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Malraux à travers son oeuvre romanesque
par Marie Michèle Battesti-Venturini
Enseignante à l'Université de Corse

1. Lunes en papier.
2. La tentation de l'occident
3. Les conquérants
4. La voie royale
5. Le temps du mépris
6. L'espoir
7. Le démon de l'absolu

Sommaire de la rubrique

Quelques sites sur André Malraux

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Amitiés Internationales André Malraux

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Un site très complet sur André Malraux réalisé par le ministère des affaires étrangères

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Par le service Culturel de l'Ambassade de France au Canada : Malraux

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Le serveur du ministère de la Culture propose des enregistrements des grands discours d'André Malraux.

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FR3 et son émission consacrée à Malraux dans la série "un siècle d'écrivains"

 LA VOIE ROYALE

 

                  Bien que rien ne rapproche visiblement André Malraux et Pierre Drieu la Rochelle, lorsque ce dernier parcourt Les Conquérants il discerne en Garine un autre genre de héros, un héros qui se rapproche de sa sensibilité, qui met son destin au service d’une idéologie. Pourtant André Malraux se dit communiste et Drieu la Rochelle fasciste. Ces deux auteurs s’étaient déjà rencontrés dans les années vingt. Pour André Malraux, Drieu la Rochelle représentait le courage. C’est d’ailleurs à la publication des Conquérants puis de La Voie Royale que leur amitié va se confirmer. L’engagement est le maître mot de ces deux personnages. Bien que Drieu la Rochelle ait traité André Malraux d’agent « soviétique » en 1936, leurs correspondances se poursuivront tout de même durant la période d’Occupation et même jusqu’à la Libération. Jusqu’au bout de sa vie Drieu la Rochelle (qui se suicidera) comptera André Malraux parmi le peu d’amis qui lui restent. Pour sa part, André Malraux dira de Drieu la Rochelle en 1944: « Je le considère comme un des êtres les plus nobles que j’aie rencontré » ([1]).

                  C’est en 1930 qu’est publié un nouveau roman d’André Malraux, La Voie Royale, aux éditions Grasset dans la collection « Cahiers Verts ». Ce sera pour Malraux l’occasion d’une longue réflexion sur la mort. L’action de ce roman s’organise autour des deux principaux personnages, Perken et Vannec. Ils ont tous les deux la même opinion sur la mort. D’ailleurs Perken entame le dialogue:

                  « On ne fait jamais rien de sa vie.

                   - Mais elle fait quelque chose de nous.

                   - Pas toujours...Qu’attendez-vous de la vôtre ?(...)

                  - Je pense que je sais surtout ce que je n’en attends pas...

                  - Chaque fois que vous avez dû opter, il se...

                  - Ce n’est pas moi qui opte: c’est ce qui résiste.

                  - Mais à quoi ?

                  (...)

                  - A la conscience de la mort.

                  - La vraie mort, c’est la déchéance » ([2]).

                  En écrivant La Voie Royale André Malraux démontrait à tout le monde qu’il était également capable d’écrire un véritable roman d’aventures. Il remettait alors au goût du jour un genre qui commençait à tomber en désuétude.

                  Le climat littéraire commençait alors en France à se tourner vers l’Amérique. Malraux quant à lui s’oriente plutôt vers l’est, c’est-à-dire vers l’Asie, la Chine et sa révolution. D’ailleurs à la fin de son roman il indique:

« La Voie Royale constitue le tome premier des Puissances du désert, dont cette initiation tragique n’est que le prologue » ([3]). Et pourtant il n’y aura aucune suite à cette aventure romanesque excepté certains thèmes comme la mort et  l’absurdité de la vie.

                  La Voie Royale obtient un succès tout à fait convenable puisqu’il reçoit le tout nouveau Prix Interallié. Mais le père d’André Malraux, Fernand, meurt au mois de décembre, donc une mort bien réelle vient frapper l’auteur de La Voie Royale. Mais son activité littéraire l’emporte sur le chagrin.

Cependant le succès de son tout dernier roman irrite certaines personnes. On reproche de ce fait à André Malraux d’avoir exploité l’affaire d’Angkor. Il ne sera que plus attaqué lorsque ses détracteurs apprennent qu’il expose dans une galerie d’art quarante statues du Gandhara. Malraux se justifie en mentionnant que ces statues viennent du Pamir alors qu’il n’y a jamais mis les pieds. Ceci ne fait qu’encourager la polémique à son sujet. C’est à partir de ce moment-là qu’il prend la décision de mieux connaître la Chine, notamment en y allant avec son épouse Clara. Ils entreprennent un tour du monde entre les mois de mai et de décembre 1931. Il racontera d’ailleurs chez André Gide les étapes de ce long et fructueux voyage. Donc la publication de La Voie Royale continue un débat sur Les Conquérants, en l’occurrence avec Léon Trotsky. Leurs relations furent comme nous l’avons déjà à peine évoqué, très brèves. Malraux délaissa Léon Trotsky pour se ranger aux côtés de Staline afin de lutter contre Franco.

« En 1926, André Malraux se trouvait en Chine au service du Komitern-Kuomintang et il est un de ceux qui portent la responsabilité de l’étranglement de la révolution chinoise...André Malraux comme André Gide est un caractère absolument indépendant qui possède une très grande perspicacité et une honnêteté intellectuelle qui lui permet d’appeler chaque chose par son nom véritable... A New York, il lance un appel à oublier tout, sauf la révolution espagnole. L’intérêt pour la révolution espagnole, cependant, n’empêche pas Staline d’exterminer des dizaines de vieux révolutionnaires. André Malraux même quitta l’Espagne pour mener aux Etats-Unis une campagne de défense du travail judiciaire de Staline-Vichinsky. A cela il faut ajouter que la politique du Komintern en Espagne reflète complètement la politique fatale de celui-ci en Chine. Telle est la vérité sans voile ». On peut se demander ce qui a poussé Trotsky à s’exprimer ainsi. Tout simplement il fut très déçu car il était persuadé d’avoir avec André Malraux un véritable soutien. Mais la volonté de s’attaquer au fascisme et au nazisme était si forte que Malraux choisit Staline.

                  Notons tout de même que Les Conquérants et La Voie Royale furent traduits aux Etats-Unis en 1929 et 1935. Nous pouvons tout à fait rapprocher ces deux romans car en quelque sorte il existe une sorte de continuité entre eux à savoir que dans le premier les personnages abordaient très souvent les sujets de la vie, de la mort, du destin, alors que dans le second ils passent à l’action. Ces deux romans permettent à André Malraux de se situer vis à vis de lui-même d’abord puis vis à vis d’autrui. Il a réussi à définir les deux pôles de son œuvre: l’écriture et l’engagement à travers l’action.

 

[1]. Grover, J., Six entretiens avec André Malraux sur les écrivains de son temps, 1959-1975, Gallimard, Coll. « Idées », Paris, 1978, p.28.

[2]. Malraux, André, in Œuvres Complètes, T.I, op. cit., p. 393.

[3].Ibid., p.507.