Le tour de France de Prosper Mérimée en 100 photographies

À l'abbaye de Beaulieu-en-Rouergue...

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Le ministre de l'Intérieur, Adolphe Thiers, en 1834, nomme Prosper Mérimée inspecteur général des monuments historiques. Le jeune écrivain a 31 ans.

La mission qui lui est confiée exige de lui qu'il fasse une tournée régulière non seulement des bâtiments du patrimoine national mais aussi des responsables de la conservation, des architectes, des antiquaires, des archéologues, des responsables politiques ou administratifs, des membres du clergé, des usagers.

Les structures administratives qu'il met en place sont d'une totale nouveauté dans l'Europe de l'époque. Il veut non seulement sauvegarder les monuments, mais aussi les protéger, les restaurer, voire les racheter au nom de l'État et il préconisera la photographie comme outil indispensable de mise en mémoire de ce qu'ils auront vu.

Maître puissant, Prosper Mérimée obtient des crédits substantiels, forme autour de lui une équipe compétente à qui il donne comme consigne de respecter les monuments et de garder une extrême prudence dans toute décision qu'ils seront amenés à prendre.

En 1840, il invente le concept de Protection au titre des monuments historiques et fait dresser une première liste de monuments nécessitants des crédits d'Etat. De suite, il a compris que les monuments ne doivent pas être vus uniquement en tant que tels mais aussi dans leur environnement, leurs mobiliers, leurs sculptures, leurs peintures murales, etc..

En 1860, il est remplacé à ce poste par l'architecte Emile Boeswilwald, mais jusqu'à deux ans avant sa mort en 1870, Mérimée continuera à participer à la commission des monuments historiques.

L'invention de Daguerre en 1839 donna l'idée à la commission d'utiliser ce nouveau moyen technique pour mieux recenser plans et dessins des monuments historiques. La restauration du château de Blois devant être lancée, on fit appel à deux photographes, Bayard et Renard pour daguerréotyper ce château avant que ne commencent les travaux. On constata de suite les difficultés que le procédé impliquait : la manipulation n'était pas aisée, le coût était élevé et le format obtenu vraiment réduit, tout ceci n'était pas pour encourager une utilisation au niveau national. Mais, en 1847, des améliorations sensibles étaient apportées au procédé, ce qui incita la commission à demander à cinq photographes de suivre un itinéraire précis à travers les provinces françaises et de saisir à l'aide des appareils photographiques les monuments du patrimoine. De cette moisson de photos, la commission en sélectionna 258. Il faut dire que l'effort financier avait été conséquent et que l'expérience ne fut pas renouvelée ! C'est seulement après 1873 que la commission redevint décisionnelle et la photographie, outil indispensable, prit toute la place qu'elle a aujourd'hui. 

Ces 100 photographies qui sont ici exposées ont été préalablement numérisées afin d'éviter tout risque d'endommagement.

La présentation dans la grande salle de l'abbaye, pour une lecture aisée, utilise les murs latéraux mais aussi les travées médianes ainsi que la chapelle annexe.

Que représente-t-elle, ces photos ?

Des monuments religieux pour la plupart, photographiés entre 1848-1851. Ce sont, bien évidemment, des photos posées, on n'y voit pas de personnages en mouvement, mais uniquement des bâtiments laissés dans un grand abandon, sales d'aspect avec souvent des maisons accolées au monument par lui-même (comme devant la cathédrale de Reims), souvent entourés d'éboulis, de toitures tombées… En regardant toutes ces photos, on ressent une profonde tristesse accentuée par le côté bistre du tirage papier. On prend conscience, par là-même, de l'énormité de la tâche qui incombera dans les années suivantes à l'État pour prendre en charge tout ce patrimoine national.

 

Cette exposition est itinérante : elle est réalisée par le Centre des monuments nationaux. Après l'abbaye de Silvacane, l'abbaye du Mont Saint-Michel, le château de Chambord, le palais du Tau à Reims, la Conciergerie à Paris, elle est aujourd'hui à l'abbaye de Beaulieu-en-Rouergue.

Quelques mots sur Mérimée, l'écrivain.

Né à Paris en 1803 dans une famille bourgeoise dont les parents sont tous deux  artistes peintres (sa mère descend de Marie de Beaumont l'auteur de la Belle et la Bête); après des études moyennes au lycée Henri IV, il entreprend des études de droit et obtient sa licence en 1823. Parallèlement à ses études, il fréquente les milieux de la Cour et du Faubourg Saint-Germain et mène une vie de dandy. Il rêve de devenir écrivain. Il commence par écrire une mystification : passionné qu'il est de théâtre espagnol, il imagine l'existence d'une comédienne espagnole, Clara Gazyl dont un traducteur tout aussi imaginaire vient de finir la traduction de son œuvre théâtrale. Six pièces seront publiées sous le titre Théâtre de Clara Gazyl. La critique tombe dans le piège. En 1828, à 25 ans, il commence la rédaction de nouvelles qui établiront sa notoriété. Deux ans plus tard, sa pièce Le Carrosse du Saint-Sacrement est créée, mais cause, (nous sommes en 1830) un véritable scandale dû à l'esprit antireligieux qui y est affiché. La Monarchie de Juillet lui permettra de montrer ses idées libérales et de nouer de puissantes relations. Au cours d'un voyage en Espagne, il fait la connaissance de la famille Montijo, dont la fille deviendra, vingt ans après, l'épouse de Napoléon III. À cette époque, Eugénie n'a que quatre ans.

L'année suivante, grâce à ses relations, il entre dans la Haute administration : le Comte d'Argout le prend comme chef de son cabinet. Sa vie de dandy n'en continue pas moins : il a une courte liaison avec George Sand ; il se bat en duel avec le mari de sa maîtresse Emilie Lacoste, il est d'ailleurs blessé…

En 1834, il est nommé Inspecteur général des monuments historiques, place où il pourra tout à loisir exercer son goût des voyages et son amour pour l'archéologie.  Il voyage en Italie, en Corse, en différentes provinces françaises. En 1844, il entre à l'Académie française et l'année suivante, il publie Carmen. Il apprend le russe. Quatre ans après, il traduit Pouchkine et montre ainsi qu'il est le premier à s'intéresser à la littérature russe. En 1853, il est nommé sénateur à vie. Il est devenu un familier du couple impérial. La maladie qui devait l'emporter à l'âge de 67 ans en 1870 commence à apparaître en 1856. Ce sont d'importants troubles respiratoires, ce qui l'incitera à s'installer à Cannes. Il est l'auteur de la fameuse dictée  dans laquelle Napoléon III fera 54 fautes et Eugénie 90 fautes ! En 1862, il sert de "nègre" à l'empereur pour la rédaction d'une Histoire de Jules César. Au moment du conflit franco-prussien en 1870, il essaie, en vain, de s'opposer à la chute du régime. La défaite de Sedan l'affecte beaucoup. Il meurt le 23 septembre de la même année. Il sera enterré dans le cimetière anglais de Cannes. L'année suivante, sa maison parisienne sera incendiée au moment de la Commune.

Il aura écrit un roman, Colomba et dix-huit nouvelles. Son écriture a été considérée à ses débuts comme romantique bien qu'il faille remarquer qu'il n'appartient, en fait, à aucun courant littéraire. Aujourd'hui, sa production littéraire reste lue, il est considéré comme un esprit brillant, érudit et fantaisiste.

 

L'abbaye cistercienne de Beaulieu a été fondée en 1144 par l'évêque de Rodez. Prospère pendant des siècles, elle connut une vie paisible. Toutefois, les troubles dus à la croisade des Albigeois ; ceux de la guerre de Cent ans; des guerres de Religion ébranlèrent cette sérénité. Puis, au fil des siècles, le relâchement de la discipline du monastère entraîna son déclin progressif.    L'abbaye fut vendue comme bien national à la Révolution. Par miracle, elle échappa à la destruction. Au XIXe siècle, elle fut démantelée et transformée en exploitation agricole.  En 1963, une famille racheta l'édifice, le restaura (aidée par l'État) par d'importants travaux. En 1973, elle en fit don au Centre des monuments nationaux. L'abbaye fut dotée alors d'un centre d'art contemporain.

Cette abbaye est le plus bel exemple d'art gothique par sa nef unique, sa coupole octogonale, ses hautes baies et ses rosaces.

 

 

 

Sources : www.alalettre.com/merimee-intro.htm

  : www.route-des-comtes-de-toulouse.com/beaulieu/historique.html

et fascicule donné à l'exposition.

Michel Ostertag