voyons est, comme tous les protagonistes bernhardiens, génial et fou en même temps, raté et réussi, l'un dans la mesure même où il est l'autre.

 

§

 

                        Le protagoniste n’est pas seul : les autres existent, mais il n’en tient pas compte; il ne soliloque pas, il monologue; s’il n'a, comme Bernhard, rien à dire, il a absolument besoin de parler; il improvise; et il est interrompu; mais là où en prose la figurine est interrompue par le grand monde intérieur, au théâtre elle est interrompue par son petit monde extérieur; en prose la pensée est cause, ici conséquence — et donc plus confuse, comme il est inévitable quand on est à plusieurs ; la pensée qui en prose produit est ici produite : par les propres gestes, les propres paroles du protagoniste, mais par tout ce qui arrive autour de lui — et c'est le coq-à-l'âne; mais ce n'est pas un comparse qui coupe la parole : ce ne sont pas des êtres sociables, ils n'ont pas des conversations, des dialogues; chacun a le temps de terminer sa tirade, très élégamment; les figurines sont comme la pièce : composées.

 

                        Le coq-à-l'âne n'est ni fantasque, ni arbitraire, ni capricieux; il n'est qu'une des modalités de l'alternance; il est provoqué, déterminé — de là qu'il s'accompagne souvent d'une didascalie (la didascalie chez Bernhard fait quasiment partie du texte, un ingrédient indispensable à son fonctionnement musical, un contrepoint) :

 

il m'était impossible

de me réchauffer

si bien que j'ai été contraint

de mettre mon gilet de fourrure

Vous connaissez ce gilet

il ouvre son gilet, le referme

mon gilet polonais

Pensée immédiate pour la Pologne naturellementt4

 

il s'agit ici de cette variété qu'on pourrait appeler mono-coq-à-l'âne : simple, provoqué par le mot (ce n'est pas le gilet qui provoque la pensée pour la Pologne, c'est d'avoir dit : gilet polonais) ou par l'irruption de la vie (objet, geste ou son);

 

sa femme était complètement sourde totalement sourde

elle boit et pose la tasse aussitôt

Il n'est pas bon

quand c'est toi qui le fais il n'est pas bon

Faire le thé est une science

l'eau naturellement

mais c'est un art

Je veux quand même du cognac

le cognac mon enfant

La Fille va lui chercher du cognac

Complètement sourde tu comprendst11

 

(le coq-à-l'âne, suivi de son pendant, retombe sur ses pattes : le fil du monologue peut être repris); Bernhard nous concocte même un coq-au-vin :

 

A Bordeaux avant tout

le blanct3

 

                        Tout aussi fréquent donc : le bi-coq-à-l'âne; dicté par ce à quoi il ramène, il signale la fin de l'intermède dans lequel la figurine a été entraînée, il signale précisément l'opposé : la constance d'une préoccupation; c'est l'interruption au carré, la retombée sur les pieds; si l'obsession est la tête :

 

Ote-toi Interlaken de la tête

il s'arrache la compresse de la tête et la laisse tomber

Elle ne rafraîchit plus la têtet10

 

si l'obsession est la nourriture :

 

L'histoire digère tous ces gens

Les pires monstruosités

les pires atrocités

l'histoire les a quand même digérées

L'histoire a un bon estomac

il murmure

Peut-être tout de même des nouillest10

 

                        Ainsi, il n'y a jamais véritablement coq-à-l'âne, mais seulement une sorte d'excursion momentanée que peut, sachant que le fil n'est jamais perdu, se permettre l'à-tout-présent, celui qui relie tout effectivement : le coq-à-l'âne est l'association d'une pensée à un événement, à un mouvement.

 

                        Je résume d'un exemple la manière dont les diverses qualités bernhardiennes s'organisent :

 

La salle à manger

tout le mal est parti d'icit14

 

à l'endroit où il intervient, ce début de monologue, où l'on a déjà (1) la liaison abstrait-concret, semble (2) un coq-à-l'âne, mais il est en fait provoqué par (3) l'activité ménagère de la sœur, indiquée par les didascalies qui précèdent : «DENE se lève et lui apporte vaisselle et couvert de la place où il était assis auparavant [..] lui verse à nouveau de la sauce dans son assiette»; (4) précisions et clarification :

 

tout ce qui était de quelque valeur

a toujours été noyé

dans les soupes et dans les sauces

 

ceci est à la fois : (5) la règle générale qui continue à relier abstrait et concret, et qui va être particularisée par division en deux parties symétriques, (6) le thème musical qui, parallèlement, va subir deux variations; la soupe est liée à la pensée pour la première moitié du chiasme :

 

une pensée

en avais-je une fondée sur des faits

en avais-je une d'une réelle valeur

la mère la noyait dans sa soupe

 

la sauce est associée au sentiment pour la seconde moitié :

 

un sentiment

en avais-je un fondé sur des faits

en avais-je un d'une réelle valeur

elle le recouvrait de sa sauce

 

autre plaisir musical : (7) la reprise de deux lignes identiques (qui suggère en outre que pour cette mère dénaturée, pensée et sentiment se valent); et enfin, faut-il y insister, le tout est (8) comique... On voit ici combien le protagoniste, loin d'être une sorte d'autiste perdu dans son monologue, est à l'image de Bernhard : il ne perd pas une miette de ce qui se passe autour de lui. Comme chez Tchekov déjà, mais surtout Beckett, grande importance donc des sons, des gestes et des objets (y compris les vêtements); ces pièces sont plus que des actes en paroles : un théâtre total.

 

                        (Contraste, autodérision, hommage au silence ? quoi qu'il en soit, l'importance d'un rôle peut être inversement proportionnelle à la quantité de texte qui lui est dévolue : Boris ne dit que quelques motst1; la Reine de la Nuit fait surtout des vocalisest2; La Princesse n'a, littéralement, qu'un mot à dire — mais c'est le mot clét4; c'est en restant silencieuse que Clara «maintient la comédie en marche»t9; un sens possible de plus à la proposition : nous mettons tout sur le dos de celui qui se tait ? comme Gombrowicz sur celui d’Yvonne ?…)

 

§

 

                        Tout est rythmes; musique : sons en rythmes; peinture : lignes, couleurs, valeurs en rythmes; littérature : mots en rythmes; théâtre : êtres, objets, sons et mots en rythmes; comme la vie alors ? oui — d'où l'envie de dévier, de s'opposer; d'où les démarches de Pirandello, Witkiewicz, Brecht, Gombrowicz, Genet, Beckett, Bernhard enfin : comment être anti- ou méta-théâtre ? et là où Maeterlinck se demande seulement comment faire une représentation pure, ils font en sorte que ce ne soit justement pas une représentation, que ce soit autre chose; quoi ? au moins une présentation : un art aussi pur que la musique; le théâtre, qui doit naturellement rester toujours théâtre de texte aussi (d'où que je ne cite pas Artaud), ne peut être «pur» qu'à condition que tout y soit forme — que la «vie» de la figurine soit faussée (théâtralement faussée), que l'acteur (entre autres) soit artificiel.

 

                        Tous les liens sont, comme toujours, indirects : ils ne naissent pas d'une nature profonde qu'auraient les choses et les êtres par eux-mêmes, ils sont voulus par Bernhard; de temps en temps, le montreur décide de faire s'entrechoquer ses instruments : les marionnettes; œuvres aussi concertantes que concertées. Les figurines sont allégoriques, les objets sont emblématiques; de ces ballets à paroles, la chorégraphie doit être entièrement géo-musicale : les gestes et les mouvements des figurines n'ont pas une raison psychologique, mais rythmique : on remplit sans cesse un poêle de bûches, on vérifie le maniement du rideau de scène, on range n'importe quoi, on repasse, on déballe et on remballe; de même que pour les sons (on tousse en cadence, on scande une note au violoncelle, on interrompt par un roulement de tambour), leur rôle est, d'une part, j'en ai parlé, de contrepoint, d'autre part de concrétisation (comme on parle de musique concrète, on pourrait ici parler de monologue concret);

 

Il faut que les bruits deviennent musique (Robert Bresson)

 

quant aux objets : outre qu'ils sont naturellement la raison d'être de la plupart des gestes, outre qu'ils facilitent les coq-à-l'âne, ils constituent un contraste par leur prosaïsme, leur caractère dérisoire (bouchons de champagne) ou carrément ridicule (bonnets, bouillottes et caleçons de coton); tout ce qui n'est pas texte s'oppose au texte.

 

                        Théâtre indirect : s'il arrive naturellement que le protagoniste interroge, commande ou harcèle un comparse, il ne lui adresse pas la parole; s'il répète les derniers mots d'une autre figurine, ce n'est pas qu'il les a écoutés : à-tout-présent, il les a distraitement enregistrés (degré zéro de la coulisse ? récupération de la rime enchaînée ? contrepied de l'enjambement ? écholalie ? simple legato ?); il n'y a jamais dialogue dans ce théâtre sans réplique; la marionnette est indifférente à autrui (le tragique parle au chœur, le bourgeois parle au bourgeois, l'être de l'esprit parle tout seul). Le protagoniste ne touche pas l'autre non plus (c'est Bernhard, et il n'a besoin de personne); exceptionnellement le tyran tolère d'être touché : on peut lui laver les pieds — créant ainsi le groupe le plus contrasté : être de l'esprit exhaussé, être de nature rabaissé, c'est vraiment maître et serviteurs; autrui n'est qu'un objet : une utilité; le protagoniste le possède : c'est sa propriété; l'autre est plus présent en prose, et respecté : un être humain, même si les rapports avec lui sont indirects, peut-être précisément du fait qu’ils sont indirects; au théâtre, l'autre est là en chair et en os, et pour Bernhard, toute proximité est un enfer — et d'autant plus qu'il en a besoin (le protagoniste sait bien sûr que sans sa petite troupe, il ne serait rient3/t15); dans le huis-clos du théâtre bernhardien, il n'y a que des rapports de persécuteur à persécuté, chacun étant naturellement, tour à tour ou en même temps, l'un ou l'autre. Ce que Criticamus appellerait derechef incommunicabilité est conséquent : comment des marionnettes communiqueraient-elles ? elles ne sont liées ni entre elles ni à nous, mais uniquement à leurs fils.

 

                        La marionnette réagit mécaniquement, pas psychologiquement : elle n'évolue pas; pour moi qui reçois l'œuvre, c'est une première — mais tout ça a déjà eu lieu, se produira encore mille fois; et contrairement à la musique, à la danse, ça doit se sentir : la marionnette, ligotée à son rôle, fait son numéro; le mécanisme ne peut que se répéter; mais c'est l'inverse d'un théâtre de rite alla Genet (où l'objet n'existe qu'en fonction du geste, où paroles et gestes mettent en rapport avec un invisible qui seul leur donne sens) : un théâtre de cérémonie, où les gestes n'existent qu'en fonction des objets, où il n'y a ni invisible ni même sens, où l'on ne commémore rien : cérémonie en soi.

 

                        Bernhard a besoin d’alterner ; d’où ses va-et-vient entre deux formes qu’il a dû s’ingénier à rendre opposées au possible ; ce que la prose dit sans cérémonie, le théâtre le dit d'un lieu, d'une manière opposés : contre-épreuve, autre angle de tir — palliatif peut-être; Bernhard écrit-il des proses quand sa respiration va bien, des pièces quand elle va mal ? (pour ça aussi qu'au théâtre, pudeur oblige, le tragique est gommé, le comique plus prononcé ?); la prose est sa musique de chambre, le théâtre sa musique d'opérette; ce que la prose dit périodiquement, le théâtre le dit télégraphiquement : ce qu'elle scande, il morcèle; la prose, enroulée, est cependant pleine de brisures; le théâtre, césuré,

 

Tout est haché dans ce que vous ditest3

 

est cependant plein de ponts; la prose progresse par spirales successives, au théâtre on fait du zig-zag; la phrase, souvent nominale — comme celle du vieil Ekdal d'Ibsen, comme celle de certains militaires du temps jadis —, aurait plu à Jules Renard; la prose est interrompue abruptement dès que Bernhard en a assez, le théâtre va jusqu'à épuisement total (de là qu'il semble y avoir moins de liberté dans les fins ?); la prose fonctionne par hyperbole, le théâtre par ellipse et litote; à la phrase hyperstructurée de la prose, il oppose la phrase non formée, malicieuse, lacunaire (haï-ku-naire ?) du théâtre; en prose, la perfection est atteinte quand il n'y a plus rien à ajouter, au théâtre quand il n'y a plus rien à retrancher. (Si ce théâtre de cérémonie burlesque peut parfois faire songer à Beckett, le ton en est cependant tout autre : la phrase de Beckett, fragile, murmurée ou en lambeaux, sort dans un souffle; la phrase de Bernhard, assurée, sort à haute, claire et intelligible voix; Beckett est en même temps plus espiègle et plus «dérélictueux».)

 

                        La prose dissèque; le théâtre est naturellement le lieu de l'unité : Méta-Bernhard reste dans les coulisses, tout redevient simple; dynamique, la prose avance, architectural, le théâtre est statique (les pièces sont divisées en scènes, naturellement pas en actes); la prose est une marche, le théâtre une gymnastique : les phrases sont comme des gestes; la pièce qu'a écrite Le faiseur de théâtre s'appelle La Roue de l'histoire — mais cette Roue n'est pas en mouvement : ce n'est pas le lieu commun de l'histoire en tant qu'éternel recommencement, mais au contraire en tant que Tout immuable (où Napoléon, Staline, Churchill et Metternich cœxistent).

 

                        La prose nous force à rester attentif en maintenant dans l'incertitude quant au moment où un groupe syntaxique prendra fin, le théâtre par un certain flou de cette même syntaxe (ce que j'ai appelé, pour jouer sur un mot à la fois théâtral et musical, effet de coulisse) — comme dans ce jeu avec, encore une fois, le mot naturellement :

 

ce que je vous ai dit naturellement

ne le dites pas

ne le dites pas naturellement mademoiselle Schneidert17

 

                        Mais, chez Bernhard, opposition signifie bien sûr échanges : l'indirect en prose est directement issu du lever/baisser de rideau au théâtre — ou comme dans ces anciens films, où le générique montrait quelqu'un ouvrant un livre où était racontée l'histoire à laquelle on allait assister, et dont le dernier plan coïncidait avec la dernière page, où s'étalait en belle écriture coulée le mot FIN; et au théâtre, tout se passe par la bande : rien n'est montré; on ne voit jamais l'acteur jouer, jamais le jongleur jongler, jamais le dompteur dompter, et cetera; aucune redondance : la danseuse ne danse pas, elle subit un semblant de répétition. La prose est un simulacre, le théâtre un simulacre de simulacre, le simulacre vu de plus près : intériorisée en prose, la figurine est ici extériorisée, exposée en tant que mécanisme, surexposée; elle est moins intelligente, légèrement fêlée, un peu cruche : au comique des mots s'ajoute le comique des corps; on perçoit parfaitement, sur les planches, le pur plaisir pris à provoquer une pantomime précise pour poupées. Dans Bernhard, comme dans Gombrowicz, tout, jusqu’à leur personne, est théâtral.

 

§

 

                        «On ne peut jouer une allégorie» (Vitez) : de là naturellement que le théâtre de Bernhard sera toujours difficile à monter; sur les scènes francophones en tout cas, il ne semble pas encore avoir trouvé son Stanislavski; la mise en scène de Henri Ronse pour L'Ignorant et le fou qui, par son côté expressionniste, conférait la dureté, la raideur et l'inhumanité qui conviennent, est ce qu'il m'a été donné de mieux à voir : coup d'essai, coup de maître, mais coup qui date de 1976... Quel bonheur alors d'entendre Bernhard enfin dit parfaitement : Francine Bergé dans le rôle de La Bonne Dame, pour la création française de Une fête pour Boris, diffusée sur France-Culture, le 25 novembre 1995 (vive France-Culture, qui joue le rôle qu'aucune revue littéraire ne joue plus, ne peut plus jouer; vive France-Culture, ultime refuge de l'esprit; profitons-en, ça ne durera pas…); eh oui, les femmes comprennent bien Bernhard...

 

                        La tête de Bernhard est pleine de pensées; de temps en temps, il en fait sortir deux ou trois, les fait parler; mais il faut que ces pensées aient ce que Gombrowicz aurait appelé une gueule : l'acteur est une pensée «engueulée», un porte-pensées; et ces conceptopodes ont tous la même démarche, ils parlent tous le même idiome : ils n'ont pas de personnalité propre : ce ne sont pas des caractères, ils sont complètement transparents; ils n'ont ni voix, ni type, ni psychologie, ni statut social, ni histoire, ni passé, ni avenir... tous suivent en tout la pensée, les rythmes de Bernhard; pour l'acteur-marionnette, c'est un comble : aucun fil auquel se raccrocher ! l'acteur ne peut suivre aucune logique de comportement, il n'y a qu'une logique d'œuvre, une unité d'esprit : rien n'arrive mais la pièce vit, ballet de mots, de sons, de gestes et d'objets, sans plausibilité réelle, mais pleine de pertinence bernhardienne. Oui, Bernhard a son phrasé, son tempo, sa cadence, et si on ne les a pas entendus, il est utopique d'espérer les jouer; mais sinon, le texte est absolument contraignant; il faut faire ce que Stanislavski a fait pour Tchekov : jouer à fond la dimension musico-littéraire.

 

                        Comme il fallait s'y attendre pour une pièce à marionnettes, pour une opérette, il n'y a donc aucune mise en scène à faire; il ne faut surtout pas mettre en scène (et c'est ça le plus difficile); comme dans la commedia dell'arte ou au cirque : mécanique, bien rodé, l'accidentel et l'humain éliminés; impeccable, c'est-à-dire anonyme; l'acteur non plus ne doit pas jouer (et c'est ça le plus difficile); le rôle du metteur en scène est d'empêcher l'acteur de jouer, de supprimer en lui toute vélléité de jeu, de le cantonner dans son état de marionnette : qu'il gesticule donc — mais de manière élégante, précise, mathématique; il n'y a, dans le théâtre bernhardien, rien à jouer, il y a des concepts à concrétiser : un texte à dire; chaque mot doit être placé, avec la précision d'un geste de mime. La didascalie dit ce qui est à mettre en vue, le texte ce qui est à mettre en son; concrétisation plastico-sonore d'un texte, basta !

 

                        Vision asiatique de l'acteur (conception qu'a Bresson de ses «modèles» ?) : il est vide, et c'est de ce vide que tout vient; pour avoir le poisson, vider l’étang ; l'acteur s'est vidé de lui-même pour s'emplir de l'auteur, il s'est fait vider par l'auteur; il s'est effacé pour lui laisser toute la place; l'auteur s'empare de son esprit, l'envahit, y déloge tout; l'acteur se fait chaque fois posséder ; ici tout est inversé : c'est le texte qui s'approprie l'acteur; magnétisé par l'auteur, hypnotisé par son esprit, l'acteur lui est littéralement assujetti; plus que son porte-parole, il est son esclave, son excroissance, son organe ― oui : sa marionnette; la marionnette de chiffon est activée à la main, la marionnette de chair à l'esprit (l'acteur est doublement marionnette; en tant qu'être humain marionnette naturelle, en tant qu'acteur marionnette spirituelle de l'auteur : marionnette d'une autre marionnette, méta-marionnette). Il n'est pas question de réfléchir à comment jouer : laisser aller, laisser venir, laisser descendre en soi la pièce ; pas de projet ; de même que l'exécutant génial, déchiffrant une musique inconnue, la devine au premier coup d'œil, un souffle de l'auteur suffit pour mettre la marionnette en branle, lui donner un mouvement automatiquement exact; le funambule se casse la figure s'il pense pendant l'acrobatie : l'acteur ne peut même pas penser avant; il lit le texte, et il sait : après seulement il le mémorise (d'où aussi l'inutilité de toute ponctuation ?); l'esprit devient corps sans l'intermédiaire de la pensée; c’est ce que Marivaux appelait l’innocence de l’acteur : on doit avoir l'impression que tout sourd de lui sans que son esprit intervienne, se superpose à celui de l'auteur et, par son bruit, brouille l'émission. Acteur-Witz : présent absent, vivant sans vie propre, naissant de et avec la pièce; comme s’il ne préexistait pas au rôle ; acteur spectre, acteur transparent : je le regarde et je vois l'auteur; ce qu'on appelle acteur est au fond un passeur (l'apprenant il se charge du texte, le jouant il s'en décharge), un réacteur, un catalyseur; aussi passif que le modèle du peintre (et presqu'autant que celui du cinéaste), l'acteur ne pense pas : il donne substance (le modèle est une concrétisation a priori de ce que le peintre/cinéaste aura en tête, l'acteur est une concrétisation a posteriori de ce que l'auteur avait en tête); l’acteur n’est pas un individu, c’est un simple en-jeu.

 

                        Sur le théâtre de marionnettes, Kleist a bien sûr dit l'essentiel : l'avantage dont elles jouissent lorsqu'il s'agit de représenter l'esprit, leur danse idéalement adaptée à son élégance; dépourvue de conscience, la marionnette peut atteindre à la grâce absolue; elle seule peut répéter à la perfection; la perfection, c'est un automate sans raideur : les répétitions sont pour ainsi dire une reprogrammation de l'acteur, après laquelle il n'a plus qu'à laisser faire son nouvel instinct; hypnotisé, c'est son somnambule qui joue; l'acteur donne libre cours à son démon, il lâche les rênes à l'animal en lui (au sens bernhardien, rien de plus juste que le poncif de la bête de scène); c'est leur impersonnalité qui fait qu'animal/somnambule/automate sont parfaits; ils ont un seul but (le sentiment de perfection que donne la marionnette vient sans doute de ce que tout y coopère; tout y est en mouvement, sauf le centre de gravité); ils sont tout en un, parfaits parce que simples et entiers.

 

La marionnette [..] est l'art de la partie pour le tout [..] les marionnettes représentent la violence, elles sont incapables de demi-mesures (Vitez)

 

                        On ne peut rien ajouter à ces textes, et le mieux serait de ne rien en retrancher : faire aussi bien (mais autrement) qu'à leur lecture; tout théâtre en effet devrait pouvoir être lu : pas, comme chez Plume, lu seulement — ce ne serait pas résoudre le problème de l'interprétation mais le supprimer —, mais lu aussi : ce que nous perdons alors spectaculairement, nous le regagnons spirituellement;

 

Lorsque nous lisons, nous ne voyons pas Lear, mais nous sommes Lear (Maeterlinck)

 

L'art dramatique, quelques-uns oublient trop vite que c'est quand même un métier d'homme de lettres (Jules Renard)

 

Nos pièces doivent être de la littérature (Yeats)

 

le théâtre de Bernhard est (comme ceux de Vvedenski, Beckett, Sarraute, et quelques autres) éminemment fait pour être lu (je rappelle ces didascalies qui souvent semblent destinées au lecteur plutôt qu’au spectateur ou à l’acteur — comme celle de Gombrowicz, encore lui, pour Yvonne : elle se tait); mieux : on ne peut pas, je crois, extraire tout le suc d'une pièce en y assistant pour la première fois; il faut l'avoir lue, lu les autres pièces, lu la prose; il faut déjà être un familier de cet esprit; au reste, il y a toujours des passages qui échappent à un premier public, et je crois que cette confusion est, sinon voulue, du moins acceptée : il n'est pas essentiel de saisir chaque mot, tout n'est pas dans le sens — comme dans beaucoup de musiques chantées : le mot n'est qu'un ton, un lien, un ingrédient du son total (de là que la «bêtise» objective de certaines chansons n'est pas toujours une bêtise effective : elle ne gêne pas, parce que le mot n'est qu'un véhicule permettant au chanteur d'être expressif — phénomène tout bête qui échappe à mainte grosse tête; il n'y a pas que la signification : hors l'air, on ne peut juger la chanson). Théâtre à lire donc, théâtre à voir et... théâtre à entendre (théâtre musical, convenant d'ailleurs idéalement à la radio); théâtre complet !

 

                        En dernier ressort, tout le travail d'une mise en scène indifférente consisterait à indiquer à l'acteur les ruptures : ces moments où l'on passe d’un ton, d’un contexte, d'une idée à l'autre, où Bernhard tire le fil dans une direction opposée; ainsi quand Voss, qui n'est d'ailleurs pas simplement une figurine qui prend les portraits de famille comme prétexte à piquer sa crise, mais aussi le porte-parole du Bernhard qui varie pour la centième fois son antienne sur INRI (Impossibilité Naturelle du Réalisme Intégral), et donc ici sur le non-sens qu'il y a à «se faire peindre», en arrive à ce diagnostic :

 

les portraits sont toujours mal peintst14

 

mais alors, la ligne suivante, «à moins d'être de Goya», dite dans la foulée, d'une traite et prononcée sur le même ton, comme si on ne faisait que nuancer, serait une inconséquence incompréhensible; il faut marquer un temps, indiquer qu'on tombe dans un régistre totalement différent : Bernhard se reprend, il a été pédant, il est temps de nous taquiner un tantinet, nous désarçonner, nous rouler; antipointe pour ainsi dire, passage fulgurant du philosophique à l'espiègle... ou l'inverse (Bernhard inversant toujours tout, il faut envisager de dire les futilités sur un ton philosophique, le philosophique sur un ton futil; mais pas trop systématiquement...). La «distanciation» moderne, c’est aussi un soupçon d’humour : jouer, et se moquer de ce qu’on joue…

 

                        Et pourtant, tout cela, ce n'est quand même encore que de la théorie ! en pratique, la marionnette est trop idéale; de là sans doute que Bernhard n'écrit pas pour de véritables marionnettes (leur perfection même empêcherait le comique); il veut rester dans la tension de l'acteur à la marionnette : car l'acteur sait qu'il est une marionnette, là où elle ne le sait pas; l'acteur est tout ensemble : «biomécanique»  — comme pour Meyerhold… ou comme chez Gombrowicz :

 

Tous ces êtres ne s'expriment pas de façon directe; ils sont toujours artificiels; ils jouent. Aussi la pièce est-elle une ronde de masques, de gestes, de mines, de cris... Elle doit être jouée «artificiellement», mais sans que cet artifice perde jamais contact avec le ton humain normal que l'on perçoit dans le texte (Indications pour le jeu et la mise en scène du «Mariage»)

 

                        Ces pièces, si elles ne sont pas uniquement pour humains, ne sont donc pas non plus uniquement pour marionnettes; elles se jouent dans cet invisible amalgame entre marionnette et humain : l'acteur complet, la marionnette à la fois naturelle et spirituelle; tout le problème est, une fois encore, celui d'un dosage parfaitement exact. Au sommet, l'acteur asiatique rejoint l'acteur brechtien, coïncidence et exterritorialité se confondent, artificiel et naturel; à méta-auteur, méta-interprète; ici, plus que distancié, tout est dédoublé : l'acteur est un méta-medium : il est et connaît en même temps, il joue et ne joue pas, il se voit jouant/non-jouant, et en même temps encore il est Bernhard qui le voit; toute la difficulté, chez Bernhard, est pour l'acteur — et (comme pour les femmes) cela montre combien, s'il déteste les mauvais, il peut aussi aimer les bons; s'il avoue la haine qu'il leur voue, il précise aussitôt : «sauf aux très grands»p40; Bernhard est du côté du grand acteur — et c'est sans doute aussi qu'ils ont tous deux un ennemi commun : le public (cette «masse» !);

 

je suis, je crois, le seul auteur qui n'ait jamais accordé la moindre importance aux spectateurs et qui n'ait écrit que pour des acteurs, et des acteurs très précisp33

 

les acteurs, en fait, peu d'auteurs les ont autant mis en valeur; Minetti, bien sûr; Ritter, Dene et Voss; «Bruno Ganz, le plus grand acteur que la Suisse ait jamais produit»p35; ainsi de suite.

 

§

 

                        Ultimes indications.

 

·         La scène doit être petite.

·         La scène doit être inencombrée, nue mais pas trop (pas l'indigence beckettienne); décor minimum : ne mettre que ce que Bernhard indique; pas de costumes; tout est simple, les détails sont inutiles; rien sur scène, tout dans les mots; c'est vrai en prose, ce l'est naturellement encore plus au théâtre : chez Bernhard, ce sont les mots qui se donnent en spectacle.

 

Il faut que le décor sorte du texte sans y ajouter (Beckett à Georges Duthuit)

 

·         Puisqu'il n'est qu'une marionnette, l'acteur n'a pas une tête intéressante, un visage expressif; il est sans personnalité apparente, neutre, insignifiant : un caméléon à idées, un équilibriste du mot et du silence; pas un physique : une voix (en gros, plutôt style Lonsdale que Terzieff); quoi qu'il fasse, et quand bien même il farfouille à quatre pattes sous l'armoire à la recherche de la colophane, se saoule à la bière, ce doit être élégant : l'esprit est élégance, une marionnette conserve son élégance à travers tout — et même la violence; cruel mais élégant : très dix-huitième, espacé, léger, un ballet de l'esprit... De même, pas de psychologie, pas de jeu, ça veut dire : pas d'expression (pour ça aussi peut-être que Bernhard a raccourci sa phrase théâtrale à ce point) : on ne rit pas de telle manière, on rit pour indiquer qu'on rit; le tyran ne se met pas dans tous ses états, il ne s'énerve pas, il se contrôle, conserve son parlé égal, élégant : il indique seulement qu'il est excédé; quant au tyrannisé, il ne souffre pas, il n'a aucune réaction, il n'a pas voix au chapitre : ce n'est pas une situation vécue; la marionnette réagit, mais sans façons : ni de cette manière-ci, ni de celle-là, ni d'aucune; oui, elle est entière (comme en prose, les nuances, ce sont nous qui les élaborerons).

·         La typographie, du type dit versifié (que Gombrowicz, déjà, utilise pour les «couplets» parodiques de son Mariage), doit être respectée aussi scrupuleusement que s'il s'agissait d'alexandrins; ne pas lever par la diction l'ambigüité d'une coulisse.

·         Au fond il faudrait, au moins une fois, essayer de re-citer une pièce de Bernhard; au lieu de la monter, la démonter; en faire un bunraku...