Dragée 1,

par Daniel DUBE

"La culture consiste en certaines activités ni plus ni moins biologiques que la digestion ou la locomotion."

José Ortéga y Gasset, Le thème de notre temps, Ed.Le Griffon d’argile, Québec, 1986, p.29

Da!

"Da! Oui, da!" Ici, le "da" n’est pas réaffirmation. Il est croyance, espoir, volonté d’arriver à terme. Nous sommes dans la gestation du texte. "C’est ça, je l’ai!" L’auteur sait que cela va dans le bon sens. Cependant, il dit l’avoir pour dire le vouloir. Le "da" est dans l’encouragement, dans le désir. L’écrivain anticipe le moment ultime, l’aboutissement du geste créatif. Mais il n’est pas prêt, comme on dit au Québec, à "lâcher lousse" son texte, à le laisser tranquille, à lui donner de la corde. Le temps n’est pas encore venu.. L’auteur ne parvient pas à démêler l’écheveau de ses pensées. Le thème se recroqueville, le cordon s’entortille autour d’un ombilic en spirale infinie.

Ni plus ni moins qu’une délivrance, l’aboutissement du texte exulte au moment de l’arrachement hors de la matrice. "Da! Oui, da!" Nous y sommes. Le "da" est une naissance, mais aussi, un devenir qui ne sera jamais tout à fait ça. "Une masse informe, moi? Ton bébé, moi? Regarde de quoi je suis capable. Ah non! Ce grand dadais nous repasse encore dessus. À croire que moi, le texte, j’ai l’échine assez solide pour résister à toutes les épreuves. Ça y est, le repassage a fait naître un autre passage. C’est reparti. Une tape dans le dos , par dessus le marché! Outch! Paraît qu’il faut laisser respirer le bébé. Rien ne passe. Une autre tape. Un rot. "Da! Oui,da!" Le "da" est digestion. Ça passe! Ça passe, qu’il dit. Il ne le voyait pas."Quand ça passe, c’est là précisément le moment où il faut lâcher de la bride au texte. Mais, comment le savoir dans la solitude de l’écriture? Quand ça passe. Quand le passage devient passage. Quand la traversée du dire devient passation, cheminement intérieur. Quand la phraséologie fait place au silence éloquent. Quand la finitude des mots ouvre sur l’infinitude de la lecture. Avant de radoter, l’écrivain est sorti de lui et est devenu son lecteur. Dépassé son texte, il se retourne et le regarde marcher tout seul. Advienne que pourra maintenant: le baptême, la confirmation, le mariage, la vie, les petits, la mort.

El tema de nuestro Tiempo, Le thème de notre temps, est résumé là. Nous faisons la vie. Oui! Et la vie nous fait aussi. Da! Entre rationalisme, oui et relativisme, da. La vie au service de la culture, oui. La culture au service de la vie, da. Gratias José Ortega y Gasset. Nous vous relirons allez...

Daniel DUBE