À l'Institut du Monde Arabe,

Chevaux et Cavaliers Arabes

dans les arts d'Orient et d'Occident

Sommaire de la boîte à images

 

Pour cette exposition, l'Institut du Monde Arabe a réuni tableaux, miniatures, objets divers tournant autour du cheval. Objets qui étaient disséminés à travers le monde entier et rassemblés ici afin de montrer les origines du cheval d'Orient et la civilisation guerrière qui en a découlé. Cette civilisation avait pour centre le cheval Arabe, véritable machine de guerre, celui qui donne le pouvoir et devient source d'inspiration pour les artistes.

Le cheval Arabe est très vif, endurant, de petite taille, d'allure fine et élégante, la queue portée haut. C'est une variété du cheval d'Orient qui lui-même prend ses racines dans trois civilisations distinctes : la civilisation des steppes, des mongols et des turques ; la civilisation de l'Iran antique et une troisième civilisation, celle des Bédouins, des nomades du désert.

Ce type de cheval connaîtra son apogée, grâce aux Mamelouks, dans la période XIVe, XVe siècle. Les Mamelouks étaient d'anciens esclaves militaires turcs  qui avaient pris le pouvoir en Égypte. L'entraînement qu'ils subissaient en faisait de terribles soldats de la guerre à cheval et c'est ceux-là que dû affronter Bonaparte au moment de sa campagne d'Égypte.

La première confrontation entre les armés de l'Europe et celles musulmanes remonte à l'époque des croisades. Les chevaliers occidentaux montent des chevaux lourds, caparaçonnés efficacement et chargent lances en avant, tandis que les cavaliers musulmans, vont et repartent en tirant des flèches, tout cela au grand galop, ce qui donne simultanément une impression de tourbillon et de retraite, quand, en fait, les charges se répéteront sans cesse jusqu'à la victoire ou la défaite. Ce qui fait dire aux Croisés que les Sarrasins sont des couards et qu'ils n'osent pas l'affrontement suivant les règles établies.

C'est au début du XVIe siècle, au moment où apparaissent les premières armes à feu, que ces influences orientales pénètrent jusqu'à nous, tant du côté espagnol (après la Reconquête) que du côté de l'Empire ottoman quand celui-ci ayant retenu l'exemple mamelouke et  turque, dans un élan de conquête ira jusqu'à envahir Vienne. Alors, l'Occident prend la réelle mesure de la cavalerie légère ainsi formée, en appui à l'artillerie mais aussi à la cavalerie lourde. L'Occident voit en elle un moyen sûr de déstabiliser l'ennemi, de le poursuivre par des mouvements d'encerclements. Parallèlement à ce nouvel art de la guerre naissent, en Italie, des Académies équestres. Une demande se fait jour de chevaux légers, rapides, vivaces. On se prend à rêver à ce type de cheval que l'Occident ne possède pas, alors on le fait venir des pays arabes. L'Angleterre est le premier pays qui importe quelques étalons orientaux afin d'améliorer sa propre race. 

Aujourd'hui, cette race est devenue le pur-sang anglais, roi des hippodromes, croisement d'étalons orientaux et de juments anglaises ; quant à nous, nous avons le "pur-sang français" appelé anglo-arabe.

Au VIIIe siècle, à Bagdad naît, à la cour du calife, un traité sur le cheval qui renferme la totalité des connaissances tant théoriques que pratiques, c'est-à-dire tout ce qui touche l'hippologie ou la science du cheval ; l'hippiatrie ou la médecine des chevaux, art de connaître et de traiter leurs maladies, le dressage, l'élevage. Au XIVe siècle, au temps des mamelouks, on adjoint à ce traité les pratiques les plus pointues pour dresser le cheval au combat. Dans ces traités, appelés Furusiyya on apprend comment soigner un cheval qui a mal à l'œil, par exemple, mais aussi, comment les premiers cavaliers dans un carrousel doivent dessiner telle figure en faisant tant de pas tandis que les autres cavaliers doivent en faire un nombre différent dans d'autres figures. Toutes ces données sont consignées dans d'admirables livres, syriens ou égyptiens, illustrés de nombreux dessins enluminés de couleurs vives.

À l'origine, avant que les Arabes se soient appropriés le cheval, dans les peuples des steppes, toute la population montait à cheval, sans distinction de rang social, de sexe ou d'âge. Le cheval était un bien commun. Au VIe siècle, le monde arabe s'approprie le cheval. L'État s'affirme dans une noblesse et une caste militaire voit le jour. Grâce au cheval, la classe dirigeante s'empare du pouvoir et fera tout pour le garder. Par exemple, la caste des mamelouks en se soumettant à un entraînement intensif atteint la perfection dans l'art de la cavalerie légère. Parallèlement, l'art des manèges, des sports comme le polo, la chasse à courre,  coupent ceux qui pratiquent ces exercices de la masse du peuple qui ne possède que des chevaux rudimentaires. À cela, il faut ajouter le "décorum" comme la selle, l'étrier, le harnachement, dans une volonté de magnifier le cheval au point de lui donner une place d'honneur dans les miniatures, la poésie, la littérature.  On touche ici à l'aristocratie, au panache…Le Prophète le protège, le sublimise : "Hormis les femmes, le Prophète n'aimait rien au monde plus que les chevaux" dit-on. On lui attribue toutes les vertus, des qualités de courage, de puissance. Le Prophète  interdit qu'on mange sa viande (sauf nécessité), qu'on lui coupe la queue, pas davantage qu'on lui rase le toupet ou la crinière pour ne pas l'humilier, dit-il. Suivant la tradition musulmane, le Prophète a été transporté en une nuit de La Mecque à Jérusalem où il est monté au ciel sur le cheval al-Buracq, cheval ailé à la tête de femme.

La campagne d'Égypte de Bonaparte, en 1798, et la prise d'Alger en 1830 ont créé une véritable fascination pour l'Orient. Pensons au voyage de Delacroix au Maroc et en Algérie en 1832, pensons également au voyage de Chassériau en 1846 en Algérie et l'on peut deviner quel fut l'engouement des intellectuels français de cette époque pour tout ce qui touchait à l'Orient…D'autres artistes, comme Victor Hugo avec son recueil de poésies Les Orientales, Chateaubriand avec son Voyage de Paris à Jérusalem et surtout Mazeppa de lord Byron mettent en scène un cheval fougueux, lui donne le centre même de l'œuvre, le sublimise en quelque sorte.

Les romantiques vont jusqu'à comparer le cheval arabe à une femme, fardée, embellie, parée de toutes les vertus et possédant en plus la vitesse, le mouvement. Ce n'est plus un cheval vrai, il devient comme une abstraction, un fantasme qui fascine et qui fait peur tout à la fois.

 

Le film de l'exposition est d'une grande beauté, il nous montre les haras, la préparation d'une fantasia, les règles à observer, l'ordonnancement et le déroulement de celle-ci. À voir absolument !

 

L'expo a lieu jusqu'au 30 mars 2003.

Entrée au 1, rue des Fossés-Saint-Bernard. Paris Ve.

Ouvert tous les jours de 10h à 18h, sauf les lundis.

Entrée 8€.

 

Quelques mots sur l'IMA

L'Institut du Monde Arabe a été créé en 1974 par la France et 19 pays arabes afin de créer une institution culturelle  qu'ils géreront en commun. En 1980, l'acte est signé et en 1987 le bâtiment est terminé. Lieu unique dû à un collectif d'architectes dont le plus connu est Jean Nouvel. L'architecture se veut une synthèse entre une double conception inspirée de l'Orient et de l'Occident, bien que l'ensemble utilise verre et aluminium dans la tradition architecturale actuelle. La part orientale est donnée, sur la façade, par les 240 moucharabiehs dont le mécanisme se déclenche électroniquement afin de garantir à l'intérieur du bâtiment la lumière exacte qu'il est souhaitable. De même, la ryad ou cour intérieure ; le ziggourat de la tour des livres, sont autant d'éléments qui donnent à ce musée sa raison d'être.

 

Je vous souhaite une bonne visite.

 

 

Sources

Pour écrire ce texte, en plus de mes notes, j'ai utilisé le document du Figaro Scope intitulé "Chevaux et cavaliers Arabes" offert à l'entrée de l'exposition.