Je
voudrais vous faire partager l’enthousiasme que m’a procuré ma récente
visite de l’exposition Ruhlmann à Boulogne-Billancourt. En effet,
pour
les amoureux du meuble d’art et plus particulièrement du mobilier «Art
déco », se tient actuellement
une exposition à Boulogne-Billancourt au «Musée des Années
Trente ». Cette exposition présente une cinquantaine de meubles
choisis dans l’œuvre de Jacques-Émile Ruhlmann, génie incontestable
de l’art décoratif du XXe siècle.
Né à Paris
en 1879, Ruhlmann travaille d’abord dans l’entreprise de son père spécialisée
dans la peinture, les papiers peints, la miroiterie, la dorure, les
vitraux. À la mort de celui-ci Jacques-Emile prend la succession de son père
et en 1913, adjoint à son entreprise une agence de meublier-décorateur.
Dès cette même année, au salon d’Automne, il reçoit un vif succès
avec ses meubles bergère, ses tissus et ses luminaires.
Juste
après la Grande Guerre, en 1919, il crée, avec son ami Pierre Laurent la
société REL «Ruhlmann et Laurent », et
s’installe dans un grand bâtiment situé dans le XVe arrondissement de
Paris et à partir de là, ne cesse d’exposer dans tous les Salons ses
meubles en bois précieux dans des lignes pures et élancées, créant
ainsi son propre style. Il faut remarquer qu’à cette époque, les
ensembliers voulaient promouvoir et surtout renouveler le goût français
en matière de meubles et de décoration intérieure.
En
1921, sa société s’appelle «Ruhlmann-Meubliers » au capital de
six millions de francs et il se définit lui-même tantôt ébéniste,
tantôt meublier créant cette appellation de toutes pièces.
Ses
meubles sont en amarante, ivoire et ébène comme le « vide-poche »
ou encore son Meuble Elysée bahut
plaqué d’amboine et marqueté d’ivoire.
En
1925, son génie éclate à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs
et Industriels avec l’Hôtel des
Collectionneurs. Il présente dans cet hôtel
très moderne plusieurs pièces : un grand salon, une salle à
manger, un boudoir, un bureau, une chambre et une salle de bains.
Ici,
Ruhlmann a réussi ce qu’il cherchait, à savoir conquérir une clientèle
aisée, voire riche qui lui demande aussitôt de bien vouloir
redessiner leur intérieur tant pour le décor que pour l’aménagement ou encore construire de nouvelles demeures
comme l’hôtel particulier de François Ducharne à Auteuil en 1929.
La
même année, il décore le théâtre de la Michodière et le restaurant
Drouant (lieu de réunion de l’Académie Goncourt). Pour cette décoration,
il crée le fauteuil dit «Drouant » en chêne et tissus.
À
partir de ce moment-là, Ruhlmann devient célèbre.
En
1926-27, il décore la salle de délibération et la salle des fêtes de
la Chambre de commerce de Paris.
En
1927, il travaille à la décoration du paquebot Ile-de-France. L’année
suivante, ce sera le cinéma Marignan qui sera décoré par lui.
Le
paquebot Ile-de-France a été considéré dès son lancement comme la
vitrine des arts décoratifs français. Les plus grands décorateurs ont
participé à son aménagement. La salle de lecture par Leleu, la salle de
conversation par Süe et Mare. Ruhlmann aura comme mission de décorer la
galerie des premières classes, l’escalier d’honneur et le hall. Il crée
des fauteuils de bridge en frêne et velours et aussi pour le salon de thé
des vasques éclairantes en porcelaine de Sèvres d’une très grande
beauté.
En
1932, un an avant sa mort, au salon des Arts décoratifs de l’année, il
amorce un tournant dans sa recherche en changeant de matériau en
employant le métal et le merisier massif aux teintes claires ainsi que la
paille pour sa série du rendez-vous
des pêcheurs de truites.
1933 :
décès de Ruhlmann à l’âge de 54 ans.
Ruhlmann
n’avait aucune formation bien définie : ni ébéniste, ni
architecte, ni décorateur, il n’était sorti d’aucune école, il était
un parfait autodidacte. Toute sa vie, il ne cessa de montrer son travail
aux directeurs d’écoles professionnelles et aux conservateurs de musées.
Avec les critiques d’art, il tenta sans arrêt de faire reconnaître son
travail, que ce soit dans les revues d’art ou les journaux qui font
l’actualité. Il n’hésitait jamais à montrer ses décors fastueux ou
ses dernières créations de meubles dans les différents salons nationaux
ou internationaux. À un point tel que les ébénistes du Faubourg
Saint-Antoine n’hésitèrent pas à lui emboîter le pas en ruhlmannisant leurs propres réalisations.
Pour
se faire connaître, Ruhlmann assura lui-même sa publicité, en payant
des annonces dans les revues d’art et pour asseoir ses idées il chercha
et trouva des soutiens auprès des critiques, comme l’Illustration
ou la revue Beaux-Arts. Charmeur, il rechercha les interviews, fit visiter
ses chantiers, ses ateliers, il devint l’ami du directeur de l’École
Boulle et du directeur du Mobilier national. Bientôt des ouvrages lui
seront consacrés.
Tout
à la fois, classique et moderne, Ruhlmann eut une influence considérable
sur son époque et sur les années qui suivirent. On lui donna le surnom
de « Riesener du XXe siècle ». De son vivant, il eut de
nombreux disciples et après
sa mort, ce phénomène s’amplifia et perdura.
Pour
la réalisation de ses meubles, Ruhlmann utilisa des essences rares comme
le palissandre venu des Indes et du Brésil, l’ébène de Macassar
venant d’Indonésie
Puis,
ce fut le purgatoire et il fallut attendre l’année 1966 et
l’exposition consacrée au années 25 pour relancer la mode de l’Art déco
et depuis, il semble que Ruhlmann ait acquis
définitivement une place de premier plan dans l’histoire de la décoration
d’intérieur du XXe siècle.
L’expo,
sur deux niveaux, présente l’ensemble des différentes manières de ce
créateur.
L’expo
est ouverte jusqu’au 17 mars 2002. Ensuite, elle sera présentée à
Montréal en
2003
et à New-York ensuite.
Voici
l’adresse pour s’y rendre :
Musée
des Années 30, Espace Paul Landowski
28, avenue
André Morizet
92100
Boulogne-Billancourt. Métro Marcel-Sembat
tel :
01 55 18 46 42
Ouvert
tous les jours sauf le lundi et jours fériés, de 11h à 18h.
Prix
d’entrée, 4€ (30F).
Tarif réduit 3€ (20F).
www.boulognebillancourt.com
Ce site est particulièrement intéressant. À visiter
Quelques
mots sur le musée
des Années trente qui héberge l’expo Ruhlmann. Créé en 1939,
il répond à deux tendances : l’art des années trente et le
patrimoine industriel de la ville. En effet, la ville de
Boulogne-Billancourt a été le laboratoire des expériences
architecturales de Le
Corbusier, Mallet-Stevens, Patout, Perret… Pour mieux comprendre cela,
un guide est offert qui propose des balades dans la ville vous emmenant de
bâtiment en bâtiment œuvres de ces architectes. Un autre parcours est
proposé sur les lieux industriels : l’automobile avec Louis
Renault ; l’aéronautique avec Farman, Voisin, Salmson ; le
cinéma avec les studio de Billancourt ; les blanchisseries ;
les glacières et la céramique. Également, d’autres industries comme
la fabrication de la célèbre Cocotte-Minute créée ici en 1920.
Prévoyez
un après-midi pour visiter non seulement l’expo mais aussi le 2e
et 3e étage du musée où sont exposées des œuvres de Juan
Gris, des toiles et sculptures inspirées de la France coloniale et des
maquettes des constructions situées dans la ville de
Boulogne-Billancourt.
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