La boîte à images                

Responsable de la rubrique : Michel ostertag

Expo Rhulman

      

Sommaire de la boîte à images

   

Je voudrais vous faire partager l’enthousiasme que m’a procuré ma récente visite de l’exposition Ruhlmann à Boulogne-Billancourt. En effet, pour les amoureux du meuble d’art et plus particulièrement du mobilier «Art déco », se tient  actuellement une exposition à Boulogne-Billancourt au «Musée des Années  Trente ». Cette exposition présente une cinquantaine de meubles choisis dans l’œuvre de Jacques-Émile Ruhlmann, génie incontestable de l’art décoratif du XXe siècle.

            Né à Paris en 1879, Ruhlmann travaille d’abord dans l’entreprise de son père spécialisée dans la peinture, les papiers peints, la miroiterie, la dorure, les vitraux. À la mort de celui-ci Jacques-Emile prend la succession de son père et en 1913, adjoint à son entreprise une agence de meublier-décorateur. Dès cette même année, au salon d’Automne, il reçoit un vif succès avec ses meubles bergère, ses tissus et ses luminaires.

Juste après la Grande Guerre, en 1919, il crée, avec son ami Pierre Laurent la société REL «Ruhlmann et Laurent »,  et s’installe dans un grand bâtiment situé dans le XVe arrondissement de Paris et à partir de là, ne cesse d’exposer dans tous les Salons ses meubles en bois précieux dans des lignes pures et élancées, créant ainsi son propre style. Il faut remarquer qu’à cette époque, les ensembliers voulaient promouvoir et surtout renouveler le goût français en matière de meubles et de décoration intérieure.

En 1921, sa société s’appelle «Ruhlmann-Meubliers » au capital de six millions de francs et il se définit lui-même tantôt ébéniste, tantôt meublier créant cette appellation de toutes pièces.

Ses meubles sont en amarante, ivoire et ébène comme le « vide-poche » ou encore son Meuble Elysée bahut plaqué d’amboine et marqueté d’ivoire.

En 1925, son génie éclate à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels avec l’Hôtel des Collectionneurs. Il présente dans cet hôtel  très moderne plusieurs pièces : un grand salon, une salle à manger, un boudoir, un bureau, une chambre et une salle de bains.

Ici, Ruhlmann a réussi ce qu’il cherchait, à savoir conquérir une clientèle aisée, voire riche qui lui demande aussitôt de bien vouloir  redessiner leur intérieur tant pour le décor que pour  l’aménagement ou encore construire de nouvelles demeures comme l’hôtel particulier de François Ducharne à Auteuil en 1929.

La même année, il décore le théâtre de la Michodière et le restaurant Drouant (lieu de réunion de l’Académie Goncourt). Pour cette décoration, il crée le fauteuil dit «Drouant » en chêne et tissus.

À partir de ce moment-là, Ruhlmann devient célèbre.

En 1926-27, il décore la salle de délibération et la salle des fêtes de la Chambre de commerce de Paris.

En 1927, il travaille à la décoration du paquebot Ile-de-France. L’année suivante, ce sera le cinéma Marignan qui sera décoré par lui.

Le paquebot Ile-de-France a été considéré dès son lancement comme la vitrine des arts décoratifs français. Les plus grands décorateurs ont participé à son aménagement. La salle de lecture par Leleu, la salle de conversation par Süe et Mare. Ruhlmann aura comme mission de décorer la galerie des premières classes, l’escalier d’honneur et le hall. Il crée des fauteuils de bridge en frêne et velours et aussi pour le salon de thé des vasques éclairantes en porcelaine de Sèvres d’une très grande beauté.

En 1932, un an avant sa mort, au salon des Arts décoratifs de l’année, il amorce un tournant dans sa recherche en changeant de matériau en employant le métal et le merisier massif aux teintes claires ainsi que la paille pour sa série du rendez-vous des pêcheurs de truites.

1933 : décès de Ruhlmann à l’âge de 54 ans.

Ruhlmann n’avait aucune formation bien définie : ni ébéniste, ni architecte, ni décorateur, il n’était sorti d’aucune école, il était un parfait autodidacte. Toute sa vie, il ne cessa de montrer son travail aux directeurs d’écoles professionnelles et aux conservateurs de musées. Avec les critiques d’art, il tenta sans arrêt de faire reconnaître son travail, que ce soit dans les revues d’art ou les journaux qui font l’actualité. Il n’hésitait jamais à montrer ses décors fastueux ou ses dernières créations de meubles dans les différents salons nationaux ou internationaux. À un point tel que les ébénistes du Faubourg Saint-Antoine n’hésitèrent pas à lui emboîter le pas en ruhlmannisant leurs propres réalisations.

Pour se faire connaître, Ruhlmann assura lui-même sa publicité, en payant des annonces dans les revues d’art et pour asseoir ses idées il chercha et trouva des soutiens auprès des critiques, comme l’Illustration  ou la revue Beaux-Arts. Charmeur, il rechercha les interviews, fit  visiter ses chantiers, ses ateliers, il devint l’ami du directeur de l’École Boulle et du directeur du Mobilier national. Bientôt des ouvrages lui seront consacrés.

Tout à la fois, classique et moderne, Ruhlmann eut une influence considérable sur son époque et sur les années qui suivirent. On lui donna le surnom de « Riesener du XXe siècle ». De son vivant, il eut de nombreux disciples et  après sa mort, ce phénomène s’amplifia et perdura.

Pour la réalisation de ses meubles, Ruhlmann utilisa des essences rares comme le palissandre venu des Indes et du Brésil, l’ébène de Macassar venant d’Indonésie

 

Puis, ce fut le purgatoire et il fallut attendre l’année 1966 et l’exposition consacrée au années 25 pour relancer la mode de l’Art déco et depuis, il semble que Ruhlmann ait  acquis définitivement une place de premier plan dans l’histoire de la décoration d’intérieur du XXe siècle.

 

L’expo, sur deux niveaux, présente l’ensemble des différentes manières de ce créateur.

L’expo est ouverte jusqu’au 17 mars 2002. Ensuite, elle sera présentée à Montréal en

2003 et à New-York ensuite.

Voici l’adresse pour s’y rendre :

Musée des Années 30, Espace Paul Landowski

            28, avenue André Morizet

92100 Boulogne-Billancourt. Métro Marcel-Sembat

tel : 01 55 18 46 42

Ouvert tous les jours sauf le lundi et jours fériés, de 11h à 18h.

Prix d’entrée,  4€ (30F). Tarif réduit 3€ (20F).

www.boulognebillancourt.com Ce site est particulièrement intéressant. À visiter

 

Quelques mots sur le musée des Années trente qui héberge l’expo Ruhlmann. Créé en 1939, il répond à deux tendances : l’art des années trente et le patrimoine industriel de la ville. En effet, la ville de Boulogne-Billancourt a été le laboratoire des expériences architecturales  de Le Corbusier, Mallet-Stevens, Patout, Perret… Pour mieux comprendre cela, un guide est offert qui propose des balades dans la ville vous emmenant de bâtiment en bâtiment œuvres de ces architectes. Un autre parcours est proposé sur les lieux industriels : l’automobile avec Louis Renault ; l’aéronautique avec Farman, Voisin, Salmson ; le cinéma avec les studio de Billancourt ; les blanchisseries ; les glacières et la céramique. Également, d’autres industries comme la fabrication de la célèbre Cocotte-Minute créée ici en 1920.

 

Prévoyez un après-midi pour visiter non seulement l’expo mais aussi le 2e et 3e étage du musée où sont exposées des œuvres de Juan Gris, des toiles et sculptures inspirées de la France coloniale et des maquettes des constructions situées dans la ville de Boulogne-Billancourt.

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Michel Ostertag