La boîte à images

Responsable de la rubrique : Michel ostertag

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Les artistes de Pharaon  
Expo Deir el-Médineh et la Vallée des Rois

au Musée du Louvre

 

      

L'occasion m'a été donnée de visiter l'exposition Deir el-Médineh, au Louvre, lundi dernier, jour de son inauguration.

       L'expo montre le fruit de plus d'un demi-siècle de fouilles  du site Deir el-Médineh  situé en Haute Égypte, à 725 km au sud du Caire, à proximité  des temples de Louqsor et Karnak.

Ce site présente la particularité d'avoir été un village d'artistes, d'artisans, de tailleurs de pierres destinés à travailler aux tombeaux des pharaons de la Vallées des Rois et de la Vallée des Reines. Ces gens étaient chargés de creuser et décorer les tombes royales. Ils faisaient partie d'une institution appelée "la Tombe" et ils avaient été choisis pour leur qualité et leur savoir-faire. Ils vivaient dans ce village, en communauté, à l'écart des autres agglomérations, de 1500 à 1050 avant J-C.

La communauté fut dissoute à la fin du Nouvel Empire quand les rois délaissèrent les nécropoles de la région.

Ce site doit son extraordinaire état de conservation à sa situation retirée, sous un soleil torride et une lumière éblouissante, loin des points d'eau recherchés par la population actuelle.

Voir photo du site aujourd'hui.

Cette exposition nous fait entrer dans la vie quotidienne de ces gens simples, elle nous montre leur labeur, leurs moments de loisirs, leurs peines aussi, leurs croyances, leur piété ainsi que leur imaginaire. L'impression ressentie  dès l'entrée est que cette population est proche de nous, bien qu'elle ait vécue il y a plus de trois mille ans !

Toute une série de photos conservées par les soins de IFAO, c'est à dire l'Institut français d'archéologie orientale, nous montre les différentes étapes de la résurrection du site. En 1886, la mise à jour de la tombe de Sennifer – tombe intacte – ouvrit une période de fouilles qui se terminera dans les années 50 et qui furent menées par des équipes françaises mais aussi italiennes et prussiennes. L'expo actuelle présente un millier d'objets.

Elle s'articule suivant quatre axes : vivre, créer, croire et mourir.

Vivre : Le village occupait 5600 m² et était entouré d'un mur d'enceinte. Il comprenait 68 maisons qui abritaient de 40 à 120 foyers. Les maison occupaient de 72 à 120 m². Une maquette au 1/20e présente le type d'une  de ces maisons. Les Égyptiens possédaient peu de meubles : pour ranger leurs vêtements, les objets de toilette et les parures (les Égyptiens consacraient beaucoup de temps à leur toilette), ils disposaient de paniers et de coffres aux formes variées. Pour dormir, en guise d'oreillers, ils avaient des chevets qui, en  rehaussant leur tête, les protégeaient des bêtes nuisibles. Ils se servaient d'une vaisselle en terre cuite décorée de formes géométriques ; des vases fermés contenaient des onguents, des poteries dites " cananéennes" importés de Chypre lesquelles renfermaient des huiles, des résines ou des parfums; de grandes amphores servaient à conserver du vin, de la bière et aussi des salaisons; des instruments de musique ont été retrouvés dans les tombes, comme des lyres et des sistres.

Créer :  Ces artisans de Deir el-Médineh avaient été recrutés pour creuser et décorer les tombes royales. Pour la plupart d'entre eux, c'étaient de simples carriers, mais il y avait aussi des sculpteurs, des dessinateurs, des peintres, des scribes, des chefs d'équipe. Très vite leur fonction devint héréditaire. Des documents nous montrent la gestion des chantiers, les premières grèves, les conflits, les absences et les motifs de celles-ci.

Croire : Chose curieuse : ici, la communauté semblait préférer les dieux secondaires aux dieux habituels, ceux qui étaient vénérés dans les grandes agglomérations. D'abord, le roi Aménophis 1er et sa mère Néfertari (dont de remarquables statuettes en bois nous sont montrées) qu'ils considéraient comme les saints patrons du village, mais surtout, ils avaient le culte de l'oreille, qu'ils sculptaient en léger relief en trois dimensions sur des stèles, en pierre, mais aussi en bois ou en faïence et qu'ils disposaient au pied des sanctuaires. Le but était d'augmenter la capacité d'écoute des divinités et ainsi de faciliter la liaison entre le dieu et l'officiant, sans intermédiaire. Ces gens nous montrent qu'ils avaient une certaine ouverture d'esprit en adorant des divinités étrangères comme par exemple un dieu syro-palestinien.

Mourir : pendant leurs temps libres, les artisans de Deir el-Médineh s'occupaient à bâtir leurs propres sépultures, souvent à quelques dizaines de mètres de leur domicile, à tailler les pierres, à assembler les  meubles dont ils auront besoin à leur survie dans l'au-delà. Les enfants étaient ensevelis au bas de la colline, les adolescents au milieu et les adultes dans la partie supérieure. Ces tombes ont été retrouvées intactes avec leurs meubles. Un détail : ces meubles présentaient des traces d'usure, ce qui signifierait qu'ils faisaient partie de leur vie quotidienne avant d'être placés dans les tombeaux au moment du décès. Parmi les tombeaux de famille retrouvés, 53 d'entre eux présentant des peintures aux couleurs chatoyantes étaient dans un état de conservation tout à fait remarquable. Les tombeaux se composaient d'un caveau et d'une chapelle surmontée d'une pyramide coiffée d'un pyramidion (comme celui de l'obélisque de la place de la Concorde, à Paris, mais en calcaire ou en grès).

Un film d'une durée de 13 mn est projeté dans une salle et nous montre avec des vues aériennes saisissantes l'ensemble de la région étudiée.

L'expo se termine par la reconstitution grandeur nature du caveau de Sennedjem, découvert en 1886 par Gaston Maspéro, magnifiquement décoré en peinture polychrome.

 

L'expo mérite qu'on y passe du temps de façon à bien s'imprégner de cette atmosphère, de détailler tous ces objets présentés avec soin et accompagnés de  petites fiches explicatives et je dois vous avouer que, comme moi, vous quitterez l'exposition avec regret, j'en suis sûr!

 

L'expo est ouverte du 19 avril au 22 juillet 2002, tous les jours sauf mardi, de 9h à 17h30 et jusqu'à 21h30 le lundi et le mercredi. Elle est située au musée du Louvre, hall Napoléon, entrée par la pyramide.

Prix de l'expo seule : 5,50€                                                                Bonne visite !

Michel Ostertag