LA VOIE ROYALE
Bien que rien ne rapproche visiblement André Malraux et Pierre Drieu la Rochelle, lorsque ce dernier parcourt Les
Conquérants il discerne en Garine un autre genre
de héros, un héros qui se rapproche de sa sensibilité, qui met son destin au service
dune idéologie. Pourtant André Malraux se dit communiste et Drieu la Rochelle fasciste. Ces
deux auteurs sétaient déjà rencontrés dans les années vingt. Pour André
Malraux, Drieu la Rochelle représentait le courage. Cest
dailleurs à la publication des Conquérants puis de La Voie
Royale que leur amitié va se confirmer. Lengagement
est le maître mot de ces deux personnages. Bien que Drieu la Rochelle ait traité
André Malraux dagent
« soviétique » en 1936, leurs correspondances se poursuivront tout de
même durant la période dOccupation et même jusquà la Libération.
Jusquau bout de sa vie Drieu la Rochelle (qui se suicidera) comptera André Malraux parmi le
peu damis qui lui restent. Pour sa part, André Malraux dira de Drieu la Rochelle en 1944: « Je le considère comme un des êtres les plus
nobles que jaie rencontré » ().
Cest en 1930 quest publié un nouveau roman dAndré Malraux, La Voie
Royale, aux éditions Grasset dans
la collection « Cahiers
Verts ». Ce sera pour Malraux loccasion dune longue
réflexion sur la mort. Laction de ce roman sorganise autour des deux
principaux personnages, Perken et Vannec.
Ils ont tous les deux la même opinion sur la mort. Dailleurs Perken entame le
dialogue:
« On ne fait jamais rien de sa vie.
- Mais elle fait quelque chose de
nous.
- Pas
toujours...Quattendez-vous de la vôtre ?(...)
- Je pense que je sais surtout ce que je nen attends pas...
- Chaque fois que vous avez dû opter, il se...
- Ce nest pas moi qui opte: cest ce qui résiste.
- Mais à quoi ?
(...)
- A la conscience de la mort.
- La vraie mort, cest la déchéance » ().
En écrivant La Voie Royale André Malraux
démontrait à tout le monde quil était également capable décrire un
véritable roman daventures. Il remettait alors au goût du jour un genre qui
commençait à tomber en désuétude.
Le climat littéraire commençait alors en France à se tourner vers
lAmérique. Malraux quant à lui soriente plutôt vers lest,
cest-à-dire vers lAsie, la Chine
et sa révolution. Dailleurs à la fin de son roman il indique:
« La Voie
Royale constitue le tome premier des Puissances du
désert, dont cette initiation tragique nest que le prologue » (). Et pourtant il ny aura aucune suite à cette
aventure romanesque excepté certains thèmes comme la mort et labsurdité de la vie.
La
Voie Royale obtient un succès tout à fait convenable
puisquil reçoit le tout nouveau Prix Interallié. Mais le père dAndré Malraux, Fernand, meurt au
mois de décembre, donc une mort bien réelle vient frapper lauteur de La Voie
Royale. Mais son activité littéraire lemporte sur le chagrin.
Cependant le succès de son tout dernier roman irrite
certaines personnes. On reproche de ce fait à André Malraux davoir exploité
laffaire dAngkor. Il ne sera que
plus attaqué lorsque ses détracteurs apprennent quil expose dans une galerie
dart quarante statues du Gandhara. Malraux se justifie en mentionnant que ces
statues viennent du Pamir alors quil ny a jamais mis les pieds. Ceci ne fait
quencourager la polémique à son sujet. Cest à partir de ce moment-là
quil prend la décision de mieux connaître la Chine, notamment en y allant avec son
épouse Clara. Ils entreprennent un tour du monde entre les mois de mai et de décembre
1931. Il racontera dailleurs chez André Gide les étapes de
ce long et fructueux voyage. Donc la publication de La Voie Royale continue un
débat sur Les
Conquérants, en loccurrence
avec Léon Trotsky. Leurs relations furent
comme nous lavons déjà à peine évoqué, très brèves. Malraux délaissa Léon
Trotsky pour se ranger aux côtés de Staline afin de lutter contre Franco.
« En 1926,
André Malraux se trouvait en Chine au service du Komitern-Kuomintang et il est un de ceux
qui portent la responsabilité de létranglement de la révolution chinoise...André
Malraux comme André Gide est un
caractère absolument indépendant qui possède une très grande perspicacité et une
honnêteté intellectuelle qui lui permet dappeler chaque chose par son nom
véritable... A New York, il lance un appel à oublier tout, sauf la révolution
espagnole. Lintérêt pour la révolution espagnole, cependant, nempêche pas
Staline dexterminer
des dizaines de vieux révolutionnaires. André Malraux même quitta lEspagne pour
mener aux Etats-Unis une campagne de défense du travail judiciaire de Staline-Vichinsky.
A cela il faut ajouter que la politique du Komintern en Espagne reflète complètement la politique
fatale de celui-ci en Chine. Telle est la vérité sans voile ». On peut se
demander ce qui a poussé Trotsky à sexprimer ainsi. Tout simplement il fut
très déçu car il était persuadé davoir avec André Malraux un véritable
soutien. Mais la volonté de sattaquer au fascisme et au nazisme était si forte que
Malraux choisit Staline.
Notons tout de même que Les Conquérants et La Voie
Royale furent traduits aux Etats-Unis en 1929 et 1935.
Nous pouvons tout à fait rapprocher ces deux romans car en quelque sorte il existe une
sorte de continuité entre eux à savoir que dans le premier les personnages abordaient
très souvent les sujets de la vie, de la mort, du destin, alors que dans le second ils
passent à laction. Ces deux romans permettent à André Malraux de se situer vis à
vis de lui-même dabord puis vis à vis dautrui. Il a réussi à définir les
deux pôles de son uvre: lécriture et lengagement à travers
laction.
. Grover, J., Six
entretiens avec André Malraux sur les écrivains de son temps, 1959-1975,
Gallimard, Coll. « Idées », Paris, 1978, p.28.
. Malraux, André,
in uvres
Complètes, T.I, op. cit.,
p. 393.
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