Malévitch

Un choix dans les collections

Au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

Du 30 janvier au 27 avril 2003

Sommaire de la boîte à images

Kazimir Malévitch est né en 1878, à Kiev et mort en 1935 à Léningrad.

En 1915, il peignit une toile intitulée : "Carré noir sur fond blanc". Par cette audace, ce peintre a été le "dynamiteur" de l'art de son époque, "un terroriste" russe, (pacifiste, celui-là !)  qui proclama haut et fort que la peinture ne devait plus être la reproduction de la réalité. Il annonçait pour l'art de son temps une ére nouvelle qui fera table rase du passé. L'impact de cette bombe ne s'est toujours pas atténué, quatre-vingt huit ans après, cette toile, vieillie, craquelée, trône au musée de Moscou d'où elle ne sortira jamais, – sorte d'icône intouchable.

L'exposition actuellement présentée est due à la générosité du musée Stedelijk d'Amsterdam qui, par suite d'importants travaux, a prêté au Musée d'art moderne de Paris vingt-quatre peintures et gouaches et une cinquantaine de dessins.

a grande différence qu'il y a entre Kandinsky, Mondrian et lui-même, tient au fait que les deux premiers ont abordé la non-figuration par étapes successives, peinture après peinture, dans une lente maturation, un long abandon de la figuration, tandis que lui, Malévitch, a sauté le pas d'un seul élan. Chez lui point de décantation, dans un mouvement qui apparaîtra mystique, le virage à 180° de l'art figuratif à un art qui ne l'est plus a été quasi spontané. Ici, on devine la lutte incessante de l'artiste qui tente d'arracher à la peinture traditionnelle des secrets qui lui permettront de la bousculer, la révolutionner, la détruire pour en faire autre chose, une expression personnelle et en cela il sera rejoint par d'autres artistes habités comme lui par un esprit de révolution qui accoucheront de l'Art moderne.

Inscrit par ses parents à l'école artistique de la ville de Kiev, il a tôt fait d'assimiler les tendances picturales du moment, comme le fauvisme, l'impressionnisme, voire le cubisme. Cézanne, Matisse, Léger lui deviennent familiers, jusqu'à cette année 1915, où Malévitch propose au public une série de toiles peintes avec uniquement des ronds, des carrés, des croix, éléments les plus primaires qui soient. Il appelle cette nouvelle façon de voir le monde : le "suprématisme" ou la totale abstraction de la toile sans objet. La substance de cet art nouveau est dans un "ailleurs" du monde purement pictural que nous connaissons tous. En effet, Malévitch se veut philosophe : il veut fondre l'art pictural et l'acte philosophique en un seul acte dans une conception de l'inapparent. Il déclare : Le suprématisme est un mouvement purement philosophique, un mouvement cognitif à travers la couleur. Ce système dur, froid, sans sourire, est mis en mouvement par la pensée philosophique ".

Pour lui, le monde vivant est un monde "sans-objet", placé dans une cinquième dimension. Il donne aux formes qu'il dessine des significations divines : Le carré blanc porte le monde blanc en affirmant le signe de la pureté de la vie créatrice humaine ". Il veut explorer les mondes au-delà du zéro, des "espaces du Rien", des systèmes d'apesanteur. Ses toiles restent d'une totale planéité, le volume n'est pas créé, pas davantage la perspective. Les toiles – d'après ce qu'affirmait l'artiste – pouvaient être vues dans n'importe quel sens, il n'y avait ni haut ni bas, ni droite ni gauche, aucun sens n'était préétabli, d'après l'axiome que "l'univers n'a ni plafond, ni sol, ni fondation, ni horizon". Cette nouvelle façon de voir et de penser, il veut les hisser à l'universel.

Quand on visite une exposition d'un de ces artistes de l'Union soviétique, on ne peut s'empêcher de penser que ces artistes n'ont pu se réaliser pleinement, qu'ils ont été fauchés avant même d'avoir pu aller jusqu'au bout de leur art, qu'ils ont fini leur vie dans la plus incroyable médiocrité de l'esprit au nom de la dictature du prolétariat. Quelle orientation auraient-ils donnée à l'art moderne, si, à l'exemple d'un Picasso, ils avaient vécu deux ou trois décennies de plus et, surtout, s'ils avaient pu créer dans un environnement favorable ?

La fulgurance de Malévitch ne dura que dix ans à partir de 1911. Ces années furent cruciales dans l'histoire de la peinture européenne par l'émergence de mouvements comme le cubisme, le futurisme, l'abstraction. Et, en Russie, en cette année 1915, Malévitch fera la synthèse de tous ces mouvements pour les transformer dans un art qui lui est propre.

Allez découvrir cet artiste. Voyez comment il traite le cubisme de Braque et Picasso des années 1911 pour en faire une synthèse avec le futurisme dans une appellation "cubofuturisme". Prenez connaissance de ses gouaches fauves-primitivistes peintes dans les années 1910-1911, riches de couleurs vives et de formes dansantes.

Une vidéo complète la visite.

Un très bel album explicite les œuvres.

Il m'a servi à rédiger ce texte. Un ouvrage à ne pas manquer.

Bonne visite consacrée à la découverte de ce pionnier !

Michel Ostertag