C’est le poème que je préfère. Dès la première phrase, le lecteur est intrigué par « une odeur de chair grillée ». Sans détour, l’auteur attise nos sens non sans une certaine inquiétude. Puis ce soleil qui semble suivre cet effluve singulier avec un naturel déconcertant. S’agit-il d’un remugle pénétrant ou d’un fumet subtil ?
Fournaise, rigueur du soleil, vent austère, l’atmosphère est très bien rendue et nous embarque dans le tourment de cette « odeur » qui éveille l’image de cette « fillette aux cheveux tournesol », cheveux toujours en allure vers le soleil.
Les images sont superbes, l’émotion étonnante et le verbe délicat.
Sensualité, étrangeté, fascination … Décidément cet auteur a beaucoup d’imagination. J’aime le contraste entre « Un monde oppressant fait de boue » et « la douce mélodie furtive ». Le paradoxe est séduisant. Belle formule que « la mélodie de ce bec ». Certaines répétitions ne gênent en rien la musique qui se dégage de ce poème, au contraire, elles semblent ajouter quelques battements d’ailes à ce « colibri » qui s’éloigne des prisons urbaines.
Poème sombre, profond… doux (« le goût mielleux en parlant de la mort»). Nous retrouvons les contrastes chers à l’auteur.
J’aime beaucoup la « bouillie pré-mâchée » pour exprimer sa vie. Cependant il ne s’agit pas de se complaire dans le désespoir, la révolte est là : « Quelques internes combats », « une guerre de cent ans ». Une envie de meurtre « pour le père une envie oedipienne ».
Les couleurs : le noir, le rouge du vin, ou celui peut-être du sang sur le « couteau ».