Les génies de la mer

Chefs-d'œuvre de la sculpture navale au Musée de la Marine

au Palais de Chaillot, à Paris

du 5 février 2003 au 2 février 2004.

Sommaire de la boîte à images

Palais de Chaillot, 17, place du Trocadéro 75116 Paris. Ouvert de 10h à 18h sauf le mardi.

Prix : 7 € (Tarif réduit : 5,50€ et 3,85 € de 6 à 18 ans)


L'expo est présentée conjointement avec le Musée national des beaux-arts du Québec. Elle illustre, en 77 œuvres, deux siècles de décoration navale, de 1660 à 1860,

La figure de proue ou plus généralement la décoration navale des bâtiments de la Marine royale, répondait à une volonté de représenter le pouvoir royal, tant sur mer que sur terre. Mais, au cours du 18e et 19e siècle, la marine change, les bateaux sont appelés à s'alléger et la place offerte au décor se réduit d'autant, subsistera seulement un buste comme figure de proue, emblème du nom que porte le navire. À la fin du 19e siècle, la mort de la marine à voile signe la disparition de la figure de proue.

La pièce principale de l'expo, un vrai joyau, est la galère royale  La Réale ! C'est la plus extraordinaire galère royale. La poupe qui est montrée ici brille comme un soleil doré comme l'avait voulu Louis XIV. C'est, d'après ce qui est dit, l'ensemble sculpté le plus ancien possédé par le musée de la Marine. C'est la première fois que cet ensemble est montré de la sorte. Rien que pour cela, la visite mérite d'être faite. C'est au moment de la destruction de cette galère que les ornements ont pu être récupérés à Marseille puis à Toulon et être restaurés. Cette galère faisait partie d'un ensemble de neuf Réales construites entre 1660 et 1748. Mais n'oublions jamais que les galères, fastueuses ou pas, étaient d'abord des lieux de chiourme où des galériens subissaient les pires traitements inhumains et que c'est seulement le 27 septembre 1748 que le Corps des galères de France fut dissous par ordonnance royale.

La figure de proue représente le symbole de la terre et de l'eau, le trait d'union d'un continent à un autre et souligne cette idée d'assimiler un bateau à une personne vivante, un animal, la tête sera la proue, le corps sera la coque et la queue la poupe. On prendra comme modèle la volute, la spirale, la fleur et surtout le soleil sous l'époque du Roi-Soleil ; les anciens allaient jusqu'à placer des offrandes sur la proue – sorte d'autel –  de façon à satisfaire les dieux de la mer. Pour le marin, la figure de proue permet de s'exorciser, de mieux maîtriser sa peur face aux éléments qui peuvent se déchaîner. Pour les chrétiens, la figure de proue bénie par l'église offre le salut de son âme en cas de naufrage. On peut parler ici de totem. Il faut souligner que souvent la figure de proue orne un bateau dont le nom est au féminin, comme, L'espérance, La Minerve…et de plus, sur ces bateaux aucune femme n'est admise, ce qui fait que la figure de proue est la seule femme à bord ! Dans l'esprit du marin, elle est la mère, la Vierge, l'amante…

       Cet art a atteint son apogée sous le règne de Louis XIV. Ces navires étaient mis en chantier à Marseille et c'est Charles Le Brun qui en dessina le décor-type qui inspirera ensuite toute la décoration navale. Une véritable industrie ou tout au moins de gigantesques ateliers se sont constitués autour de deux sculpteurs parisiens (Girardon et Turreau), de maîtres peintres et sculpteurs (dont Puget) pour répondre aux demandes de l'Autorité royale, jusqu'au moment où les stratèges prirent conscience que pour améliorer la mobilité des navires il fallait alléger ceux-ci…et dès lors le langage décoratif ne cessa de s'appauvrir. Sous Louis XVI la décoration se résumera à une figure de lion ! Sous l'Empire, il sera remplacé par l'aigle et les navires recevront le nom des victoires terrestres comme Iéna ou Austerlitz.

       L'expo présente deux figures de proue montrant le petit caporal et Napoléon 1er en empereur romain, ces deux  sculptures sont prêtées par le Musée national des beaux-arts du Québec pour cette expo. Ce sont des œuvres réalisées en 1835, sur les rives du Saint-Laurent.

Parmi les figures de proue, on remarquera, parmi une série, le très beau buste du roi Henri IV, de dimensions colossales, qui ornait le navire du même nom.

     Les canots d'apparat dont l'origine se situe au XVIIe siècle permettaient à la famille royale de prendre part aux fêtes nautiques qui étaient données sur la Seine quand la cour était à Paris et sur le Grand Canal quand elle était à Versailles. Ces canots étaient somptueux, décorés richement, de peintures, de sculptures dorées à l'or fin, où chaque partie du navire était traitée pour être un élément de décoration, dans une théâtralisation voulue par le pouvoir en place.

L'expo montre le canot de la reine Marie-Antoinette dont la figure de proue était une sirène. Napoléon 1er, pas en reste, en 1810, fit construire en 21 jours, à Anvers, un canot d'apparat.  Par la suite, il fut utilisé par Napoléon III et, en 1943, est devenu une pièce maîtresse du Musée de la Marine.

       Une vitrine explique, dessins à l'appui, tout le travail préparatoire où chaque partie de la poupe*, de la proue* ainsi que des bouteilles* sont décorées avec le plus grand soin pour en faire un véritable décor de théâtre. On voit aussi comment les projets sont exécutés d'abord en cire, puis, pour finir en bois.

       Une vidéo complète l'expo.

       On peut également profiter de cette exposition pour visiter le musée de la Marine, ce qui pour beaucoup rappellera les sorties organisées par l'école…

       Sur Internet, le site : www.musee-marine.fr est à visiter : une visite virtuelle de l'expo montre tout l'intérêt de celle-ci.

      

Bonne visite, à tous.

 

Légende:

*La proue est la partie avant du bateau.

*La poupe est la partie arrière du bateau.

*Les bouteilles sont les retours latéraux de la poupe.

 

Michel Ostertag