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L'écriture comme une
ancre : |
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| par
Martine
Jacquot |
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La première Acadienne - au sens ethnique - à écrire dans le Nouveau Monde est Vénérande Robichaud, dans les années 1790. Bien qu'après une déportation qui l'a amenée au Massachussetts elle ait vécu au Québec d'où elle écrivait des lettres à sa famille vivant alors au Nouveau-Brunswick, elle est originaire de la Nouvelle-Écosse, où l'on retrouve aujourd'hui des descendants directs de sa famille. Vénérande était, contrairement à l'idée selon laquelle tous les Acadiens étaient pauvres et illettrés, une femme cultivée, ayant fait des études qu'elle a même pu poursuivre à Cambridge, Mass. Elle n'était sans doute pas la seule : combien de gorniers recèlent-ils, aujourd'hui encore, des trésors cachés et de précieux témoignages ? Deux ans après la fondation au Nouveau-Brunswick du premier journal en Acadie, Le Courrier des provinces Maritimes, Valentin Landry fonde en 1887 L'Évangéline à Digby, avant de le déménager à Moncton en 1905. Ce dernier fera connaître entre autres Marichette, cette femme qui, très probablement institutrice de la région de Clare, a choisi un pseudonyme pour se protéger. Elle a écrit une série de lettres dans le parler acadien régional, mettant à jour de façon assez crue les préoccupations de ses concitoyens. On trouve aussi dans le journal des poèmes et des contes anonymes, généralement dus à la plume de Valentin Landry lui-même. L'élite de l'époque regarde pourtant avec un certain mépris le fait d'écrire en parlure acadienne : il faut alors, comme au Québec, s'exprimer dans une langue d'une pureté quasi utopique ! Il y a pourtant un désir de faire coïncider l'écriture littéraire et les traditions populaires qui se manifeste clairement à la fin du 19è siècle, comme le prouve La complainte du Vanilia, rédigée par Frédéric-Armand Robichaud de Meteghan à partir du folklore maritime de sa région. Le mouvement de création d'une littérature qui intègre mieux nos diverses réalités s'accélère au 20è siècle. D'une part, la 3ème Convention des Acadiens en 1890 à La Pointe-de-l'Église a redonné au peuple une certaine fierté culturelle et une confiance plus grande dans leur langue. D'autre part, suite à cette Convention, on a construit à cet endroit le Collège Sainte-Anne, où des eudistes venus de France enseignent aux garçons en langue française. Rien d'étonnant qu'il s'ensuive une sorte de revitalisation de la conscience acadienne. Depuis ce temps, on n'a cessé d'écrire, mais les textes sont peu connus, faute d'éditeurs et de diffuseurs. On en trouvera le plus souvent trace dans des parutions furtives dans Le Petit Courrier, voire dans L'Évangéline, ou dans des souvenirs personnels. Ici encore, combien de trésors cachés ? Un des anciens élèves du collège, originaire de la région de Pubnico-Ouest, Désiré d'Éon, fonde en 1937 Le Petit Courrier, longtemps surnommé le porte-patchets, qui deviendra plus tard Le Courrier de la Nouvelle-Écosse, seul hebdomadaire provincial en français. Autour du Petit Courrier se développera peu à peu une imprimerie, devenue dans les années 1980 maison d'édition régionale, les Éditions Lescarbot, longtemps dirigées par Cyrille LeBlanc, qui fut rédacteur du journal pendant de nombreuses années. En 1979 il y paraît un ouvrage collectif, Plumes d'icitte, première anthologie de textes poétiques. Réunis grâce à une rubrique alors existant dans Le Petit Courrier, le "coin poétique", elle regroupe 27 auteurs, qui parlent d'une époque tiraillée entre l'espoir engendré par un nationalisme dynamique et la peur de l'assimilation. Seul organisme de dialogue entre les diverses régions acadiennes de la Nouvelle-Écosse, la Fédération Acadienne de la Nouvelle-Écosse gère alors tous les dossiers, y compris ceux qui touchent à l'éducation et au développement culturel : elle n'a cependant qu'une dizaine d'années d'existence. Comme ailleurs, on pourrait dire que la poésie est avant tout un cri, un appel lyrique à une réalité que l'on voudrait différente. Ici comme dans les premiers recueils collectifs publiés au Nouveau-Brunswick au début des années 1970, la plupart des auteurs vont malheureusement cesser d'écrire. On y retrouve néanmoins quelques noms qui continuent de marquer la littérature acadienne. Il s'agit de Germaine Comeau, qui a d'abord été connue pour son théâtre (dont Les Pêcheurs Déportés, 1974, ainsi que des pièces radiophoniques) puis a depuis publié deux romans, L'Été aux puits secs et Loin de France (Éditions d'Acadie, 1983 et 1997). Phil Comeau s'est consacré quant à lui au scénario et a produit de nombreux films, entre autres La Cabane, Les Gossipeuses, des documentaires et des téléfilms et, plus récemment, le tout premier long métrage acadien, Le Secret de Jérôme (1994). Henri-Dominique Paratte a continué son ouvre poétique avec Dis-moi la Nuit (1981, Éditions d'Acadie) et Confluences (1994, Éditions du Grand Pré) tout en écrivant de la prose et des essais et en faisant des traductions, notamment Anne. la maison aux pignons verts (1987, Québec-Amérique), des adaptations comme le texte madelinot Cheval des Îles, voire de l'écriture sur l'Acadie en anglais ; à partir de son travail avec l'Association des Écrivains Acadiens et la revue Éloizes dans les années 1970, son implication dans le développement du milieu a été constante, à tous niveaux. Auteure de théâtre, Léonie Comeau-Poirier est surtout connue pour My Acadian Heritage, constamment réédité par Nimbus et dont une version française est aujourd'hui en préparation. Edith Comeau-Tufts, qui a trouvé le temps d'écrire malgré une famille nombreuse et un engagement constant dans sa communauté, est surtout connue pour ses ouvrages Acadiennes de Clare (1977) et son livre pour enfants Le Petit Acadien (1978). Richard Landry est aujourd'hui journaliste et agent d'information à l'université Sainte-Anne, avec à son crédit quelques textes de théâtre, quelques essais (dont un couronné par la Société Saint-Jean Baptiste) et un volume en collaboration sur l'histoire de la Fane (encore inédit). Pourquoi arrête-t-on d'écrire ? La réponse est sans doute complexe. L'Américaine Tillie Olsen dans son étude Silences (1978) sur les "grandes" littératures, ou l'Ontarois François Paré dans ses études sur la fragilité des littératures francophones du Canada, nous offrent des éléments de réponse. Enfants à élever, jobs à assurer, épuisement, manque d'infrastructures littéraires, manque de réceptivité du milieu, tout cela peut sans doute s'appliquer. Il faut cependant remarquer que, dans notre environnement, nombre de ceux ou celles qui figuraient dans Plumes d'Icitte se sont impliqués dans le développement du milieu, souvent dans le domaine culturel, pour revendiquer une place plus grande pour une Acadie francophone. On retrouve aujourd'hui Dave Leblanc à la radio communautaire du Sud-Ouest (CIFA), après de nombreuses années au Courrier; on retrouve aussi à CIFA Jean-Louis Belliveau, poète et chansonnier. Daniel Aucoin travaille activement aux Trois Pignons à Chéticamp et à la radio communautaire de sa région; Carmen Comeau est devenue fonctionnaire, ce qui l'a amenée à travailler comme liaison avec la Nouvelle-Écosse au Congrès Mondial Acadien de 1994; Louise Comeau est aujourd'hui femme d'affaires, ayant été la première femme présidente de la Fane. Si nos auteurs, hommes et femmes, ont souvent cessé d'écrire, ils n'en ont pas pour autant renoncé à leur engagement dans la francophonie, ouvrant à développer un milieu qui sera peut-être, pour les générations futures, plus réceptif à la création littéraire et artistique. (à suivre) |
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