La bote images                

Responsable de la rubrique : Michel Ostertag

Victor Hugo, l'homme-océan
 Bibiothèque Nationale de France,
Site François-Mitterrand
,
11, quai François-Mauriac, 75013 Paris
jusqu'au 23 juin 2002
(ouvert du mardi au samedi de 10h à 19h,
le dimanche de 12 h à 19h) 
  

Sommaire de la bote images

  

Ce siècle a deux ans et demi, et il reste quelques jours pour profiter de l'exposition que la BNF consacre à Victor Hugo. Après la remarquable exposition de "Brouillons d'écrivains" organisée l'an dernier, la BNF a puisé une nouvelle fois dans les trésors du département des Manuscrits, et dans le legs confié par Victor Hugo lui-même: "Je donne tous mes manuscrits et tout ce qui sera écrit ou dessiné par moi à la bibliothèque nationale de Paris, qui sera un jour la Bibliothèque des Etats-Unis d'Europe." (31 août 1881). Le cadeau est somptueux, et révélateur aussi du rayonnement que le poète se reconnaissait lui-même et dont témoignent plusieurs dessins-variations sur les lettres de son nom.
Hugo, qui a connu le succès très jeune, dés l'âge de vingt-trois ans, a eu toute latitude pour s'affirmer, mais aussi pour se chercher, pour évoluer. L'exposition, qui montre un grand nombre de ses manuscrit et de ses dessins, part de la prise de conscience vécue dans l'exil, et de la grande vague d'encre brune figurant "Ma destinée" pour parcourir ensuite toute la carrière de l'écrivain, des "Essais" rédigés à quinze ans aux croquis destinés à Jeanne, la petite-fille chérie. Entre les deux, beaucoup de merveilles, dont plusieurs sont connues -- les dessins de Victor Hugo, c'était la couverture du Lagarde et Michard XIXe siècle... --, mais que l'on peut redécouvrir ici. Quelques portraits célèbres, dont celui de Léopoldine. Des manuscrits -- lettres, poèmes pages de romans -- avec leurs ratures, étonamment peu nombreuses, leurs graffitis marginaux, croquis rapides ou bribes de vers. Des dessins: paysages romantiques, fantasmagories, caricatures, toujours réalisés à l'encre, comme s'il y avait une continuité entre l'écriture et le dessin.
Ces dessins sont parfois minutieux, ou même purement décoratifs: carnets de voyage, projet de cheminée pour la maison d'Hauteville-House à Guernesey. Mais beaucoup d'autres sont noyés d'ombre, emportés, incisifs: Gavroche, la pieuvre des Travailleurs de la mer, des châteaux fantastiques et nocturnes, vus en Allemagne ou imaginés dans les romans. Enfin, plusieurs dessins sont à eux seuls des plaidoiries, des armes contre la peine de mort -- le grand combat de Hugo --, où les audaces de l'écriture (Claude Gueux, le Dernier Jour d'un condamné, les Châtiments) laissent place à l'efficacité redoutable de l'image: caricatures de juges, accompagnées de commentaires vengeurs ou, plus frappants encore, deux dessins envahis de ténèbres: l'un, "Justitia", qui date des années 1830, évoque simplement les deux poteaux de la guillotine et une tête coupée volant dans les airs; l'autre, plus terrible encore, rend hommage à John Brown, antiesclavagiste américain pendu en 1859 pour avoir défendu la cause des noirs: intitulé "Ecce", le dessin fait surgir de l'obscurité les silhouettes blafardes, à peine suggérées, de la potence et du pendu...
Artiste et engagé, égocentrique et généreux, travailleur et inspiré: Hugo est visible tout entier dans cette exposition. En cette année de bicentenaire, il mérite bien qu'on aille lui rendre visite.

Catherine Raucy