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"Chat" avec
Marie Mélisou
le vendredi 17 ocotbre 2003
de 20h30 à 22h30

Anita > Bonsoir Marie, je suis contente de pouvoir
te "parler"
Marie Mélisou >
Merci de cette invitation sur écrits vains, je suis ravie d'être
là ce soir
Anita > Il y a une question "bateau" sans doute que
j'aimerais te poser marie... y a-t-il une grande différence entre
écrire pour les jeunes ou les enfants et écrire pour des
adultes ?
Deborah > Bonsoir à tous et toutes. Marie, pourquoi des
livres pour enfants ?
Marie Mélisou >
J'ai passé la semaine dans des écoles, des CM2, pour Lire
en Fête. Rencontres chouettes ou décevantes, il y a de tout
dans les rencontres... Anita, oui il y a de grandes différences.
Pour les enfants, il faut se mettre à leur hauteur ; hauteur des
émotions. On peut difficilement (ou avec art) leur faire partager
toutes les émotions s'ils ne les ont pas vécues. Déborah,
des livres pour enfants
pas seulement, mais de préférence
parce qu'il y a eut une rencontre au départ (dans ma trajectoire),
parce qu'il y a beaucoup de plaisir pendant l'écriture, un feeling
certain et beaucoup d'autres rencontres en aval (avec les enfants, ce
que j'adore)
Lisa > Marie, combien de temps on prend pour écrire
un livre?
Marie Mélisou >
Lisa, pour écrire un livre, le temps est très variable...
de quelques jours à plusieurs semaines mais si écrire est
rapide, REECRIRE (soit la relecture et travailler longuement le texte
comme en cuisine on travaille la pâte d'un gâteau
) peut
être très longue.
Lisa > Combien de livres as-tu écrit?
Marie Mélisou >
Lisa, j'ai publié une dizaine de livres, j'attends la sortie de
deux autres mais j'ai écrit beaucoup plus de textes... qui sont
en attente chez les éditeurs ou refusés
Anita > Quel type d'exigences ont les éditeur
"jeunesse" ?
Marie Mélisou >
leurs exigences changent régulièrement avec les objectifs
des collections qui changent très vite
Anita > Y a-t-il des thèmes qui sont plus "vendeurs"
comme le fantastique ou le merveilleux depuis la vogue Harry Potter ?
Marie Mélisou
> On ne l'a pas attendue pour lire du fantastique
Anita > Je ne dis pas qu'elle l'a inventé mais
depuis on a l'impression qu'un livre pour enfant sur deux doit entrer
dans ce moule ! Est-ce que tu ressens cela en tant qu'auteur ?
Marie Mélisou >
Oui et non... On est nombreux à continuer d'écrire librement,
sans se préoccuper du moule... Il y a différentes collections
chez des petits ou grands éditeur qui ne cherchent pas forcément
"ce" moule. Mais oui, tu as raison, Harry a ouvert une porte
qui est devenue une brèche.
Juliette > Marie, as-tu une "discipline" pour écrire
? par exemple, te dis-tu "de telle heure à telle heure, écriture"
?
Marie Mélisou >
J'essaie d'avoir une discipline. mais comme tous les métiers qu'on
manage librement, chez soi, c'est très difficile de s'y tenir !
J'écris tous les matins, et maintenant l'après-midi. Quand
je ne suis pas dans les écoles. Ni en train de faire autre chose
Juliette > Peut-être aussi y a-t-il des moments
où tu es plus inspirée et peux écrire facilement,
et d'autres ou la feuille reste blanche ?
Marie Mélisou >
Non, ma page ne reste jamais blanche... Un vrai robinet ouvert, cette
fille ! Je ne dis as que la qualité est au rendez-vous tous les
matins, mais j'écris
Juliette > C'est une bonne chose, pour la page jamais
blanche, donc toujours pleine de couleur ! :-) d'où t'es venue
l'idée d'écrire "Rêves étranges au roucas
blanc" ?
Marie Mélisou >
Rêves étranges, est compliqué... Je voulais parler
d'une petite fille qui avait des problèmes avec le monde des adultes
mais j'ai eu du mal en pensant à qui allait me lire (certains proches).
Car je voulais parler de moi enfant.
Juliette > J'espère qu'on pourra en parler un
jour de "rêves étranges"... c'est une fille que
tu connaissais, ou tu voulais illustrer une idée sur le problème
entre le monde des adultes et celui de l'enfance ?
Marie Mélisou >
Réponse écrite, moitié fiction, moitié moi...
Lisa > Est ce que le livre "Rêves étranges
au roucas blanc" raconte l'histoire de toi petite?
Marie Mélisou >
A un tout petit peu de moi, un peu de Rémy, un peu de Joanie et
un peu d'enfant inventée...
Anita > Est-ce qu'il y a aussi un peu de l'enfant que
tu aurais rêvé d'être ?
Marie Mélisou >
Anita, ah non, pas pour cette petite fille... Car il y a une part de moi
que je n'aimais pas.
Lisa > Est ce que c'est dur d'écrire?
Marie Mélisou >
Lisa, écrire est dur ou pas, selon les moments. Un texte difficile
(long, ou compliqué dans les émotions, dans le récit,
peut être dur à écrire
Juliette > Je préfère écouter ce soir
car je vois que Lisa a des questions à poser. Lisa as-tu lu des
livres de Marie ?
Lisa > J'ai commencé à lire "La maîtresse
verte en pyjama. J'ai aussi lu à Charlyne "Joanie et l'avion
qui vole".
Juliette > J'ai pas lu "Joanie et l'avion qui vole"
!! je me rattraperai :-) marie, tu dois avoir plein de livres en réserve
?
Marie Mélisou >
Plein non, plusieurs oui
Anita > En ce qui me concerne j'ai hâte de pouvoir
offrir à ma fille "Le monstre qui dévore le temps"
qui doit paraître l'an prochain chez Lito
Lisa > Est ce que écrire dégage des sentiments?
Marie Mélisou >
La réponse est oui. Ecrire aide à franchir un tas de cap.
Ecrire aide à y voir lus clair. Ecrire procure du plaisir, donc
aide à aller bien/mieux (par contre on peut aller mal ou rager
en n'arrivant à transcrire ce qu'on a dans la tête
Un réalisateur de films tourne des mots en images, les écrivains
font un peu l'inverse : on met en mots les images qu'on a en tête).
Anita > Tous les poèmes que j'ai lu de toi s'adressaient
surtout à un lectorat adulte as-tu déjà écrit
de la poésie à destination des enfants aussi
Marie Mélisou
> Etrangement, chaque sorte de récit semble s'adresser à
des lecteurs différents... c'est très étrange. Il
m'est carrément impossible d'écrire des nouvelles gaies.
Elles sont forcément noires Je sais que ce n'est pas le cas d'autres
écrivains
Anita > et pour la poésie ?
Marie Mélisou >
J'ai très peu de poèmes écrits vraiment pour les
enfants
Anita > pour la nouvelle je te comprends : son côté
condensé dramatise forcément le récit.. j'ai rarement
lu de bonnes nouvelles gaies.
Marie Mélisou >
Chaque fois je j'ai un recueil, aucun éditeur ne m'en donne des
retours ! ça doit être hyper nul
Anita > Moi j'aimerais en lire quelques unes à
l'occasion et on en parlera par mail... c'est plus facile ! pour tes livres
en effet, j'ai vu que beaucoup étaient classée dans la catégorie
"humour, comédie". Est-ce qu'à un type de texte
(poésie, roman, nouvelle) correspond un état d'esprit en
quelque sorte ?
Marie Mélisou
> Anita, c'est le pur hasard
J'ai davantage
de textes " d'atmosphères " (qui n'ont pas la côte
chez les éditeurs !) ; des textes tristes aussi, même noirs,
ils restent dans mes tiroirs. Le hasard a voulu que ce soit mes textes
d'humour qui plaisent d'abord, puis un d'amour, suivi d'un polar.
Juliette > Donc, c'est surtout les livres qui sont vraiment
écrits pour les enfants, et qui peuvent être très
drôles, pas tristes. même si parfois ils traitent de sujet
graves, importants. d'où te viens le goût des mots-valises,
des mots que tu assembles ?
Marie Mélisou >
Ce goût vient aussi qu'on parle aux enfants de leurs centres d'intérêts.
Si à l'école des enfants de 7 ans étudient les mots
valises, ça peut être amusant de leur parler de mots valises
dans un texte d'humour, pour qu'ils retrouvent in situ ce qu'ils connaissant...
Et les mots que j'assemble (qui jouent entre eux) viennent plutôt
de mes lectures et de mon écriture poétique.
Juliette > Tu essaies, dans les romans, de retrouver
tes yeux d'enfant, de parler à l'enfant qui vit en toi ? pour que
le langage de cet enfant en toi soit accessible à tous les autres
enfants ?
Anita > Faut-il vraiment faire appel à l'enfant qui est
(ou n'est plus) en nous pour écrire pour les enfants ?
Marie Mélisou >
Non bien sûr, pas besoin de faire appel à l'enfant qu'on
était...
Juliette > Je pose la question, parce que comme Anita le disait
et toi, quand tu écris des nouvelles et poèmes, c'est surtout
pour les adultes, alors que ça peut parler de l'enfance aussi,
souvent, mais le langage est différent. et dans le roman, le langage
devient autre, plus accessible aux enfants. sais-tu pourquoi ?
Marie Mélisou
> Non, je ne vois pas mon écriture tout
à fait ainsi
Je crois que : a) les thèmes abordés
en adéquation avec l'histoire définissent le format (nouvelle
ou roman). b) Que le langage peut me surprendre au fil de l'écriture,
un récit que je croyais écrire pour tel âge peut finir
pour une toute autre tranche d'âge. Mystère des mots et des
idées
c) que ce que je donne à lire n'est qu'une partie
de mon travail. Dans mes fichiers informatique, j'ai aussi deux romans
" pour adultes " finis que je n'ai pas envie de proposer actuellement.
Et plusieurs en route. Un langage adulte sur une longueur roman
Anita > Oui Juliette, cette question de langage est centrale
je crois en effet la langue poétique (dans ma modeste pratique
en tout cas) est à des kilomètre de la langue prosaïque
(je parle de nouvelle, le roman dépasse mes limites).
Juliette > Donc je te demandais si tu savais pourquoi le langage
dans tes romans est plus accessible aux enfants, alors que quand tu écris
des nouvelles et poèmes, tu parles aussi de l'enfance, mais différemment
? t'adresses-tu à chaque fois à quelqu'un quand tu écris
?
Marie Mélisou >
Non ; rien n'est systématique. Et comme je suis dans des fictions,
il peut y avoir des choses très difficile à démêler
dans mes récits (le vrai, l'imaginaire, le pillé-entendu
auprès d'enfants
)
Nath > Marie, quand tu écris des livres destinés
aux enfants, est-ce que tu écris aussi vers ta propre enfance ?
Est-ce qu'il existe une part "d'exorcisation" , ou de mémoire
genre "madeleine de Proust" ?
Marie Mélisou
> Un petit peu, mais alors une très, très,
petite part.
Lisa > Est ce que tu écris souvent?
Marie Mélisou >
Lisa, j'écris presque tous les jours. Sauf lorsque je passe plusieurs
jours à lire mes collègues. Car je lis beaucoup...
Lisa > Peux-tu écrire en public ou faut-il que tu sois
seule?
Marie Mélisou >
Lisa, c'est une bonne question ! J'ai du mal à écrire avec
une foule à côté. Être seule chez moi est bien
plus facile !
Lisa > Moi, je suis comme toi. Il faut que je sois seule
pour écrire.
Marie Mélisou >
Lisa, à l'école c'était déjà pareil
pour moi. J'avais envie de cacher avec mon bras ce que j'écrivais...
Il n'empêche que maintenant je le donne à lire à tout
le monde ! C'est bizarre !
Anita > Pour revenir sur ce que disait Lisa, je trouve
aussi qu'il y a une différence entre le moment où on écrit
et où on est en quelque sorte tout nu, vulnérable et le
moment où l'on donne à lire un travail accompli, tu ne trouves
pas ?
Marie Mélisou >
Oui. Je crois que deux paramètres entre en cause : d'un, il s'écoule
beaucoup de temps entre le moment où le texte naît et celui
où il paraît (je parle du monde de l'édition papier,
car évidemment Internet a changé radicalement ce paramètre
lorsqu'on donne à lire aux autres des lignes fraîches de
la nuit ou du matin
souvent tellement trop vite, sans retravail,
sans relecture sérieuse). Deux, nous lisons, relisons, travaillons,
retravaillons tellement nos textes qu'à force... on s'en détache,
ils deviennent eux, objet tant épluché, qu'une distance
est là
Anita > As-tu déjà essayé d'écrire
avec des enfants, comme dans des ateliers par exemple
Marie Mélisou >
oui j'ai déjà écrit avec des enfants. Soit en classe,
nouvelles, roman policier, soit par Internet, soit en classes transplantées
d'écriture
Anita > Et le résultat était-il satisfaisant
de ton point de vue d'auteur ? as-tu infléchi ta façon d'écrire
au cours de l'exercice ?
Marie Mélisou >
Anita, le résultat laisse à désirer, à cause
du temps imparti, à cause des contraintes... Pour ma façon
d'écrire, oui, je me mets en retrait, ou me laisse plus deviner
selon ce qui se passe C'est une histoire de rencontre, d'émulation,
d'humeurs et de mots qui se retrouvent ou non
Juliette > Parfois peut-on écrire avec une couleur
préférée, par exemple Lisa, peux-tu écrire
en rouge ou en rose ou vert ou en arc en ciel ou nuage selon les humeurs
? Marie, écris-tu vers quelqu'un en particuliers dans une nouvelle,
un poème, un roman, ou écris-tu pour faire ressortir un
sentiment particulier, ou plusieurs, ou pour développer une idée
? en fait, quand on écrit, on s'adresse à quelqu'un, mais
le distingue-t-on ? ou est-ce quelqu'un d'imprécis ? parce qu'on
peut penser à quelqu'un et d'autres enfants qui te liront se diront
"c'est écrit pour moi ce livre" ? comment est-ce possible
de faire passer ces sentiments, messages et que ça parle à
quelqu'un qu'on n'a jamais connu ? ma question est confuse, je suis désolée
!
Marie Mélisou >Juliette,
que de profusions ! ça va être une réponse de "Normand"...
Il m'arrive d'écrire pour ou contre quelqu'un. Pour ou contre une
idée. Pour ou contre une raison. Quelquefois on "le"
distingue. Quelquefois "il" existe dès l'idée,
avant que le roman naisse, mais d'autres fois "il" se précise
au fil des pages. Je crois même que le "destinataire"
supposé de l'écrit ( seulement imaginé dans l'esprit
de l'auteur) peu changer durant l'écriture d'un texte (ça
m'est arrivé plusieurs fois
j'avais l'impression que mon
personnage changeait d'humeur en changeant de jour d'écriture !).
Juliette > Tu as toujours tes petits carnets où tu
croques des idées, des notes et des mots ?
Marie Mélisou
> Oui, oui ! J'en ai toujours un sur moi, partout
où je suis : écoles, ville, cinéma, amis, lit ! Partout
! En moment : un carnet à spirales, noir, comportant la phrase
de Ben (très vingt-douzième degrés) " j'écris
pour la gloire " !
Juliette > Quand tu rencontres tes lecteurs, te dis-tu parfois
que le destinataire aurait vraiment pu être lui ? parfois le quelqu'un
qui se dessine ou non peut-il s'incarner vraiment ensuite, dans une rencontre
réelle ? l'écrivain attend-il cela ?
Marie Mélisou >
Ca arrive que des lecteurs disent que l'histoire c'est pile eux. C'est
toujours extrêmement troublant. Il y a quelques semaines, j'ai dédicacé
Tremblements de coeurs (qui se passe à moitié à Aix
en Provence, à moitié à Toulouse à un jeune
garçon qui quittait avec tristesse Toulouse pour aller vivre à
Aix. Il était persuadé que l'histoire était pour
lui :))
Juliette > :-) C'est joli la rencontre !
Anita > Mais ailleurs est-ce que tes récits te permettent
de te réinventer comme enfant ?
Marie Mélisou >
Anita, tu me fais m'interroger... car je n'y avais jamais pensé
ainsi. Non, j'invente des enfants en papier pour être entourée
d'une multitude d'enfants... mais pas moi. Ceux qui me manquent, ceux
que je n'aurais pas/plus. Ceux à qui je m'adresse. Ceux que j'ai
encontrés. Ceux que je vais rencontrer un jour...
Nath > (de réinventer ou d'exorciser ?)
Marie Mélisou >
Un peu, dans mon cas, exorciser, oui pourquoi pas...
Anita > "Exorciser" est peut être un
mot trop violent... dans mon expérience je dirais plutôt
"à préserver" : raconter crée aussi de
la vie... même de la vie rêvée, inventée
Marie Mélisou >
Oui, merci Anita, c'est violent. Ca voudrait dire que j'ai eu une enfance
à faire pleurer dans les chaumières, ce n'est pas le cas
!
Nath > Ce qui est frappant à côtoyer Marie,
c'est l'extraordinaire force qu'elle met dans sa fragilité, et
l'extraordinaire fragilité qu'elle garde toujours dans sa force
c'est assez hallucinant, et difficile à décrire ...
Marie Mélisou >
Merci Nath.
Juliette > Concernant l'enfant réinventé,
ne serait-ce pas plutôt une enfant qui se dessinerait au fur et
à mesure des romans ? un enfant qui peut exister ou ne pas exister,
ne plus exister, et qu'on fait revivre au travers plusieurs enfants de
papiers, ou enfants réels, ou de situations qui ont existé.
cet enfant est pourtant toujours différent dans les romans. peut-être
exorcises-tu des sentiments et des couleurs tristes pour égayer
l'âme, pour redonner couleur à la vie et aux enfants, à
l'enfant ? j'ai lu ta biographie dans le site, Marie qui m'a touchée...
Marie Mélisou >
Je crois que tous les cas de figures sont possibles, pour ces enfants
de papier. Je crois qu'un même roman peut avoir plusieurs destinataires
(on a parlait précédemment) mais aussi mélanger plusieurs
situations.
Juliette > Ce qui est frappant est que tu donnes des
couleurs très vivantes à ces enfants dans livres, comme
si l'âme était un arc-en-ciel, et les enfants semblent réels,
nous parler au dedans. le livre vient cueillir quelque chose en nous.
merci pour ça.
Marie Mélisou
> Pour raconter une histoire qui touche, un entrefilet dans un hebdo
peut suffire à déclencher des mots très touchants
pas besoin d'être impliqué
Juliette > Donc on peut mettre ses sentiments et se
mettre à distance lors de l'écriture, c'est ce que tu veux
dire ?
Marie Mélisou >Merci.
Je crois que si un enfant mesure 1, 20 m, je mesure aussi 1, 20. Ce n'est
pas "de ma faute"? C'est malgré moi. C'est une chance.
Je ne sais pas d'où ça vient
Anita > L'émotion est, je crois, une chose très
facile à rendre par écrit. Il me paraît plus difficile
de rester dans la suggestion, pour que l'émotion naisse chez le
lecteur et ne soit pas dictée, imposée par l'auteur. C'est
ce que je trouve particulièrement difficile chez les auteurs pour
enfants ou pour jeunes : cette frontière invisible entre le pathos
et la justesse.
Marie Mélisou >
C'est très vrai, ce que tu dis, Anita. Suggérer peut être
plus ardu à écrire que décrire (en imposant comme
tu le dis, Anita). Comme au cinéma, suggérer l'amour par
exemple. Il y a peu de temps j'ai écrit une longue scène
(dans un roman jeunesse), l'héroïne se fait embêter
par un garçon trop insistant. Je voulais aller assez loin dans
la description, les gestes, les sentiments, les émotions dans la
tête de l'héroïne, mais surtout ne pas devenir envahissante
ou lourde. Ce n'était pas facile.
Anita > Pour revenir au roman justement, comment bâtis
tu ton récit ? Certains auteurs commencent par faire un plan ou
au contraire écrivent la dernière phrase ou partent de personnages
? Quelle est ta façon de procéder et t'en tiens-tu à
une seule (façon de faire) ?
Marie Mélisou >
Avant j'avançais au feeling ni synopsis, ni plan mais maintenant,
de plus en plus, je bâtis. une façon comme une autre d'essayer
d'être un peu plus "pro" qu'avant. C'est à dire
que moins de textes (tapuscrits) restent dans mes tiroirs !
Anita > "Bâti / feeling", tu le ressens
donc comme un progrès (ce que je pense aussi) alors que d'autres
déploreraient la perte de spontanéité. Penses-tu
que tes récits en sont plus aboutis ?
Marie Mélisou >
Rien à déplorer, car je dirais que ce sont des " petits
accommodements " entre plus de " métier " et toujours
cet " abandon-spontanéité " (très important
à mon avis, et qui perdure naturellement, en écriture jeunesse).
Mais est-ce plus facile de bien doser des mots écrits noirs sur
blanc, qui seront figés... alors que les paroles volent, peuvent
avoir des ajouts, des explications...
Anita > C'est pourquoi l'écrit nécessite
une relecture, un travail
Marie Mélisou >
Oui, je suis tout le temps en train d'apprendre, en mutation. Je crois
que mon écriture progresse, oui. J'écris plus facilement
qu'avant. plus vite. Moins besoin de corrections. quand je vais dans les
classes j'insiste toujours sur cet aspect de retravail, de relecture.
Ecrire est si facile. Ecrire bien ou mal. Mais réécrire,
là est le plus grand travail.
Anita > Et les élèves sont-ils réceptifs
à cette notion de travail sur un texte (je sais qu'à l'époque
me faire couper ou changer un mot dans mes "oeuvres" me semblait
relever de l'automutilation)
Marie Mélisou >
Pas moi ! J'adore être critiquée. Je déteste les compliments
qui ne sont pas constructifs. On ne modifie rien quand on te dit "super".
par contre, telle phrase est bancale, tel verbe peut mieux faire. Je crois
que ma distance vient du fait que j'ai commencé à écrire
sur un atelier d'écrire sur Internet où trop de gens étaient
blessés dès les premières critiques, comme si on
tranchait quelque chose à leur personne. Comme si on s'attaquait
aux individus et non à leur production. Donc, j'ai différencié
très vite mes mots et moi, celle que je suis qui même si
je m'implique très fort dans mes textes, n'est pas le texte lui-même
Anita > Une autre question qui me revient : un auteur que j'aime
beaucoup disait que la littérature était un acte révolutionnaire
parce qu'on agissait sur l'homme et ses outils de connaissance. A une
échelle plus modeste et moins "grand soir", penses-tu
qu'écrire pour les enfants et pour les jeunes est aussi un moyen
de les transformer ?
Marie Mélisou >
Oui, certaines lectures peuvent changer une vie peuvent empêcher
un individu de basculer un mauvais soir... donc les auteurs jeunesse ont
une responsabilité particulière. Même sans être
didactique, penser que les mots ont un impact. Une mission, un chemin
à faire dans la tête et le corps du lecteur. On a tous un
livre de chevet, un récit qui nous a marqué. Modestement,
si un jour je dois écrire un livre qui restera au chevet d'un enfant,
je veux que ce soit pour l'avoir aidé, pas pour l'avoir enfoncé.
Anita > Je ne vois pas comme un de tes livres pourrait
"enfoncer" qui que ce soit ! d'ailleurs même à
se reconnaître dans le pire des personnages d'un livre, je crois
que cela soulage plutôt qu'autre chose : on se sent compris en quelque
sorte.
Marie Mélisou >
Il y a " se reconnaître " et il y a " s'identifier
à quelqu'un ". Lorsqu'on n'est en construction, on n'est pas
encore, on est en devenir. C'est un moment charnière où
il ne faut pas se tromper de route, puisqu'elle va déterminer toute
la suite ou presque. Des ados qui se cherchent peuvent modifier leur trajectoire
en suivant un héros (voir certains chanteurs rock), ainsi notre
responsabilité est importante Donc se sentir compris, ou avoir
la sensation de trouver une voix (impasse ? large avenue ?)
Lisa > Quand tu étais petite, est ce que tu écrivais
des histoires et des poèmes?
Marie Mélisou >
Lisa, oui j'aimais écrire des poèmes. mais pour les histoires
je n'avais pas tout compris : je croyais que recopier dans un cahier les
histoires des autres, des vrais livres, ça faisait de moi n écrivain
!
Anita > On dit que tout art commence par de l'imitation
!
Marie Mélisou >
Sourire... Oui, si ça se trouve, quand j'avais 7 ans et que je
recopiais "les animaux du petit bois", je commençais
ce travail d'écriture que j'ai repris bien plus tard. Tendresse.
J'ai tous mes livres de l'enfance. Dans les bibliothèques de mes
enfants. Et tous les livres de ma mère sont là aussi. Elle
les achetait pendant la guerre, contre ses rations de chocolat...
Le site
de Marie Mélisou

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