Jean Hélion

Sommaire de la boîte à images

Au Musée d'Art Moderne du Centre Beaubourg

À l'occasion du centenaire de la naissance de Jean Hélion, le Centre Pompidou rend hommage à ce peintre né en 1904 et disparu en 1987.

Cet artiste attise notre curiosité car sa conception de la peinture en général et de sa propre peinture en particulier nous plonge dans une réflexion peu ordinaire. Car voici un artiste, qui par sa conception de l'Art abstrait, (qui était pour lui un art non figuratif, géométrique, mathématique, un prolongement du travail de Mondrian)  se fait connaître dans le monde entier, participe activement à l'implantation de l'Art abstrait aux USA où il est considéré comme un peintre majeur de son époque. Et très tôt, il se trouve lancé dans une voie royale où fortune et notoriété sont réunies pour, tout à coup, à la suite d'un voyage en Urss – pays communiste où l'art abstrait est considéré comme un art décadent – opère un virage à 180° pour se lancer dans l'art figuratif et abandonner définitivement ce qui avait fait sa gloire. La sanction du public et des galièristes fut immédiate : on lui tourna le dos et il ne vendit plus une seule de ses toiles. Le courage de cet homme touche à l'inconscience. Quel peintre oserait scier la branche dorée sur laquelle il est assis confortablement ?

Pour lui  – et il l'explique merveilleusement bien tout au long du documentaire filmé présenté au public en projection dans une petite salle, –  il ne tournait pas vraiment le dos au non figuratif, c'était plutôt un prolongement de l'un vers les choses usuelles de la vie. La beauté, il voulait la trouver dans une baguette de pain, un pot de peinture, un chapeau, un journal, une citrouille, un nu, une scène de rue, à Paris, un objet chiné aux Puces... Il devient, et c'est moi qui le dis, une sorte de « Jacques Prévert de la peinture… » Pour appliquer ce concept personnel il se lance alors dans une recherche originale quant aux formes qu'il va utiliser pour peindre ces différents objets : il se servira de sa propre grammaire de peintre abstrait, d'autant et il l'avoue tranquil­lement lui-même, il ne sait pas peindre des détails comme les yeux d'un visage, alors, il biaise, un chapeau va recouvrir le haut du visage, le nez sera peint comme un cubiste sait le faire, pour le chapeau, c’est facile à peindre pour lui : un chapeau, c'est un "assemblage" de formes rondes, et pour ça il est ramené à ce qu'il dessinait à ses débuts. Il n'est plus un artiste abstrait et il devient, peu à peu, un artiste « presque » figuratif, à la lisière de l’hyperréalisme.

Là réside tout l'intérêt de cet artiste peintre.

Pour moi, sa démarche intellectuelle me séduit, j'admire le courage de cet artiste, et aussi son courage personnel au moment de la Déclaration de guerre, mais, quand je vois le résultat de cet acharnement à vouloir prendre comme exemple parfait de son nouveau concept une baguette de pain ou un égoutier qui sort du ventre de la terre, je suis bien moins convaincu de la qualité finale de cette partie de son œuvre. Dans ma tête, l'empreinte de son art abstrait m'obsède à un point que j’ai beaucoup de mal à l'oublier et je refuse d'essayer de retrouver dans ces tableaux figuratifs la forme originelle de son art

Là, réside le dilemme : souscrit-on à sa démarche originale et audacieuse ou, au contraire, se refuse-t-on à le suivre ? Ses carnets de travail sont un bon support pour suivre le cheminement de l'artiste, ses questionnements, les réponses qu'il trouve, sa recherche, la mise en valeur d'un objet quelconque, banal et dans lequel il voit clairement une somme de différentes beautés à l'état pur.

 

Courte biographie de Jean Hélion

Il naît dans l'Orne le 21avril 1904. En 1821, il est à Paris comme apprenti dessinateur dans un cabinet d'architecture. Il fréquente le musée du Louvre où il découvre l'œuvre de Nicolas Poussin qui l'impressionne. Peintre autodidacte, en 1924, il expose à la « Foire aux croûtes » à Montmartre. En 1926, il héberge un peintre uruguayen Joaquim Torres-Garcia qui l'initie à l'art abstrait. En 1928, refusé au Salon d'automne, il organise une expo « Les 5 refusées » où il est remarqué par le critique André Salmon qui écrit un article prophétique : « Demain peut lui sourire. » En 1931, il participe à la fondation du groupe Abstraction-Création avec Arp, Gleize, Kupka etc. Et surtout il effectue un voyage de deux mois et demi en Union soviétique qui marquera un tournant décisif. Se dessine en lui l'idée d'un art qui parle au commun des hommes en montrant des objets de tous les jours… En 1932, sa façon de voir l'abstrait le conduit à intégrer dans ses tableaux la courbe et l'oblique. En 1933, à New-York, il devient l'éminence grise de la Gallery of Living Art. Il est reconnu comme étant le théoricien de cette même galerie. En 1934, il rencontre Raymond Queneau ; ils deviennent amis. En 1939, inexorablement, son œuvre va vers le figuratif, son œuvre abstraite touche à sa fin, il est conscient qu'il a été au bout de ce chemin et qu'il faut trouver une autre voie quitte à tout perdre. Au mois d'août de cette année, il se met au service du consul de France à Philadelphie en disant - et cette partie de sa vie est admirable : « J'aime mieux aller à la guerre et rester français que devenir citoyen américain, sans offense pour l'Amérique et bien que je puisse le devenir en novembre prochain. » En 1940, il est mobilisé en janvier et fait prisonnier en juin. En 1942, il s'évade et peut regagner la Virginie où il écrit le récit de son évasion : They shall not have me" traduit en : « Ils ne m'auront pas ! » Gros succès aux USA ; en France Libre, il entreprend une série de conférences sur ce sujet. De retour aux Etats-Unis, il expose jusqu'en 1946 dans la galerie new-yorkaise de Paul Rosenberg, mais, devant ses nouvelles toiles, le succès n'est plus au Rendez-vous. La critique se montre même franchement féroce à son encontre. En 1946, il retourne définitivement en France. On lui reproche d'avoir trahi la cause de l'abstraction en oubliant que Picasso avait trahi la cause du cubisme, Giacometti la cause du surréalisme, Malevitch le suprématisme…

Il continue son œuvre jusqu’en 1983 soit quatre ans avant sa mort. Une succession de rétrospectives à lieu de son vivant tant au Grand Palais à Paris, qu’à Munich ou au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris.

 

 

 

L'exposition Jean Hélion est présentée jusqu'au 7 mars 2005 au Musée national d'art moderne du Centre Beaubourg. Galerie 2, niveau 6.

www.centrepompidou.fr

Horaire : de 11h à 21h. Nocturne les jeudis jusqu'à 23h

Tarifs : 10 euros, tarif réduit : 7 euros

 

Michel Ostertag