MONUM EN EAU à l’Abbaye de Beaulieu-en-Rouergue

Du 2 mai au 18 septembre 2005

Une installation éphémère de miroirs d’eau


Sommaire de la boîte à images

Durant l’été 2005, trois installations de miroirs d’eau se sont succédées, d’abord dans l’enceinte des châteaux de Castelnau-Bretenoux et de Cadillac
puis dans l’abbaye de Beaulieu-en-Rouergue. C’est dans ce dernier lieu que j’ai eu l’occasion d’admirer cette exposition si particulière et si belle par son originalité et la force de sa conception. De quoi s’agit-il ?

Imaginez la nef d’une abbaye cistercienne du XIIe siècle dans laquelle on aurait disposé en forme d’une croix monumentale de 20 m de large et de 45 m de long plus de cent cinquante miroirs (exactement 186). Ces miroirs étant en fait des bassins carrés en fer noir de 1,5 m de côté avec un rebord d’une hauteur de quelques centimètres, lesquels récipients ont été remplis d’eau et placés les uns à-côté des autres pour former cette croix immense…
Reflets, effets d’optique, ces bassins, telles des psychés contemporaines disposées sur le sol dans ce monument, se joueront de la lumière tout au long de la journée, de l’environnement, des couleurs et de l’architecture. L’eau devient ici le révélateur d’un détail habituellement imperceptible de l’architecture plusieurs fois centenaire dans une série d’images poétiques pour offrir aux visiteurs une vision inédite du patrimoine architectural.

« Monum en eau » permet au patrimoine de se contempler dans ces « miroirs-d’eau »  pour offrir un spectacle permanent entre pierre, lumière et images virtuelles. Cette scénographie donne aussitôt à ce lieu religieux une vibration insoupçonnée. Le fait de voir le moindre détail d’architecture inscrit tout en haut de l’édifice projeté à ses pieds à la surface d’un plan d’eau est quelque chose de fascinant. Et le simple fait de bouger, de changer d’angle de vue permet de cerner à la surface de l’eau telle rosace ou tels vitraux sous différents aspects, les faire se déplacer d’un miroir à un autre, lui donner vie… Quelle merveille !

Conjuguant le savoir-faire du plasticien et de l’architecte, cette manifestation a été conçue et créée par le collectif « Traces ».

Couvrant la totalité du sol de l'église abbatiale et visible également de l'extérieur, cette installation reflète et souligne l'architecture. Elle représente une surface d'environ 330 m² posée au sol, la face tournée vers le monument.

 

Qu’est-ce le collectif Traces ?

Le collectif Traces a été créé en mai 2000 par Julien Choppin (architecte), Pieter Dijkstra (plasticien-ébéniste) et Stéphane Warot (coordonnateur) dans le but de valoriser l'architecture, l'environnement et les arts décoratifs par la mise en place de projets ludiques, festifs et artistiques.

Monum en eau découle d'un premier travail sur le miroir d'eau modulable, C'est tout réfléchi, réalisé en 1998 au château d'Assier dans le Lot-et-Garonne. Grâce au succès que cette manifestation a remporté auprès du public, Traces a pu développer le concept de l'installation éphémère de bassins réutilisables notamment au musée Henri-martin à Cahors, dans le cadre du festival de Querbes ou du festival des jardins de Chaumont-sur-Loire.

Félicitons la conception et la réalisation d’une telle exposition. Par son originalité, elle donne à voir le monument sous un aspect totalement différent ; une mise en relief inattendue offerte par cette conjugaison de l’art contemporain au service d’une  architecture religieuse.

 

 

L'abbaye de Beaulieu-en-Rouergue

 

L'abbaye cistercienne de Beaulieu a été fondée en 1144 par l'évêque de Rodez. Prospère pendant des siècles, elle connut une vie paisible. Toutefois, les troubles dus à la croisade des Albigeois ; ceux de la guerre de Cent ans; des guerres de Religion ébranlèrent cette sérénité. Puis, au fil des siècles, le relâchement de la discipline du monastère entraîna son déclin progressif.    L'abbaye fut vendue comme bien national à la Révolution. Par miracle, elle échappa à la destruction. Au XIXe siècle, elle fut démantelée et transformée en exploitation agricole.  En 1963, une famille racheta l'édifice, le restaura (aidée par l'État) par d'importants travaux. En 1973, elle en fit don au Centre des monuments nationaux. L'abbaye fut dotée alors d'un centre d'art contemporain.

Cette abbaye est le plus bel exemple d'art gothique par sa nef unique, sa coupole octogonale, ses hautes baies et ses rosaces.

 

 

Michel Ostertag