Denis Rivière chez Jean de la Fontaine

Exposition intitulée : Le vol au noir


Sommaire de la boîte à images

Le Musée Jean de La Fontaine à Château-Thierry accueille le peintre Denis Rivière du 22 janvier au 31 mars 2005.

Ce peintre vit et travaille dans l’Aisne et présente à cette occasion une série de toiles sur l’oiseau symbo­lique des fables de La Fontaine: Le corbeau.

Ici, dans la maison natale du bon fabuliste, au simple nom de « corbeau », c’est toute une évocation d’un bestiaire conséquent qui surgit aussitôt, maître Renard en tête et Denis Rivière a vu juste en s’emparant de ce volatile pour ne plus le lâcher au fil de ses nombreuses toiles créées spécialement pour cette exposition. Bien sûr, nous voyons dans le corbeau cet oiseau de mauvaise augure, cet oiseau qui plane au-dessus des champs de bataille à la recherche de la plus petite charogne, cet oiseau qui hante l’imaginaire d’Alfred Hitchcock, cet oiseau qui prend comme repose-pattes la gargouille la plus hideuse d’une cathédrale gothique sortie d’un dessin du père Hugo !

Mais ici, le peintre Denis Rivière donne une autre dimension à cet oiseau en le plaçant au cœur de son inspiration. Par l’analyse anatomique qu’il en fait, par l’étude de ses mouvements saisis à l’instant même où il devient autre chose qu’un simple volatile à la recherche de sa proie, par les fonds qu’il choisit - jaune et rouge - pour le représenter dans toutes les phases si détaillées de son vol, cet artiste rejoint l’artiste japonais qui a toujours vu le corbeau comme un représentant des vertus humaines ou encore dans l’antiquité, l’homme grec, qui voyait en lui un messager des dieux à la fonction prophétique et qui, de plus, était capable de conjurer le mauvais sort…

Nous sommes bien loin de la représentation traditionnelle qui hante nos esprits !

Par cette série de tableaux grand format, Denis Rivière est devenu le chantre du corbeau, celui qui a su donner ses lettres de noblesse à ce volatile tout en gardant une bonne dose d’humour : j’en veux comme preuve ce tableau représentant un corbeau posé sur une corde peinte qui traverse horizontalement la toile, sur fond rouge. L’amusant est : de chaque côté de la toile, hors cadre, pend, dans l’alignement de la corde peinte du tableau, une vraie corde sur une longueur d’une vingtaine de centimètres !

L’hyperréalisme de son talent donne une vie intense à l’oiseau qu’il soit peint sur un fond jaune ou rouge, n’importe, la moindre des attitudes du volatile est ici transcrites et le fond travaillé en pâte épaisse crée un relief dans lequel le corbeau donne à croire qu’il va continuer son vol au-delà de la toile…

La réputation de ce peintre est internationale, il expose dans les plus grands musées ; il figure dans les meilleures collections. Né en 1945 à Honfleur, il vit et travaille à Paris et dans l’Aisne.

Il a reçu nombre de commandes de l’État, comme cette peinture, en 1983, pour le plafond du grand salon des appartements privés du palais de l’Élysée. L’Hôtel de Lassay lui a acheté une toile pour le salon d’honneur en 1989.

Ses lieux d’expositions sont multiples, non seulement en France ou dans de nombreux pays d’Europe, mais aussi aux USA ou en Égypte.

L’exposition se continue à la Médiathèque Jean Macé située juste à-côté du musée La Fontaine.

Les corbeaux sont ici traités à l’aide du fusain, sur de grands espaces, placés sous verre. Une toile fait exception, elle utilise le zinc comme support avec un corbeau taillé dans un bois brut peint et travaillé par l’artiste.

Exposition à ne pas manquer !

Quelques mots sur le Musée Jean de La Fontaine

Le musée est installé dans la maison natale du fabuliste à Château-Thierry, dans l’Aisne, à 90 km de Paris par l’autoroute A4.

Jean de La Fontaine y est né le 8 juillet 1621. Il commence ses études au collège de la ville et les termine à Paris.

À l’âge de 20 ans, il entre à l’Oratoire, mais en sort 18 mois après quand il s’est rendu compte qu’il n’était pas fait pour la vie religieuse. De retour à Château-Thierry, il passe ses jours et ses nuits à écrire de la poésie, enthousiaste qu’il est des Odes de Malherbe. Puis, revenu à Paris, il fait des études de droit, entre 1645 et 1647. À 26 ans, il épouse Marie Héricart, âgée tout juste de 14 ans. En 1652, il achète une charge de maître des Eaux et Forêts, un an après un fils, Charles, naît ici même. Il fréquente régulièrement une « Académie », sorte de salon littéraire, on pense que les réunions avaient lieu dans cette maison. Jean Racine, natif de l’Aisne, lui aussi, évoque dans ses lettres l’existence de cette Académie. Jean de La Fontaine s’exerce au métier d’auteur dramatique. Sa charge de maître des Eaux et Forêts lui rapporte peu de gains. À la mort de son père, il se sépare de sa femme et par l’intermédiaire d’un oncle entre au service de Nicolas Fouquet. En contrepartie de pensions, il donne madrigaux, sonnets, ballades et autres vers à son protecteur.

À la chute du surintendant, La Fontaine prend sa défense, souligne les irrégularités du procès, ce qui lui vaut la vindicte du ministre Colbert. Il est exilé à Limoges. La duchesse de Bouillon, jeune et jolie, lui donne son amitié et la duchesse douairière d’Orléans lui donne son appui. Il commence à écrire contes et nouvelles en vers. Les recueils obtiennent un succès immédiat. À la mort de la duchesse d’Orléans, il est recueilli par Mme de La Sablière. Il trouve chez elle non seulement de l’amitié mais aussi un climat de liberté et de culture. C’est sous sa protection qu’il poursuivra son œuvre capitale, Les fables commencées en 1668. Le hasard de l’existence fait qu’en 1684, il succède à l’Académie française à Colbert, son persécuteur, dont il fera l’éloge en termes pour le moins sibyllins. À la mort de Mme de La Sablière en 1693, il est sans ressources. Il devient le protégé de M et Mme d’Hervart pendant les deux années qui lui restent à vivre. Il tombe gravement malade et meurt en 1695 non sans avoir été obligé sous l’autorité de son confesseur d’adjurer publiquement ses contes « infâmes » et de déchirer sa dernière œuvre (une comédie) tout juste achevée.

Consulter le site Internet suivant :

www.la-fontaine-ch-thierry.net

Michel Ostertag