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Malraux à travers son oeuvre romanesque
par Marie Michèle Battesti-Venturini
Enseignante à l'Université de Corse

1. Lunes en papier.
2. La tentation de l'occident
3. Les conquérants
4. La voie royale
5. Le temps du mépris
6. L'espoir
7. Le démon de l'absolu

Sommaire de la rubrique

Quelques sites sur André Malraux

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Amitiés Internationales André Malraux

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Un site très complet sur André Malraux réalisé par le ministère des affaires étrangères

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Par le service Culturel de l'Ambassade de France au Canada : Malraux

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Le serveur du ministère de la Culture propose des enregistrements des grands discours d'André Malraux.

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FR3 et son émission consacrée à Malraux dans la série "un siècle d'écrivains"

 LE TEMPS DU MEPRIS

André Malraux après avoir reçu le Prix Goncourt et ayant répondu à toutes les invitations mondaines qui s’y rattachent se lance de nouveau dans la débâcle du monde. Effectivement, les nazis en Allemagne remportent un remarquable succès aux élections législatives du mois de novembre 1933. Marinus Van der Lubbe, maçon hollandais appartenant au parti communiste est condamné à mort au procès de l’incendie du Reichtag au mois de décembre, Alors que ses amis dénommés Dimitrov, Tanev, Popov et Torgler, le chef de la représentation communiste, bien qu’acquittés, demeurent tout de même incarcérés.

          C’est à partir de là qu’André Malraux et André Gide mettent en place un comité de soutien à ces détenus. Au mois de janvier 1934, Malraux part pour Berlin afin de remettre à Hitler une requête. André Malraux ne fut pas accueilli par les responsables berlinois mais Dimitrov fut tout de même libéré au mois de février et il deviendra par la suite Premier ministre de la Bulgarie (1946-1949).

                             De retour en France, Malraux entame une nouvelle épopée, celle de la reine de Saba. Celle-ci apparaît dans la Bible ou plus exactement dans le Livre des Rois (1) (  naissance à un fils nommé Ménélik. Il s’agit pour Malraux de localiser Mareb, la capitale de ce royaume de l’Antiquité qui s’étale du VIIIème siècle  avant Jésus Christ jusqu’au VIème siècle après Jésus Christ et qui érige sa souveraineté sur l’Ethiopie. Cette aventure de la reine de Saba correspond pour André Malraux à une pause, à une expédition pour les « farfelus ». C’est Edouard Alfred Corniglion-Molinier qui fait jaillir cette perspective dans l’esprit de Malraux. En effet, cet ancien capitaine d’aviation qui avait servi au cours de la Première Guerre Mondiale avait en commun avec André Malraux le goût profond de l’aventure. C’est alors que Malraux lui fait part de son intention de retrouver la reine de Saba. Ils organisent conjointement l’expédition. Il ne leur reste plus qu’à trouver une revue qui veuille bien financer cette opération. L’Intransigeant, le journal le plus populaire de l’époque, accepte leur proposition. Ils décollent à bord du Farman 190 le 23 février 1934 en compagnie de Maillard, un ami de Corniglion-Molinier. Le 10 mars, L’Intransigeant relate que la capitale de la reine de Saba est enfin découverte. Cette information occasionne une tourmente diplomatique. En effet, le Yémen n’avait pas donné son consentement pour le survol de son pays. Les spécialistes ne prennent pas au sérieux cette « expédition ». En réalité, ils n’avaient rien découvert si ce n’est un gigantesque oasis, puisque Mareb ne sera véritablement découverte  que vingt années plus tard.

        Cependant Malraux ne dédaigne pas la politique pour autant. Lorsqu’il se rend en compagnie d’André Gide au Congrès des écrivains à Moscou en Juin 1943 il est accueilli par un article de Paul Nizan: « André Malraux est l’écrivain le plus inquiet de la littérature française contemporaine. (...) Dans la Condition Humaine figure le thème de la dignité humaine. Nous pensons qu’il aidera André Malraux à surmonter les obstacles qui le séparent du prolétariat, l’aidera à se débarrasser des préjugés qui empêchent son passage définitif du côté du mouvement révolutionnaire et lui permettra de se ranger, sans réserve, sous le drapeau du prolétariat » (2)

 

Donc André Malraux est plus antifasciste que communiste. Aux côtés de Paul Vaillant-Couturier, André Gide et Andrée Viollis, lors de la réunion de la Mutualité il doit faire le compte rendu de son voyage en U.R.S.S. Il évoque naturellement le marxisme, la liberté et la littérature, et de ce fait met en valeur ses talents d’orateur.

Le Temps du mépris est publié. Il n’aura pas le succès des narrations précédentes; d’ailleurs Malraux le retirera plus tard de ses Œuvres Complètes. Ce roman est très concis. La biographie de Kassner, unique personnage de cette histoire, écrivain communiste recherché par les Nazis, est relatée. Ce personnage est enfermé dans un camp de concentration puis libéré car un autre prisonnier a reconnu porter le même nom que lui. Cet acte héroïque a pour seul but de préserver le véritable Kassner et de maintenir par-là même  un personnage prépondérant au Parti. Kassner décide donc de regagner Prague, mais l’avion est pris dans un épouvantable ouragan. Au sortir de cette tempête la cité magique représentant la liberté recouvrée surgit.

                  Politiquement, Malraux entreprend de se séparer de la gauche française des années trente. Il est absolument persuadé qu’il faudra à présent se démener, lutter, s’engager  absolument pour faire face.

 

[1]. Ancien testament, Rois, Livre III, Chapitre X.

[2]. « André Malraux par Paul Nizan » (traduit de Literatournaïa Gazeta, Moscou, 12 juin 1934) in  Cahier André Malraux, T.I, sous la direction de W.G. Langlois, La Revue des Lettres Modernes Paris, Ed. Lettres Modernes, p.134.