|
Malévitch Un choix
dans les collections Au Musée
d'Art Moderne de la Ville de Paris Du 30
janvier au 27 avril 2003 |
![]() |
Sommaire
de la boîte à images |
|
En
1915, il peignit une toile intitulée : "Carré noir sur fond blanc". Par cette audace, ce peintre a été
le "dynamiteur" de l'art de son époque, "un terroriste"
russe, (pacifiste, celui-là !) qui
proclama haut et fort que la peinture ne devait plus être la reproduction
de la réalité. Il annonçait pour l'art de son temps une ére nouvelle qui
fera table rase du passé. L'impact de cette bombe ne s'est toujours pas
atténué, quatre-vingt huit ans après, cette toile, vieillie, craquelée,
trône au musée de Moscou d'où elle ne sortira jamais, – sorte d'icône
intouchable. L'exposition
actuellement présentée est due à la générosité du musée Stedelijk d'Amsterdam
qui, par suite d'importants travaux, a prêté au Musée d'art moderne de
Paris vingt-quatre peintures et gouaches et une cinquantaine de dessins. a
grande différence qu'il y a entre Kandinsky, Mondrian et lui-même, tient
au fait que les deux premiers ont abordé la non-figuration par étapes
successives, peinture après peinture, dans une lente maturation, un long
abandon de la figuration, tandis que lui, Malévitch, a sauté le pas d'un
seul élan. Chez lui point de décantation, dans un mouvement qui apparaîtra
mystique, le virage à 180° de l'art figuratif à un art qui ne l'est plus
a été quasi spontané. Ici, on devine la lutte incessante de l'artiste
qui tente d'arracher à la peinture traditionnelle des secrets qui lui
permettront de la bousculer, la révolutionner, la détruire pour en faire
autre chose, une expression personnelle et en cela il sera rejoint par
d'autres artistes habités comme lui par un esprit de révolution qui accoucheront
de l'Art moderne. Inscrit
par ses parents à l'école artistique de la ville de Kiev, il a tôt fait
d'assimiler les tendances picturales du moment, comme le fauvisme, l'impressionnisme,
voire le cubisme. Cézanne, Matisse, Léger lui deviennent familiers, jusqu'à
cette année 1915, où Malévitch propose au public une série de toiles peintes
avec uniquement des ronds, des carrés, des croix, éléments les plus primaires
qui soient. Il appelle cette nouvelle façon de voir le monde : le "suprématisme"
ou la totale abstraction de la toile sans objet. La substance de cet
art nouveau est dans un "ailleurs" du monde purement pictural
que nous connaissons tous. En effet, Malévitch se veut philosophe : il
veut fondre l'art pictural et l'acte philosophique en un seul acte dans
une conception de l'inapparent. Il déclare : Le
suprématisme est un mouvement purement philosophique, un mouvement cognitif
à travers la couleur. Ce système dur, froid, sans sourire, est mis en
mouvement par la pensée philosophique ". Pour
lui, le monde vivant est un monde "sans-objet", placé dans une
cinquième dimension. Il donne aux formes qu'il dessine des significations
divines : Le carré blanc porte le
monde blanc en affirmant le signe de la pureté de la vie créatrice humaine ".
Il veut explorer les mondes au-delà du zéro, des "espaces du
Rien", des systèmes d'apesanteur. Ses toiles restent d'une totale
planéité, le volume n'est pas créé, pas davantage la perspective. Les
toiles – d'après ce qu'affirmait l'artiste – pouvaient être vues dans
n'importe quel sens, il n'y avait ni haut ni bas, ni droite ni gauche,
aucun sens n'était préétabli, d'après l'axiome que "l'univers n'a ni plafond, ni sol, ni fondation, ni horizon".
Cette nouvelle façon de voir et de penser, il veut les hisser à l'universel. Quand
on visite une exposition d'un de ces artistes de l'Union soviétique, on
ne peut s'empêcher de penser que ces artistes n'ont pu se réaliser pleinement,
qu'ils ont été fauchés avant même d'avoir pu aller jusqu'au bout de leur
art, qu'ils ont fini leur vie dans la plus incroyable médiocrité de l'esprit
au nom de la dictature du prolétariat. Quelle orientation auraient-ils
donnée à l'art moderne, si, à l'exemple d'un Picasso, ils avaient vécu
deux ou trois décennies de plus et, surtout, s'ils avaient pu créer dans
un environnement favorable ? La
fulgurance de Malévitch ne dura que dix ans à partir de 1911. Ces années
furent cruciales dans l'histoire de la peinture européenne par l'émergence
de mouvements comme le cubisme, le futurisme, l'abstraction. Et, en Russie,
en cette année 1915, Malévitch fera la synthèse de tous ces mouvements
pour les transformer dans un art qui lui est propre. Allez
découvrir cet artiste. Voyez comment il traite le cubisme de Braque et
Picasso des années 1911 pour en faire une synthèse avec le futurisme dans
une appellation "cubofuturisme". Prenez connaissance de ses
gouaches fauves-primitivistes peintes dans les années 1910-1911, riches
de couleurs vives et de formes dansantes. Une
vidéo complète la visite. Un
très bel album explicite les œuvres. Il
m'a servi à rédiger ce texte. Un ouvrage à ne pas manquer. Bonne
visite consacrée à la découverte de ce pionnier ! Michel
Ostertag |
||