Enfances parisiennes

Au Musée Carnavalet

 Ou

«Parcours photographique dans l’univers des mômes parisiens de la Belle Époque à 1970. 

Sommaire de la boîte à images

Une exposition temporaire a lieu en ce moment au musée Carnavalet sur le thème de l’enfance à Paris. Une soixantaine de photos montre des gamins dans leurs jeux, leur quotidien, dans les rues et les cours de Paris, au plus près de la réalité du moment. Entre les années communément appelées « la belle Époque » en épreuves gélatino-argentiques, jusqu’aux années 70, il nous est montré un visage de Paris que beaucoup de Parisiens ne peuvent pas avoir connu, tandis que d’autres, plus anciens ont du mal à se souvenir. Les murs sales, la pauvreté évidente, les quartiers « à la Zola, » cette tristesse si profonde sur les visages qu’elle vous touche, vous émeut… Pour exemple, une photo de Cartier-Bresson montrant un tout jeune garçon, en premier plan, portant deux énormes bouteilles de vin de chaque côté de la poitrine, la tête en arrière, l’air immensément fier d’aller porter ses bouteilles quelque part, peut-être à son père… La complicité entre le gamin et le photographe est criante de vérité. Cette photo si caractéristique d’une époque opère comme un « arrêt sur image » pour rester marquée dans les mémoires. Elle est d’un réalisme à vous couper le souffle. La photo date de 1952, elle a été prise rue Mouffetard. En voyant cette collection de photos, je me suis fait cette réflexion : en fait, cette époque ne pouvait être photographiée qu’en noir et blanc !

Cette autre admirable photo prise par Franck Horvat, aux jardins des Tuileries : un cortège nuptial montre une mariée, en robe blanche à traîne, précédée, entourée, suivie d’une nuée d’enfants, tous ont la mine radieuse… La photo en entier est dans le mouvement : le voile se soulève au vent, les enfants touchent à peine le sol… Elle a été publiée en 1961 dans la revue « Vogue. »

Cette série de photos montre plusieurs choses : d’abord, qu’à cette époque les enfants jouaient dans les rues de la capitale. Leurs terrains de jeux étaient le trottoir, les buttes des terrains vagues, ( ces endroits indéfinis existaient en abondance dans Paris, se rappeler le plateau Beaubourg où il a fallu attendre 1977 et la construction du Centre Pompidou pour le voir occupé) les cours des immeubles, les devantures de magasins, parmi les habitants, les passants, tous ces gosses faisaient partie de la vie du quartier.

Une autre chose est ici montrée : l’évolution de la prise de vue, la manière de prendre une photographie, la rapidité due à l’évolution technique du matériel offrent une autre dimension et aussi l’audace - pour l’époque - du plan rapproché qui permet de mieux voir les visages, lire les sentiments, entrer dans le décor. Un autre détail : entre les décennies, c’est la même grisaille des rues, des façades, à croire que Paris était enveloppé d’une sorte de « smog » noirâtre… On ne connaissait pas les ravalements, c’était avant Malraux…

Espérons que nos successeurs, en lisant nos photos d’aujourd’hui ne feront pas le même constat… ou un autre, tout aussi négatif.

J’exprime ici un souhait : que la visite de cette courte exposition vous donne l’occasion de découvrir ou re-découvrir le musée Carnavalet, dont les nombreuses salles sont gratuites toute l’année. Autant de richesses exposées méritent d’y consacrer quelques heures.

 

Musée Carnavalet au 23, rue de Sévigné Paris 75003. Métro Saint-Paul ou Chemin Vert. Ouvert tous les jours sauf le lundi et jours fériés de 10h à 18h. Toutes les salles sont gratuites. Les expositions temporaires (exception de « Jeunesses parisiennes ») sont payantes. Téléphone : 01 44 59 58 58.

Une librairie présente un grand nombre d’ouvrages et d’objets.

Internet : www.paris.fr/musees/musee_carnavalet/

L’expo se termine le 6 mars prochain. Dépêchez-vous !

 

Michel Ostertag