Une photographie de Stéphane Popu

 

La Chine d'hier et

 d'aujourd'hui

 

par Lise Willar   

 

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Florence Aubenas, 43 ans, grand reporter pour le quotidien français « Libération » et Hussein Hanoun Al-Saadi, âgé d’une quarantaine d’années, son assistant irakien, ont disparu depuis le mercredi 5 janvier 2005. La journaliste et son interprète n’ont plus été vus depuis qu’ils ont quitté leur hôtel, à Bagdad. Ne les oublions pas et n’oublions pas non plus Ingrid Betancourt et Giuliana Sgrena, la journaliste italienne du quotidien « Il Manifesto », enlevée en Irak le 4 février.

 

Quand, voici plus de quarante ans, le Général de Gaulle a reconnu la Démocratie Populaire de Chine, un groupe dont nous faisions partie, mon mari et moi-même, a décidé de s’y rendre pour observer sur place ce qui avait pu changer depuis l’apparition de Mao Zedong (Mao Tse-Tung) sur la scène politique internationale et l’exil forcé de Jiang Jieshi (Tchang Kaï-Chek) à Taïwan. Je ne connaissais personnellement de cet immense pays que tous les livres que j’avais lus et qui se référaient plus particulièrement, tels ceux de Pearl Buck, à la Chine impériale, le seul ouvrage écrit après 1948 et que j’aie eu entre les mains ayant été « J’ai vu vivre la Chine » de Roland Dumas, publié en 1960 chez Fayard. J’aimerais donc, avant d’aborder la Chine nouvelle retracer notre périple organisé en 1964 qui peut intéresser le lecteur en ce sens qu’ayant eu lieu avant la révolution culturelle, il représente une charnière entre la Chine d’hier et l’empire industriel d’aujourd’hui qui représente à mes yeux un péril plus puissant encore que ne l’était celui dont me parlait mon père quand j’étais petite à propos du Japon et qu’il appelait « le péril jaune. »

Après un voyage de huit jours qui nous a conduit de Paris à Pékin via l’Europe du Nord, l’URSS et la Mongolie, nous étions enfin arrivés à destination après avoir suivi durant de longs kilomètres le Canal Impérial et la fameuse Grande Muraille. Au premier abord Pékin était un bourg immense fourmillant d’adultes et d’enfants joyeux. Les grands frères et les grandes soeurs gardaient les plus petits avec beaucoup de gentillesse. Les bébés portaient la traditionnelle culotte fendue qui leur permettait de s’accroupir sans dommage. Il était impossible de ne pas être ébahi par le nombre de gosses : ils étaient là, innombrables, qui nous regardaient, nous escortaient, visages ronds, amicaux, où brillaient de jolis yeux noirs. Les petits étaient adorables, les uns avec une houppette de cheveux qui se dressait sur la tête, les autres avec des couettes serrées par des rubans de couleur. Bien entendu, il n’était pas concevable qu’une main se tende pour quémander un bonbon ou une piécette et nous prenions garde de ne commettre aucun impair qui aurait pu froisser la susceptibilité de quiconque.

Notre première visite fut pour le Palais d’Hiver et la Ville Interdite aux Mille Pagodes. Nous étions ébahis devant la richesse et l’opulence de ces lieux qui traduisaient la puissance des empereurs chinois et mandchous. Les salles du dernier pavillon contenaient des centaines de pagodes d’or, des rochers sculptés de jade et des costumes de brocard sertis de pierres précieuses. Comme à chacun de mes voyages dans des pays où les hommes ont fait la Révolution, j’ai pu constater la clairvoyance des chefs qui ont su éviter que l’Histoire de leur nation ne soit effacée par un pillage systématique comme ce fut le cas au Moyen Age où les troupes étaient payées par le sac de toutes les villes dont l’armée s’emparait. Dans les jardins du Palais, au bord de bassins spacieux, des enfants observaient les poissons rouges géants qu’ils taquinaient avec des tiges de bambou. Les familles avaient l’air détendu, ravies de se promener au soleil dans un environnement qui leur fut jadis strictement interdit.

Nous nous sommes rendus ensuite au Palais de l’Assemblée du Peuple construit en dix mois durant l’année 1959. Il donne sur Tien An Men, la grande place de Pékin, où des milliers de garçons et de filles répétaient la gigantesque parade qui allait couronner le quinzième anniversaire de la République Populaire de Chine, le 1er Octobre 1954. Nous étions bien loin encore de l’année 1989 où Deng Xiaoping fit intervenir l’armée sur Tien An Men lors de la grande manifestation des étudiants et de la population qui réclamaient une libéralisation du régime et furent décimés sans complexe par les troupes à la solde du gouvernement qui venait de rétablir des relations diplomatiques avec l’URSS suite à la visite de Gorbatchov. A l’Assemblée du Peuple, tout était énorme, les colonnes de l’entrée, la salle de conférence de dix mille places, la salle à manger de cinq mille couverts, les salles de repos, des nationalités…, un plagiat du style soviétique des années cinquante.

Je renonçais l’après-midi à la visite de la Colline du Charbon pour me promener dans Pékin et téléphoner à Paris. Il était dix sept heures en Chine, dix heures en France quand j’obtins la communication. Les nouvelles étaient bonnes, ma fille se baignait avec ses amies au bord de la mer Noire, son frère Thierry qui séjournait à Cannes chez mon frère et ma belle-soeur nageait dans la Méditerranée, le petit Jean-Claude ayant à sa disposition le bassin de nos voisins de campagne. Mes parents et ma fidèle cuisinière Perfecta qui est restée chez nous vingt cinq ans le gardaient dans notre Vieux Moulin de Seine-et-Marne.

 

Le soir, nous fûmes invités par le Directeur Général de la Luksingshe (l’agence de voyages à la solde du gouvernement) à dîner dans le meilleur restaurant de Pékin, le Canard Laqué, celui-là même qui accueillit Nixon lors de son voyage en Chine Populaire quelques années plus tard. Je n’ai jamais oublié en dépit du temps qui s’est écoulé le repas magnifique et raffiné qui nous fut servi : tout d’abord un gros poisson croquant et caramélisé dont les arêtes fondaient dans la bouche sans piquer puis les chefs, applaudis par tous les convives qui avaient proposé un nombre appréciable de toasts depuis le début du festin, nous ont présenté les canards laqués qui avaient cuit doucement sous nos yeux, suspendus par des ficelles au-dessus de l’âtre central du restaurant. Nous avons dégusté les filets dans des crêpes et des petits pains cuits à la vapeur recouverts de graines de sésame. Quand je dis « nous avons dégusté », je suis bien au-dessous de la vérité : nous nous sommes délectés de ce mets béni des dieux et j’ai avalé sans honte vingt et un petits pains garnis de magrets savoureux. J’avais rarement été à pareille fête culinaire sinon dans un « trois étoiles » français et j’ai eu un sourire épanoui quand les jeunes filles nous ont apporté les serviettes chaudes et parfumées avec lesquelles nous avons humecté nos visages légèrement échauffés, nos lèvres et nos mains.

Après de telles agapes nous ne nous sentions même pas lourds ou indisposés. Il est vrai qu’entre les plats principaux, on nous servait de délicieux potages destinés à dégraisser les boyaux, une version chinoise de notre petit verre de Calvados. Le Directeur nous a proposé un dernier toast d’alcool de riz à l’amitié franco-chinoise et nous a offert des tableaux de soie que nous lui avons demandé de nous dédicacer. Nous sommes rentrés à l’hôtel par l’avenue Wang Fu Chin. La circulation dans Pékin était dense dans la journée en raison de tous les vélos et cyclopousses qui roulaient par milliers dans les rues larges ou étroites mais il y avait à cette époque peu de voitures particulières. Nous avons été abusés à notre arrivée par le grand nombre de voiture qui stationnaient dans l’avenue mais nous nous sommes vite aperçus qu’une grande réception se déroulait à l’intérieur de l’hôtel, réunissant à elle seule toutes les familles motorisées de Pékin, attachés commerciaux ou diplomates en poste dans la capitale chinoise.

Le lendemain nous avons visité la partie restaurée de la grande Muraille à soixante kilomètres de Pékin. Nous avons d’abord traversé des îlots entiers de petites maisons individuelles aux toits en pagode qui donnaient à la ville l’air d’immense village dont j’ai parlé plus haut. Sur les marchés, les légumes étaient abondants et variés, choux, aubergines, salades, piments... Les tas de pastèques atteignaient plusieurs mètres de hauteur mais il y avait également des pommes, des poires, des pêches, du raisin, le tout en quantité et qualité bien supérieures à ce que nous avions pu voir en Union Soviétique.

Nous nous sommes arrêtés au pied de la Grande Muraille puis nous avons escaladé les marches qui nous ont conduits aux premiers postes de guet. Deux mille cinq cents années nous contemplaient ! Commencée en briques de boue sous la dynastie des Chou, la construction du Wang Li Chang Cheng (Mur long de mille lis) fut continuée par les Chin puis par les Hang et les Tang qui le prolongèrent. C’est sous les Ming qu’il devint la Grande Muraille de pierre. Le panorama depuis le plus haut poste de guet accessible aux touristes était impressionnant : on pouvait comprendre en contemplant l’immensité de l’espace pourquoi les gardes impériaux apercevaient à plusieurs lis les nuages de poussière soulevés par les cavaliers mongols déferlant sur la Muraille.

Notre déjeuner avait suivi, enfermé dans des boîtes blanches. Ni les baguettes, ni les serviettes chaudes n’avaient été oubliées. Après une tasse de thé vert dont je n’arrivais pas à apprécier la saveur qui tient plus du jus d’épinard que de la boisson à laquelle nous sommes habitués en Europe, nous reprîmes le car pour visiter le Grand Réservoir et le barrage construit à la main par des Volontaires de la Révolution en 1959. Chaque parcelle de ce barrage doit son existence aux millions de petits paniers dans lesquels des hommes et des femmes ont déplacé la terre et apporté les matériaux nécessaires à la construction de cet ouvrage. Esclaves des temps modernes à l’image des bâtisseurs de pyramides, ils avaient tout de même l’espoir que leur contribution permettrait de fertiliser le sol et de développer l’énergie électrique dont ils pourraient eux-mêmes profiter à plus ou moins longue échéance. Ont-ils obtenu satisfaction ? J’en doutais lors de mon voyage en constatant la pauvreté des paysans et je crois qu’aujourd’hui leur sort ne s’est pas beaucoup amélioré puisqu’en 1998 leurs revenus ne représentaient qu’un tiers de ceux des citadins et que les grandes inondations de 1997 et de 1998 ont ravagé les récoltes de certaines zones du bassin du fleuve Bleu.

Après le barrage, nous avons visité le célèbre tombeau des Ming auquel on accède par une allée de sept kilomètres bordée de chevaux, éléphants, chameaux, griffons, guerriers officiers et mandarins de pierre construits deux fois grandeur nature et disposés dans un ordre hiérarchique par rapport au trône impérial. Nous avons pénétré dans le tombeau du treizième empereur Ming, Wan Li, après avoir traversé une salle où sont réunis les objets retirés des coffres qui entourent les cercueils : pagodes, vases, services de table, baguettes, services à thé en or, jade et pierres précieuses. Le tombeau lui-même, situé au bas d’une allée en pente douce, comporte trois salles séparées par des portes de marbre de vingt centimètres d’épaisseur. Dans la salle centrale deux énormes vases de cette porcelaine si prisée par les antiquaires et les collectionneurs contiennent de l’huile de sésame, vieille nous a-t-on dit de quatre cents ans et si rance qu’elle répand une odeur très vite insupportable dans cet espace clos. La dernière salle renferme les cercueils de l’empereur et de l’impératrice qui sont entourés des coffres descellés et vidés de leur contenu.     

Les fouilles étaient très récentes et seule la Ting Ling (Tombe de Wang Li) était ouverte au public. Il parait surprenant que les Occidentaux et les Japonais qui sont demeurés en Chine de 1842 à 1864 et de 1895, année où l’Impératrice Cixi fut vaincue par les Japonais, à 1911, date de l’instauration de la République par Yuan Shikaï, puis les Japonais seuls qui ont occupé le territoire de 1947 à 1944, n’aient pas envoyé des archéologues pour pratiquer des fouilles sur place. Sans doute ont-ils été trop préoccupés à faire la guerre pour se soucier des tombeaux Ming. Tant mieux pour les Chinois car ils ont pu sauver les trésors précieux qu’à une époque les occidentaux aimaient bien faire transporter après les avoir découverts dans leurs propres musées dont ils font souvent la gloire.

Pour qui connaît les Grandes Pyramides d’Egypte et l’impressionnante mais austère Vallée des Rois, l’au-delà chinois semble plus proche des hommes ne serait-ce que grâce à la présence de l’Impératrice enterrée dans un tombeau proche de celui de son mari au seuil de la vie éternelle, l’analogie entre les deux traditions étant que l’empereur chinois comme le pharaon égyptien se faisait enterrer avec tous ses objets familiers avant d’être muré dans son tombeau.

Le jour suivant, nous sommes allés au Musée de la Révolution dont les murs retracent des évènements aussi importants que la Guerre de l’Opium (1839-1842) qui éclata entre la Grande-Bretagne et la Chine parce que celle-ci voulait interdire à juste titre l’importation de la drogue mais qui dut cependant s’incliner après sa défaite et signer le Traité de Nankin (29 août 1842) par lequel Hong Kong était cédé aux Britanniques et certains ports chinois aux Européens, la Guerre des Boxers, membres d’une société secrète xénophobe, qui se soulevèrent en 1895 et menacèrent les légations européennes jusqu’à leur défaite en 1900 et tous les faits essentiels qui ont marqué l’Histoire de la Chine jusqu’à la naissance de la Chine Populaire en 1949. Je ne savais pas alors que je visitais le Musée que je vivrais assez longtemps pour voir la rétrocession du célèbre port à la Chine après cent cinquante cinq ans d’occupation, encore moins celle de Macao que les Portugais ont occupé de 1557 à 1999, pratiquement un demi millénaire !

De nombreux documents rappelaient dans le Musée un des faits les plus marquants de la Chine contemporaine, la Longue Marche de Mao Tse Toung et de ses partisans, l’Armée Rouge du Premier Front, entreprise en Octobre 1934 à partir du château-fort du Shensi où ils s’étaient réfugiés après avoir été décimés par Chiang Kai-Shek et qui prit fin le 20 Octobre 1935 lorsque sept mille hommes, moins d’un sur dix de cette première Armée, atteignirent la Grande Muraille aux abords de Pékin. Les trophées, cartes et statistiques étaient accrochés aux murs blancs et les explications du guide clairement traduites par le jeune Tchen qui s’étonnait de nos questions et de nos connaissances. Derrière nous un groupe de pionniers au cou barré du traditionnel foulard rouge suivait un cours de civisme donné par une jolie institutrice.

Une dernière promenade nous conduisit à Wang Fu Ching où se trouvaient le Magasin d’Etat, grand monoprix de cinq étages, le Bazar et le Magasin des Arts. Nous avons acheté des éléphants, des lions, des chameaux, des flacons de parfum en ivoire, deux nappes brodées à la main, pour des sommes dérisoires. Il était cinq heures de l’après-midi quand nous avons dit au revoir au gentil garçon d’étage qui m’avait rendu bien service avec ses quelques mots de français. Il avait fait laver et repasser en quelques heures les vêtements que je lui avais confiés et que j’avais eu la présence d’esprit de choisir en coton, les tissus synthétiques étant peu recommandés dans ces pays chauds en raison de leur imperméabilité. J’ai regretté de ne pas pouvoir lui laisser le pourboire traditionnel mais le règlement de l’hôtel interdisait toute pratique de ce genre, une habitude néfaste, selon le gouvernement chinois, des pays capitalistes dont nous étions originaires.

Dans le train qui nous a conduits de Pékin à Shanghai nous avons retrouvé le samovar, les quatre couchettes, le haut-parleur qui égrenait de la musique dès six heures du matin, l’indispensable ventilateur et la ping pidjiu (bière) du wagon-restaurant. Nous nous sommes réveillés au petit matin pour contempler une région fertile et bien cultivée. L’eau était tirée à l’aide de norias qui rappelaient les paysages hollandais à une plus grande échelle. Les mille cinq cents kilomètres qui séparent Pékin de Shanghaï étaient entièrement réservés à la culture, sorgho, maïs, riz, patates douces, coton... qui faisaient l’objet des soins vigilants de paysans actifs, habiles, connaissant bien l’art de travailler la terre. Les chapeaux de paille pointus émergeaient à peine des plantations géantes. Les sillons étaient tracés au cordeau et les pieds de riz étaient soigneusement repiqués sur des centaines d’hectares le long des canaux d’irrigation. Je crois que les paysans chinois qui ne disposaient pas encore d’engins sophistiqués obtenaient des résultats spectaculaires en utilisant leurs méthodes séculaires de travail. Pas une fois durant notre longue traversée de l’Union Soviétique nous n’avions observé un tel désir de ne pas laisser un seul espace cultivable libre et si j’ai parlé des agronomes canadiens qui auraient pu inciter les Russes à obtenir un meilleur rendement de leurs terres sibériennes, je me disais en admirant les travailleurs agricoles depuis le train que les mêmes Russes avaient là un deuxième exemple de méthodes plus archaïques peut-être mais en tout cas plus payantes que celles dont se contentaient les paysans de Sibérie avec leurs carrés de choux et de pommes de terre. Les villages étaient groupés au bord de l’eau et les toits de chaume des maisons rappelaient ceux des cottages anglais avec sans doute moins de confort à l’intérieur.

Un instant inoubliable fut la traversée du Yang Tse Kiang que les Français appellent aujourd’hui Yangzi Jiang à la Chinoise, large fleuve aux eaux boueuses, sur un triple ferry-boat qui a transporté tout notre train en une seule fois. A la gare de Shanghai nous attendait un interprète un peu guindé, très fier du régime de son  pays et ne prononçant pas trois phrases sans mentionner les impérialistes américains. Nous avons traversé en car une ville importante aux gratte-ciel de vingt étages dans le style américain des années trente. L’hôtel de la Paix où nous sommes descendus avait dix huit étages, notre chambre climatisée se trouvant au sixième. Les garçons d’étage et les serveurs portaient des uniformes blancs immaculés. Un jeune garçon d’une quinzaine d’années, très beau, nous servait à table.

Le dîner comportait les merveilleux hors d’oeuvre disposés en couronne, une des fameuses spécialités de Shanghaï comme l’était le canard laqué de Pékin. La Chine a ceci de commun avec la France que chaque province ou chaque ville est renommée pour un de ses plats et nous avons eu la chance d’en déguster plusieurs à chaque étape. Une fois  encore le repas était un plaisir des yeux et du palais et je commençais sérieusement à croire que la cuisine française n’était pas la première du monde, pas la seule en tout cas. Il faut dire que les restaurants chinois et vietnamiens de Paris ne nous ont pas habitués à tant d’excellence et à une telle diversité encore qu’aujourd’hui l’on puisse tout de même déguster du canard laqué très acceptable dans les restaurants chinois du XIIIème arrondissement qui n’existaient pas dans les années soixante.

Après le dîner, nous avons parcouru la principale artère de Shanghai, la rue de Nankin. Nous y fûmes suivis par des centaines d’enfants et des jeunes gens qui nous accompagnèrent jusqu’au port où la lune brillait sur la rivière Huangpu. Dès sept heures du matin nous sommes sortis avec nos caméras et nos appareils photographiques. Les rues grouillaient déjà de monde: au bord de l’eau dont les rives étaient interdites aux Chinois non à l’époque des concessions comme nous l’a expliqué Yves Jacques Cousteau mais au temps de l’occupation japonaise, des hommes et des femmes pratiquaient leur gymnastique traditionnelle aux mouvements si coulés, si lents, si élaborés qu’on en oubliait leurs bleus de travail et qu’on les imaginait en costumes de brocard de soie et d’or.

Les magasins d’Etat, les boutiques, les marchands de thé, les échafaudages en bambou, les enfants curieux et badauds, les employés de bureau en short et chemise de coton blanc et leur attaché-case... tout concourait à donner à Shanghai un air occidental : les gens étaient pressés comme à Londres, New York, Tokyo ou Paris. Nous avons admiré le panorama de la ville et du port qu’éclairait un soleil déjà chaud depuis le dix septième étage de l’Hôtel de Shanghai et nous avons filmé les processions de jonques sur la rivière Huangpu et de sampans sur la rivière Suzhou. L’interprète nous a indiqué les principaux monuments de la ville : Palais de l’Amitié sino-soviétique, Grand Magasin d’Etat N°1, musée... Un drapeau britannique flottait sur la maison où vivait le seul Anglais qui n’avait pas quitté Shanghai durant la guerre civile et depuis la création du nouvel Etat.

Il est à la fois intéressant et regrettable, ce qui peut apparaître comme un paradoxe, de noter que nous avons connu Shanghai à une époque où la ville était en attente, en sommeil pourrais-je dire : elle avait pourtant connu cette ère florissante durant laquelle ce port qui avait été riche économiquement depuis le Moyen âge en raison de sa situation privilégiée au débouché de cette admirable voie d’eau qu’est le Yangzi Jiang et à dix huit kilomètres seulement de la Mer de Chine Orientale s’était encore développé avant et après l’installation des concessions étrangères, les Etat-Unis, la Grande-Bretagne, la France puis le Japon, devenant dans les années trente le huitième port mondial et le concurrent direct de Hong Kong. Quand nous l’avons connue dans les années soixante, ne flottaient pratiquement sur le grand fleuve que des jonques aux voiles rapiécées. L’agglomération de Shanghai, dans un rayon d’une quarantaine de kilomètres autour du centre,  qui est aujourd’hui le foyer le plus puissant et le plus dynamique du pays, renommé pour son « savoir-faire industriel » n’existait pas alors. Shanghai possédait seulement un remarquable Centre des Industries Artisanales qui s’efforçait d’unifier la production de l’artisanat.

Inconscients des prodiges qu’allait effectuer la Chine à Shanghai et pour cause, nous avons pris le car pour aller visiter le temple du Bouddha de Jade où nous fûmes reçus par des bonzes en robe noire. Après avoir retiré nos chaussures pour enfiler des pantoufles de prière, nous avons pu admirer des centaines de bouddhas de jade, de pierre, de bois sculpté qui, figés dans leur attitude ancestrale, nous observaient de leurs petits yeux ronds. Après la visite du temple, nous nous sommes retrouvés dans un quartier aux mille boutiques pittoresques qui ressemblait à la vieille Nice de la Porte Fosse qu’on atteint par un antique escalier en venant de l’Avenue Jean Jaurès. Au-delà des boutiques s’ouvre le jardin Yuyuan où des gens méditaient au milieu des rocailles. Quel contraste entre l’atmosphère sereine et calme de ces jardins dont les Japonais se sont inspirés voici des millénaires et la nouveauté de cette réalisation dont on nous a promis la visite pour l’après-midi même : une commune populaire.

Avant le déjeuner, nous sommes entrés dans le Magasin des Antiquités où nous avons acheté un beau jeu d’échecs, une jonque et un sampan de bois, un petit fer à repasser de cuivre et quelques bibelots en ivoire. Ensuite, ce fut l’excursion prévue à la commune populaire : après la traditionnelle tasse de thé vert sans laquelle un accueil chaleureux ne pouvait se concevoir, nous nous sommes groupés autour des directeurs qui nous ont tout d’abord retracé son histoire et surtout son passage de coopérative à commune de fait. Nous avons posé des questions concernant le salaire des travailleurs, les heures de travail, de repos, les journées de vacances, les impôts et autres préoccupations occidentales : les salaires allaient à peu près de 50 yuans à 200 yuans pour l’ouvrier le plus spécialisé qui gagnait plus que le directeur, une caractéristique chinoise alors valable nous dit-on dans toutes les branches de l’agriculture et de l’industrie. Le yuan valait deux francs français environ mais on ne pouvait faire de comparaisons valables, le coût de la vie et les loyers n’ayant pas de commune mesure avec nos normes françaises.

Si les ouvriers gagnaient plus dans les villes, les ouvriers ruraux avaient en revanche des avantages en nature : ils devaient quarante heures de travail à la commune mais possédaient un lopin de terre et des animaux. L’identité avec le kolkhoze, c’est-à-dire avec une propriété exclusivement collective a fait long feu en Chine où les dirigeants se sont bien vite aperçus que les paysans étaient trop attachés à leur terre pour les en priver complètement. Le fait même qu’ils puissent cultiver leur lopin personnel, aussi petit soit-il, était un gage de sécurité car le paysan n’était plus à même de revendiquer comme l’ouvrier soviétique du kolkhoze des heures immuables incompatibles avec les exigences de la terre et des saisons.

Les vacances étaient encore un vain mot, le gouvernement s’étant préoccupé jusqu’alors de nourrir et de donner du travail aux adultes, hommes et femmes. La commune possédait son dispensaire mais elle envoyait ses malades les plus gravement atteints à l’hôpital le plus proche où ils étaient soignés gratuitement. Elle avait son école primaire et sélectionnait ses élèves les plus doués qui poursuivraient leurs études dans les écoles secondaires de la banlieue de Shanghai. Elle vendait à l’Etat le produit de ses cultures et de son élevage après avoir prélevé les quantités suffisantes nécessaires à ses propres besoins, pratiquant ainsi une sorte d’autarcie interne.

Nous avons parcouru les rizières que traversaient des enfants à dos de buffles, les potagers, vergers, ateliers de tissage, d’appareils aratoires, de vannerie, la forge et les porcheries. Nous avons été conviés dans les maisons particulières où nous avons reçu un accueil chaleureux. Nous savions bien sûr que ces visites étaient programmées mais elles n’étaient qu’une confirmation de la tradition millénaire d’accueil et nous étions conscients que jamais une visite dans un kolkhoze n’aurait été organisée de cette façon simple et gentille. Chaque maison de la commune se composait de deux pièces, une cuisine salle à manger avec son âtre de briques rouges et une chambre à coucher. Les femmes nous ont montré les vêtements qu’elles avaient tissés pour les enfants et elles étaient très fières du résultat.

La visite terminée, nous avons remercié le jeune directeur et nous avons applaudi les petits enfants qui nous ont applaudis à leur tour. Nous avons quitté la commune au soleil couchant et c’est dans un embrasement du ciel que nous avons contemplé sur la rivière un sampan que suivait en nous assourdissant de ses coin-coin une famille de canetons noirs et blancs. C’était peut-être ceci, la Chine Populaire : un contraste permanent entre des traditions plusieurs fois millénaires et les essais de modernisation des maîtres d’alors.

Nous étions invités le soir par la Luksingshe de Shanghai à un dîner au neuvième étage de l’hôtel. Nous avons rencontré dans l’ascenseur des Belges du parti communiste affilié au parti communiste chinois. L’agencement du repas était comme toujours éclectique et raffiné. Le Directeur de l’Office du Tourisme a prononcé un discours empreint de modération, a parlé des réalisations accomplies mais a insisté sur les difficultés à vaincre pour transformer la Chine en un pays industrialisé. L’organisateur de notre voyage, Monsieur Durand-Monti, qui nous avait rejoint à Pékin depuis le Japon où il avait accompagné un autre groupe, a répondu à l’allocution, a félicité les membres de l’Office du Tourisme pour la qualité de leur accueil et l’organisation du voyage.

A notre table, nous avons bavardé avec l’un des chefs de section de l’Office. Il était jeune, agressif et nous a expliqué pourquoi il était important de chasser les nationalistes chinois de Taïwan avant de récupérer Hong Kong[1] (commerce et fenêtre ouverte sur le monde occidental obligent n’est-ce pas ?) Les Chinois ne nous ont jamais caché lors de notre voyage et de nos étapes qu’à travers Hong Kong ils gardaient le contact avec les Britanniques en particulier, les Occidentaux et les Américains en général. C’était aussi le meilleur moyen dont ils disposaient alors pour se procurer des devises fortes. Nous avons porté des toasts, reçu des vues de Shanghai, nous avons applaudi, avons été applaudis selon un rite bien orchestré avant de regagner nos chambres.

Nous nous sommes levés tôt le lendemain car notre train pour Hangzhou partait à six heures du matin. A notre sortie de l’hôtel pourtant, des centaines d’enfants étaient là pour nous applaudir et nous dévisager, à croire qu’on les avait spécialement convoqués ou que peu d’Occidentaux ayant visité la Chine Populaire depuis 1949, les gosses profitaient de notre passage pour assouvir leur curiosité, la nouvelle de notre arrivée s’étant peut-être répétée de bouche à oreille et constituant un fait nouveau qu’ils ne voulaient pas manquer. En tout cas leur présence était fort sympathique et nous avons eu nettement l’impression qu’un tel cortège eût été immédiatement dispersé à Moscou puisque l’on n’y admettait pas alors que plusieurs personnes bavardent devant une entrée d’hôtel.

Le voyage fut très court et nous sommes arrivés à destination à dix heures. Nous eûmes l’agréable surprise d’être accueillis par Monsieur Tchen (notre premier guide à notre arrivée en Chine) accompagné de Monsieur Li de la Luksingshe de Pékin qui nous était apparu plus comme un policier que comme un agent de voyages. Sa présence nous a surpris une fois de plus car il ne parlait pas un mot de français et pourtant il n’avait pas l’allure des policiers qui, sortis de leur compartiment le long de la Grande Muraille, avaient interdit aux gosses d’emporter le chocolat que nous leurs offrions et les avaient forcés à rentrer dans leur jardin. Peut-être était-il là pour régler tous les détails  du voyage, étant selon Monsieur Tchen, le chef de département de l’Office du Tourisme. Lors des réceptions, Monsieur Tchen se contentait de faire la traduction, c’est Monsieur Li qui proposait les toasts immédiatement après le Directeur Général.

De la gare de Hangzhou à l’hôtel, nous avons longé le lac de l’Ouest qui avait des airs de lac italien. La ville ressemblait, était en fait nous l’avons su par la suite, une station de villégiature et notre hôtel, construit en 1956, était situé au pied d’une colline. Il était confortable mais trop grand pour le peu de pensionnaires que nous y avons rencontrés. La chaleur était intense, humide, difficilement supportable même quand une brise légère agitait les saules pleureurs et les immenses lotus aux fleurs mauves qu’on apercevait sur l’eau à peine ridée. Au-delà des arbres, sur les collines, émergeaient des toits en pagode. Des îles boisées jonchaient le lac où glissaient silencieusement des jonques à fond plat. Comme en Provence on entendait le crissement des cigales qui s’arrêtait une seconde pour reprendre de plus belle. Un Chinois est passé derrière un des kiosques qui bordaient le lac en chantant d’une voix de tête.

La salle à manger était immense et vide. Nous avons bu de la ping pidjiu (bière) et les serviettes parfumées sont devenues indispensables car nous étions de plus en plus accablés par la chaleur, cette partie de l’hôtel n’étant pas encore climatisée et les quelques ventilateurs brassant l’air sans l’évacuer. Après le déjeuner nous nous sommes rendus au temple de Lin Yiu où nous avons admiré une image de Sakiamuni (Bouddha) de vingt mètres de hauteur sculptée dans du bois de camphre. Dans le parc étaient taillés à même la roche seize Arhats (disciples de Bouddha), dix sept bouddhas Vairocara, la statue d’Avalokitesvara (un des principaux bodhisattvas, êtres sur la voie de l’éveil du bouddhisme du Grand Véhicule ou bouddhisme spéculatif mahayana), Amitabba, Bouddha de la Lumière Infinie, le plus populaire des bouddhas du Grand Véhicule, enfin une auto sculpture d’un artiste du XIIIème siècle. A l’écart un poussah (idole), grassouillet et couché, égrenait de sa main gauche un collier d’ambre.

Après la visite du Temple de Chin Tsu (bienveillance et pureté), nous nous sommes rendus à la Fontaine de Jade où frétillaient des centaines de poissons rouges qui, n’ayant pas l’hypersensibilité des nouveaux Chinois, se ruaient sur la nourriture que nous leur avons jetée en jaillissant de l’eau par bonds énormes. Il faut dire qu’ils n’avaient pas de commune mesure avec les minuscules ides originaires de la région rhénane que nos enfants gagnent dans les fêtes foraines, nous étions face à des modèles géants munis de crocs qui déchiquetaient le pain en quelques secondes. Nous avons regagné le car à travers une forêt de bambous en songeant à la douche qui nous attendait à l’hôtel, froide et régénératrice mais dont l’action bénéfique serait de courte durée car notre chambre n’était pas plus climatisée que le reste de l’hôtel.

Le soir nous étions bien entendu les hôtes du Directeur Général de la Luksingshe de Hangzhou, un aimable petit homme rond qui s’intéressait plus à la cuisine chinoise qu’à la politique, tout au moins en notre présence. Il nous décrivait chaque plat, nous en donnait la recette, son visage s’irradiant de plaisir à l’arrivée du fameux « poulet du mendiant », spécialité de la province, qui fit les délices d’un empereur gourmand dont notre hôte nous conta l’histoire. Je ne puis la transcrire ici car j’écoutais distraitement, n’arrivant pas à penser à autre chose qu’à l’insupportable chaleur. La nuit demeura étouffante et me revint à l’esprit cette aube de Cordoue où nous nous retrouvâmes en chemises de nuit dans la rue, ma belle-soeur et moi-même, afin de respirer la légère brise du petit matin.

Après avoir peu et mal dormi, nous nous sommes levés tôt pour visiter la Brigade du Thé de la Commune Populaire du Lac de l’Ouest où nous fûmes reçus par la sous-directrice qui, après nous avoir offert la traditionnelle tasse de thé vert, nous appris qu’elle n’était pas allée à l’école jusqu’en 1949 et possédait quinze ans après une instruction équivalente à celle de notre certificat d’études primaires. Elle ajouta que le meilleur thé était celui du Puits du Dragon que nous étions d’ailleurs entrain  de déguster, les plantations des coteaux produisant une qualité supérieure à celle des plaines, les petites feuilles donnant un breuvage délicat, les plus grandes une boisson ordinaire. Nous avons visité les ateliers de séchage et de coupage où des ventilateurs rafraîchissaient l’atmosphère surchauffée. Au cours de notre promenade à travers la plantation nous avons constaté que la cueillette du thé n’était pas un exercice de tout repos et je me suis souvenue, observant les jeunes femmes aux chapeaux pointus qui, penchées sur les arbustes, en détachaient minutieusement les feuilles, de certaines vendanges des années quarante où mon dos courbaturé attendait avec impatience le repos du soir. Nous avons terminé notre visite par le jardin d’enfants, des gosses de trois ans qui nous ont souhaité la bienvenue en chantant de leur petite voix aiguë.

Après notre passage à la Brigade du Thé, nous sommes allés dans une maison de repos perchée sur la montagne. Nous espérions un peu d’air mais la chaleur intense nous poursuivait. Nous écoutâmes distraitement les statistiques en parcourant les salles de jeux, les chambres et le théâtre. Nous n’avions en tête qu’un seul rêve: la douche froide qui nous attendait à l’hôtel, la courte halte que nous devions faire à la Pagode des Six Harmonies nous paraissant presque inutile.

Nous eûmes droit à une sieste chaude avant la visite d’un atelier de tissage de brocart qui ne fut pas inintéressante car les ouvrières y fabriquaient des mouchoirs et des napperons à l’effigie de Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao Tse-Toung comme leurs homologues françaises en confectionnent à l’effigie d’images de nos provinces ou plus simplement avec nos initiales brodées. Au retour, nous nous sommes arrêtés dans un magasin artisanal où nous avons fait quelques emplettes. J’ai acheté dans une librairie un livre chinois traduit en anglais. Cette histoire d’une jeune communiste, Lin Tao Ching, sous l’occupation japonaise des provinces du Nord de 1931 à 1935 m’a paru assez puérile quand j’ai commencé le livre comme l’a été d’ailleurs le soir même la représentation d’une sorte d’opéra comique donnée par le théâtre de Hangzhou : « le Corail Rouge ». Les méchants étaient les soldats du Kuomintang (auquel Mao Tse-Toung avait appartenu dans sa première phase), les bons ceux de la Résistance Populaire. Il me semblait - mais peut-on être sûr des sentiments et des réactions officielles ? - que Tchen, notre jeune interprète et diplômé de français, aimait la pièce car il la commentait pour nous avec une certaine passion.

Nous étions surpris, pensant que ce genre de pièce était conçu pour donner (imposer ?) au peuple une éducation  politique mais que les intellectuels n’étaient pas dupes. Or, selon Tchen, le fameux Opéra de Pékin a été de temps immémoriaux un théâtre populaire et non celui d’une élite (intellectuelle de gauche) comme le TNP de Jean Vilar. L’opéra moderne était donc une continuation logique de l’opéra traditionnel. Tchen oubliait toutefois de préciser que justement les pièces traditionnelles étaient alors interdites, les dirigeants politiques ayant exigé du Directeur de l’Opéra de Pékin qu’il fît une large place à l’épopée moderne. Directeur, metteurs en scène, chorégraphes, acteurs, machinistes... avaient, toujours selon Tchen, plébiscité avec enthousiasme cette « proposition. » Ceci n’était pas pour nous étonner et nous avons accepté le fait que les Chinois, pourtant amateurs éclairés de spectacles traditionnels, fussent assidus à des représentations imposées mais qui étaient en fait leur seule pâture du moment. Etaient-ils pénalisés, surtout dans les petites villes où tout le monde se connaît, quand ils ne venaient pas voir la pièce? Nous n’avons pas cru opportun de poser la question.[2]

Après une nuit où mes rêves prirent sans doute la forme de soldats héroïques et de drapeaux gigantesques, nous avons rejoint notre groupe à l’embarcadère pour faire une promenade en bateau jusqu’à l’île « Lune d’Automne sur le Lac Calme » où un lac artificiel conçu bien avant notre ère par un gouverneur poète disparaissait sous les lotus et les nénuphars en fleurs. Devant un tel calme et une telle sérénité, j’aurais aimé avoir le talent de composer un haiku, ce poème japonais de trois vers en dix sept syllabes inventé par le poète Basho au dix septième siècle, qui exprime d’une façon aussi délicate que concise l’émotion ressentie devant des spectacles divers, fugitifs ou pérennes. J’eus tout de même le bonheur  de me réciter « L’Invitation au Voyage », « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté », où le poète français a exprimé mes propres sentiments face à la perfection d’un jardin cinq fois millénaire sur une île lointaine.

A notre retour de l’île, nous avons visité le Jardin Botanique et le Jardin de la Grue où se retira pour y vivre en ermite le poète Liu Pu de la dynastie Sung et puis ce fut le départ. Nous allions quitter Hangzhou, ce paradis humide et brûlant, pour un second séjour à Shanghai où nous avons logé à l’Hôtel International, vingt quatre étages entièrement climatisés. Notre première visite fut pour le Palais de l’Amitié sino-soviétique et plus particulièrement l’exposition des produits chinois. Les aliments étaient conditionnés à l’occidentale, les vêtements et les fourrures de qualité mais de coupe assez rudimentaire. Les meubles étaient simples. Le hall des transactions commerciales était plein d’hommes d’affaires occidentaux, des Britanniques en majorité, qui semblaient avoir en tête bien autre chose que le simple tourisme comme nous l’avions déjà constaté lors de notre premier séjour. Au Magasin de l’Amitié, j’ai eu la tentation d’acheter un tapis bleu ciel de grandes dimensions pour le prix exceptionnellement bas de 1.538 yuans, environ 3.200 francs, mais j’ai eu peur des frais de douane et comme les produits vendus à l’étranger devaient transiter par Hong Kong, je me suis dit que tout pouvait arriver durant ce long voyage.

Les enfants étaient les rois d’un Magasin conçu à leur intention : ils envahissaient les comptoirs sans crainte de se voir gronder ou renvoyer. D’ailleurs ce n’était pas la première fois que je constatais la liberté dont semblaient jouir tous les gosses que nous avions rencontrés au cours de notre voyage. Il s’agissait bien d’une conception ancestrale dont ils profitaient quand ils étaient petits : l’enfant qui chevauchait le buffle comme ceux qui taquinaient les poissons à l’aide d’une tige de bambou ou ceux qui nous suivaient, rieurs, dans les rues de Shanghai ou de Pékin. Ils étaient roses et joufflus et fourmillaient partout même si les dirigeants communistes commençaient à parler de contrôle des naissances et de la nécessité pour les couples de n’avoir qu’un enfant unique. La seule faille à ce tableau est qu’en dehors des grandes villes, l’instruction n’était pas encore obligatoire, faute d’écoles maternelles, primaires et secondaires qu’on n’avait pas encore eu le temps ou les possibilités matérielles de construire. En tout cas, les enfants nous accueillaient partout, devant les cités ouvrières, dans les classes où les petits chantaient et dansaient, dans les appartements où les femmes nous faisaient dire que si, elles, étaient analphabètes, leurs enfants allaient en classe et auraient le loisir de poursuivre leurs études. Les grands-mères dont certaines avaient encore les pieds déformés par la compression subie dans leur famille traditionnelle avaient les mêmes sentiments que leurs filles et nous parlaient de leurs petits-enfants en termes d’espoir pour un avenir lumineux. Elles étaient vêtues de pantalons noirs, de bas blancs et de sandales de feutre noir mais elles berçaient dans des moïses d’osier les Chinois de demain.

Nous avons eu droit à une soirée au grand Monde, un parc d’attractions genre Tivoli de Copenhague ou de notre ancien Luna-Park. Les habitants de Shanghai en étaient fiers car on avait rasé pour construire ce lieu populaire de divertissement les anciennes maisons de rendez-vous fréquentées en grand nombre par les « impérialistes. » Pour une somme modique on pouvait écouter un orchestre, assister à deux représentations théâtrales, l’une traditionnelle, l’autre moderne ou applaudir une troupe d’acrobates dont chaque numéro aurait fait les grands soirs d’une émission de Gilles Margaritis : un garçon jonglait avec des potiches de plusieurs kilos qui effleuraient sa tête et paraissaient aussi légères que des plumes. Les cyclistes étaient stupéfiants d’équilibre, un enfant escaladait sans difficulté une pyramide de chaises branlantes... Les spectateurs restaient assez froids devant de telles prouesses auxquelles ils étaient sans doute plus habitués que nous-mêmes qui applaudissions avec plaisir tant de légèreté, d’équilibre, de courage et d’adresse, l’apanage des cirques célèbres comme ceux de Moscou, de Pékin ou des grands cirques d’Outre-Atlantique.

Notre deuxième matinée fut consacrée à la visite du centre anticancéreux de Shanghai. L’intérêt d’une telle visite avait été formulé par mon mari, radiologiste et cobalthérapeute, appuyé par le Docteur Herbeau qui avait exprimé sans succès le même voeu à Moscou où l’on nous avait proposé pour notre retour dans la capitale après notre voyage en Chine la visite d’une usine de confitures (!), proposition que nous avions bien sûr déclinée.  Nous fûmes d’autant plus heureux qu’on répondît à notre demande que le quartier où se trouvait le centre avait été privé la veille d’électricité. C’est le médecin-chef lui-même, le Docteur Wang, qui nous reçut avec amabilité. L’hôpital pouvait recevoir trois cents malades et les soins étaient assurés par soixante neuf médecins. L’appareillage était moderne pour l’époque : deux bombes au cobalt, l’une soviétique, l’autre canadienne fonctionnaient à plein temps. Mon mari était d’autant plus intéressé qu’il avait créé le second centre de cobalthérapie de la région parisienne et avait pu constater à l’Exposition des Produits Chinois qu’une bombe de fabrication chinoise était exposée sans qu’on ait pu lui dire si elle fonctionnait déjà dans un centre anticancéreux.

Le Docteur Wang disposait pour ses malades de mille grammes de radium qu’on employait encore, même en France, pour certaines tumeurs localisées. Je revois la mallette plombée dans laquelle mon  mari transportait la quantité nécessaire louée dans un organisme centralisateur. C’est ainsi qu’il avait pu traiter une de mes tantes atteinte d’une tumeur qui avait proliféré de telle façon que le centre de Villejuif avait alors refusé de la prendre en charge. A Shanghai, le radium était contenu dans des tubes que l’on tirait sans les manipuler à l’aide d’un ingénieux système de poulies. Plus de deux mille malades étaient traités annuellement. Le chiffre était important mais pas excessif par rapport à l’énorme population. Les traitements au radium se pratiquaient dans des chambres isolées par des murs de trente centimètres d’épaisseur afin d’éviter les radiations.  

Le Docteur Wang qui parlait couramment français bien qu’il ait fait ses études aux Etats-Unis avant la proclamation de la République Populaire de Chine partit avec mon mari examiner quelques malades. Il en profita pour lui montrer les radios, les fichiers de patients (une chose inconcevable en Union Soviétique), les statistiques établies après plusieurs années de recul. A leur retour, le Docteur Wang nous raconta l’évolution de cet hôpital qui, avant 1949, était un dispensaire géré par deux médecins qui n’avaient aucune possibilité de traiter la moindre tumeur, simplement de constater les dégâts, puisqu’ils n’avaient même pas accès à la thérapie semi-profonde dont mon mari disposait à Necker dans les années cinquante avant de quitter le service pour diriger son propre centre. 

Le Docteur Wang et ses assistants ont formé en quinze ans cinquante radiologistes répartis dès leur spécialisation terminée dans les sept centres anticancéreux du pays et un grand nombre de scientifiques dont les recherches pointues se poursuivaient dans des laboratoires également répartis dans tout le pays. Une preuve tangible que le Docteur Wang se tenait au courant des recherches et des découvertes internationales, c’est qu’il n’a fallu à sa secrétaire que quelques minutes pour aller à la bibliothèque de l’hôpital et revenir avec les numéros du Journal Français de Radiologie où mon mari avait publié des articles sur la tomographie simultanée : il venait en fait de mettre au point un appareil qui fit les beaux jours des radiologistes, les Allemands surtout, avant l’apparition du scanner. La dédicace qu’il écrivit pour le Docteur Wang fit très plaisir à notre hôte qui venait de nous prouver l’excellence de l’accueil oriental et le cas qu’il faisait de la visite de médecins étrangers.

Nous avons eu à peine le temps de déjeuner avant de partir pour Nankin où nous sommes une fois de plus arrivés par une chaleur intense. Nankin est l’un des trois « fourneaux » de la Chine : il faisait au minimum 36° à l’ombre ! Nous y fûmes accueillis par un interprète fort décontracté à la langue fleurie qui ne devait pas déplaire à notre accompagnatrice, Mademoiselle Dubray. Bien qu’il nous ait accompagnés à l’hôtel, nous l’avons immédiatement quitté pour prendre une douche glacée et mettre en marche l’énorme ventilateur dont disposait chaque chambre, l’établissement n’étant malheureusement pas climatisé. La nuit fut étouffante et il était presque impossible de dormir.

Le lendemain matin, nous avons tout d’abord visité le Mausolée de Sun Yat Sen, premier Président de la République Chinoise en 1911, fondateur du Kuomintang et beau-frère de Thang Kaï-Chek qui était en 1964 le Président de Taïwan où il s’était réfugié en 1949 après la proclamation de la République Populaire de Chine, un poste qu’il a conservé jusqu’en 1975 quand son fils prit sa succession. Nous avons gravi les trois cent quatre vingt douze marches qui conduisent au mausolée et Monsieur Arzeliès, le professeur de Physique relativiste qui ne s’était pas beaucoup exprimé jusqu’alors, a déclaré avec le flegme qui le caractérisait : « c’est la seule chose valable que nous ayons vue jusqu’à présent ! »

Nous nous sommes ensuite promenés dans le Parc Lin Kuo où se trouve la Grande Salle (sans poutres) de la Générosité construite sous la dynastie des Ming. Nous avons vu aussi le Pavillon du Vent des Sapins, la Grande pagode puis le tombeau du premier Empereur Ming Tchou Ming Yuan Tchang. Après le déjeuner, nous avons eu la chance de pouvoir filmer dans la campagne environnante le battage du riz. J’avais déjà assisté à ce travail lors d’un séjour en Espagne dans les rizières de la province d’Alicante : dans certaines fermes, les gens foulaient au pied, dans d’autres on utilisait un cheval aveuglé par une bande d’étoffe et qui tournait des heures durant. En Chine, on battait également au pied et les ouvriers agricoles eux-mêmes tournaient afin de séparer le grain du son. Nous savons qu’aujourd’hui encore les campagnes ne sont pas aussi bien nanties que certaines villes (nous avons vu plus haut l’exemple de Shanghai et sa renaissance parmi les villes à l’économie florissante) qui rivalisent avec les plus grandes capitales du sud-est asiatique et de notre monde occidental mais je veux espérer que les machines agricoles ont fait leur apparition depuis notre voyage car c’est une chose de filmer des coutumes ancestrales, une autre de travailler au rythme d’un animal sans en avoir la force physique. Bien sûr le tableau qui s’offrait à nos yeux était fait pour nous plaire esthétiquement même avec les restrictions que je viens d’émettre d’autant plus que des centaines d’oies évoluaient sur les étangs voisins et que nous étions assez gourmands pour savoir qu’elles seraient à la base de certains mets aussi savoureux que ceux dont notre palais s’était déjà délecté. Il n’empêche que la Chine avait encore beaucoup à faire pour ne pas utiliser les hommes comme des machines.

La Montagne Pourpre nous attendait avec sa tour Cheh Li et son rocher aux Mille Bouddhas. Le plus grand, taillé dans la pierre, mesurait trente mètres de hauteur. Nous avons emprunté le sentier qui montait jusqu’au sommet de la montagne afin d’admirer le paysage au milieu duquel s’étire le Yang Tsé Kiang. Au retour, juste après l’excursion au lac des Lotus, nous avons essuyé notre première pluie de mousson. Les rues furent inondées en quelques minutes et très vite les passants eurent de l’eau jusqu’aux genoux, les plus chanceux roulant à bicyclette. Il fallut moins d’une heure pour que cinquante centimètres d’eau stagnent sur tout notre parcours. Le beau temps revenu, elle s’évapora très vite, laissant visibles des plaques de boue qu’évitaient les piétons comme ils le pouvaient.

Il n’était donc pas question de sortir pour se promener après le repas et nous avons passé quelques heures dans le salon de l’hôtel où l’on nous a passé des actualités et des documentaires en couleur. Nous avions un écouteur et l’interprète faisait de la traduction simultanée du mieux qu’il le pouvait. Les actualités étaient chinoises ou africaines : exposition chinoise à Tokyo ou au Mali, Guerre du Vietnam avec force détails sur la cruauté des impérialistes américains. Rien ne semblait alors transpercer en Chine de la vie occidentale et la Grande Muraille paraissait aussi étanche que le rideau de fer.

Les documentaires rejoignaient dans leur conception l’opéra moderne que nous avions vu à Hangzhou. Filmés à la gloire de la Chine Populaire, ils retraçaient la bonté, l’héroïsme, la grandeur d’âme des résistants, soldats et marins communistes à travers des chants et des danses apparemment traditionnels. N’étaient les commentaires qu’on nous a traduits et les costumes mao, l’art plastique semblait relever de l’école de danse de Pékin avec à la fois des mouvements majestueux et lents et des acrobaties incroyables. Malheureusement le dernier film nous parut être une antithèse de ce que nous croyions être la tradition chinoise : c’était un plagiat de West Side Story à la sauce orientale. Des acteurs chinois dont la figure avait été passée au cirage à la manière des chanteurs blancs des années trente jouaient des habitants de Harlem, New York, USA. Ils étaient maltraités par d’horribles policiers qui fumaient d’énormes cigares. Une bagarre éclatait entre Jaunes-Noirs et Jaunes-Blancs. Un Jaune-Noir était torturé tandis qu’un Jaune-Policier était abattu. Les méchants se sauvaient et les bons pouvaient alors danser le pseudo twist de la victoire. Le tout était si indigeste que nous avons poussé un soupir de soulagement quand nous avons pu enfin regagner nos chambres après de vagues applaudissements.

Le lendemain nous nous sommes rendus à la Terrasse Yuhouataï ou Terrasse de la Pluie de Fleurs. Les martyrs exécutés par le Kuomintang de Tchan Kaï Chek y sont enterrés. On se souviendra qu’il avait établi un gouvernement nationaliste à Nankin en 1927 et que ce Kuomintang n’avait pas de commune mesure avec celui de Sun Yat Sen dont le souvenir était perpétué par la présence de sa veuve très âgée, la soeur de Madame Tchan Kaï Chek, au sein du gouvernement populaire. Certains d’entre les martyrs, nous dit le guide, furent ensevelis vivants sur cette colline et des cavaliers chevauchèrent les têtes qui dépassaient. Il est certain qu’il était difficile pour nous de concrétiser cette lutte presque fratricide entre deux hommes, Tchan Kaï Chek et Mao Tse-Toung, car il est vrai que si le premier provoqua par son attitude antagoniste la mise en place de La Longue Marche, il revint lutter auprès de son ancien compagnon du premier Kuomintang contre les Japonais jusqu’en 1936 puis se détourna de lui durant l’âpre Guerre Civile gagnée par Mao Tse-Toung.

Après cette visite assez émouvante car la Terrasse de la Pluie des Fleurs fait partie intégrante de l’Histoire de la Chine contemporaine et plus particulièrement de l’Histoire de Nankin, nous n’avions pas très envie d’aller au Combinat des Engrais Chimiques sur les rives du Yang Tse Kiang pour entendre parler de l’héroïsme des ouvriers et des ouvrières, de la scolarité des enfants, de salaires et d’autres sujets qui sont l’apanage de tous les travailleurs des sociétés en voie de développement. Le directeur nous accorda le loisir de déjeuner avant la visite de cette énorme entreprise qui employait dix sept mille ouvriers et leur prodiguait des soins médicaux gratuits, une cantine à prix modique, des loyers insignifiants dans la cité ouvrière, des bâtiments réservés aux célibataires... à défaut de leur donner des congés payés.

 

Nous avons regagné la ville après avoir retraversé le grand fleuve que nous avions franchi une première fois pour voir les réalisations de l’autre rive. Sous la pluie, nous avons roulé à travers de pauvres villages où les gens, tout en nous regardant passer depuis le seuil de leurs maisons, avalaient d’énormes bols de riz qu’ils introduisaient avec agilité dans leur bouche à l’aide des traditionnelles baguettes. J’avais cependant remarqué dans une école que les petits mangeaient leur bol de riz à l’aide d’une cuillère, ce qui est peut-être plus facile au départ. Le guide en a profité pour nous dire que la consommation de riz était de deux cent cinquante kilos par adulte et par an. Nous avons fait le soir l’un des plus merveilleux repas qu’il m’ait été permis de savourer, différent de celui du « Canard Laqué » de Pékin mais tout aussi délectable. Ce fut une symphonie à base de lotus, l’emblème de Nankin, dont le premier mouvement se composait de plats froids, oeufs de cane, amandes de lotus, jambon, poulets en lanières, le second d’innombrables plats chauds, anguilles du lac à l’ail et au gingembre, toasts de sapèques d’or (crevettes), tranches de poisson cuites dans des feuilles de lotus, pâtés de racines de lotus, potage Tonnerre de Printemps versé par les serveuses sur des croûtes bouillantes de riz aux crevettes dans une énorme citrouille évidée, le contact entre le potage bouillant et les croûtes de riz faisant chanter ces dernières, d’où le nom de la recette, canard croustillant sur pétales et fleurs de lotus, pâtés ronds fourrés aux graines de lotus.

Les tables elles-mêmes, recouvertes de nappes blanches, étaient ornées de sujets confectionnés en mie de pain : grenouilles, canards, cygnes, tortues... peinturlurés de couleurs vives et symbolisant la faune du lac. Le repas entier répondait aux critères traditionnels, philosophiques et esthétiques de la cuisine chinoise dont le but est de tenir en éveil les cinq sens : elle doit plaire au regard, dégager des odeurs délicieuses, réjouir le palais, se désagréger au seul toucher des baguettes et craquer au contact de la chaleur. 

Nous avons proposé une vingtaine de toasts au vin de la province de Nankin en criant « cambé » (cul-sec) puis nous avons fait appeler le chef-cuisinier que nous avons félicité avant de boire à sa santé. Au moment du départ, la direction du restaurant a offert aux dames un bouquet de fleurs de lotus, une attention charmante qui, le vin et le souvenir tout jeune de la bonne chair aidant, a encore augmenté notre impression de bien-être. Je me suis souvent demandée depuis nos agapes chinoises la raison pour laquelle on mangeait si mal en Union Soviétique alors que mes amis russes de Paris nous invitaient à de délicieux repas et pour quelle raison aussi la cuisine chinoise était restée délectable en dépit des bouleversements politiques. La réponse tient peut-être à ce que les grandes familles russes ont fui la Révolution avec leurs recettes (le borstch excepté qui est resté l’apanage des paysans et que j’ai trouvé succulent d’un bout à l’autre de l’Union Soviétique) alors que peu de grandes familles ont quitté la Chine sinon avec Tchan Kaï Chek et pour demeurer dans un environnement oriental, la cuisine continuant à être l’une des composantes des grandes traditions populaires de cet étonnant pays.

Nous avons changé une fois de plus d’hôtel à Pékin où nous sommes revenus pour un dernier séjour. Il semblait qu’on voulût nous montrer que les grandes villes ne manquaient pas d’établissements adéquats. Au programme du matin, une usine d’objets artisanaux. On y travaillait le jade, l’ivoire, le cloisonné, le filigrane et la laque. Pour obtenir des émaux cloisonnés, les ouvrières délimitaient par un mince fil d’or de petites enclaves où la poudre d’émail était déposée à l’aide d’une curette et grâce à la fusion, travail accompli par leurs collègues masculins, fil et enclaves s’emprisonnaient mutuellement. Pour ce qui est du filigrane, elles entrelaçaient et soudaient des fils métalliques, souvent porteurs d’une granulation, technique mise au point en Asie quatre mille ans avant notre ère. La laque est un genre de résine qui se solidifie en séchant. Des ouvriers fabriquaient des vases dont la matière provenait de plus de cent couches de laque superposées. D’autres taillaient des blocs de jade et des morceaux d’ivoire avec des pierres tendres. Tous ces objets dont la fabrication se transmettait oralement de père en fils étaient devenus monnaie courante dans les usines et les produits s’apprêtaient sans doute à inonder les marchés occidentaux. Encore fallait-il aimer tous ces objets dont certains relevaient de la pacotille.

Au retour, nous sommes passés dans la rue des Antiquaires et des Reproductions de tableaux. Nous avons acheté des estampes sur soie, des éventails de théâtre et des cartes de voeux représentant des petits garçons jouant au sabre, au cerf-volant, à la toupie, au pétard... Après le déjeuner, nous avons acheté des disques chinois et mongols au grand magasin d’Etat de Wang Fu Chin. Un 33 tours valait environ trois à quatre yuans (6 à 8 francs français.) Nous sommes allées ensuite au bazar qui est un compromis entre le Goum de Moscou et les souks d’Afrique du Nord. On y trouve des antiquaires, des pharmacies traditionnelles, des épiceries regorgeant de nourritures les plus variées et les plus fines: vermicelles chinois, ailerons de requin, sèches, crevettes, langoustines…, des boutiques de tissu, de chaussures, de sacs, d’éventails, de costumes et de sabres de théâtre, des échoppes de fruits confits, de bonbons acidulés, fourrés, au citron, à la mandarine... Nous avons fait halte dans un débit de boissons : un mince vieillard à longue barbiche nous a servi dans un pichet de verre la bière délicieuse et fraîche qu’il a tirée d’un énorme fût de bois.

Nous avons passé au Parc Sun Yat Sen la fin de la soirée. Des tréteaux de cirque étaient installés dans un ancien temple de l’empereur qui s’ouvre sur des jardins par des colonnades néo-grecques. Les meilleurs numéros étaient ceux des clowns et des chiens chinois : un ou deux hommes travestis en chiens pékinois attrapaient au vol des boules bleues et roses que leur lançaient des acrobates. Dans les jardins, des vendeurs ambulants proposaient de beaux fruits de saison, pêches, poires, raisins. Il faisait doux et sur Tien An Men des jeunes gens et des jeunes filles continuaient à répéter inlassablement le programme des défilés du 1er Octobre.

Le temps a passé vite, notre dernier matin est survenu sans que nous y ayons pris garde : dès six heures du matin, des hommes et des femmes pratiquaient leur gymnastique dans les parcs et sur les larges trottoirs au son d’une musique diffusée par des haut-parleurs. J’aimais la lenteur mesurée de leurs gestes que nous avons observée en partant pour nos dernières excursions : tout d’abord, le Palais d’Eté situé au nord-ouest de la ville. Pour nous y rendre, nous avons traversé le quartier des Instituts très différent de l’Université de Moscou qui se dresse, colossale et solitaire, sur le Mont Lénine (ancien Mont des Oiseaux.) Les facultés de Pékin étaient quand nous les avons découvertes des immeubles modernes enfouis sous les arbres : Institut de Physique et Chimie, Institut agronomique, polytechnique... Poursuivant notre route, nous sommes montés au Temple des Nuages d’Azur afin d’admirer la Pagode du Trône de Diamant et la Salle des Arhats ou disciples du Bouddha. Au premier plan se trouve le Mémorial de Sun Yat Sen où l’on exposait le cercueil de verre à couvercle d’acier offert en 1925 par le gouvernement soviétique. Ce cadeau étant arrivé deux semaines après l’inhumation de Sun Yat Sen au Mausolée de Nankin, les autorités chinoises ont conservé pieusement au Mémorial de Pékin le don de la nation qui fut leur amie jusqu’à la grande séparation qui commença par le rappel des experts soviétiques en 1960.

C’est à l’Est du Temple que se situe la Salle des Arhats, cinq cent huit statues, chacune dans une pose différente. Quand on est seul dans un des couloirs de cette salle immense on a véritablement l’impression qu’un des Arhats souriants va parler. La Pagode du Trône est dessinée d’après une pagode de l’Inde Centrale. Un escalier central conduit à la plate-forme de la fondation sur laquelle se dressent cinq pagodes et deux dagobes de style tibétain. L’excursion s’est poursuivie au Temple du Bouddha Dormant dont la statue est en cuivre. Il est étendu dans la position du sommeil mais accoudé sur un bras et la tête reposant sur la main. Il est lui-même entouré de douze statues plus petites.

Nous avons déjeuné au Palais d’Eté auquel on accède après avoir parcouru le long corridor de mille six cents mètres dont les centaines de colonnades serpentent le long des jardins et du lac. A la fin du déjeuner, tradition oblige, nous avons proposé nos derniers toasts et fait nos adieux aux directeurs de la Luksingshe de Pékin. Monsieur Durand-Monti a exprimé nos remerciements et nos regrets de quitter ce grand pays dont nous avions entrevu certains aspects politiques, historiques, géographiques, artistiques, religieux (sans mentionner pour autant que nous avions pu constater une similitude entre les consignes du Gouvernement chinois et celles de la Révolution Française : comme durant celle-ci et quand ils furent autorisés à le faire, les prêtres bouddhistes ne pouvaient exercer leur sacerdoce sans la permissions des autorités « compétentes. » C’est la raison pour laquelle nous avons assimilé la plupart des nombreux temples que nous avons visités à des musées plutôt qu’à des édifices religieux.) Monsieur Durand-Monti a bien sûr mentionné la cuisine délicieuse qui a, comme le veut la tradition chinoise, réjoui nos cinq sens tout au long de notre séjour et dans toutes les provinces que nous avons traversées.

Après un coup d’oeil sur les Pavillons de l’Impératrice Tseu-Hui encombrés de meubles assez laids, nous embarquâmes sur un grand bateau plat qui nous a ramenés à notre point de départ d’où la vue sur le Pont des Dix Sept Arches et celui de la Ceinture de Jade est superbe. Le guide nous a raconté l’anecdote suivante: l’Impératrice Tseu-Hui, dernière Impératrice d’origine mandchoue et grand-mère de Kinag-Siu dont nous connaissons aujourd’hui l’enfance à travers le film de Bertolucci mais qui fut, adulte, la marionnette des Japonais comme roi du Mandchoukouo (nom de l’ancienne Mandchourie de 1932 à 1945) et vécut modestement à Pékin jusqu’à sa mort après avoir « reconnu » ses fautes, Tseu-Hui donc avait reçu des Impérialistes des sommes importantes pour consolider sa flotte au moment de la Guerre des Boxers. Laissant à ses généreux donateurs le soin de mener une expédition punitive contre ces gens qui les haïssaient et exerçaient contre eux une xénophobie passionnée, elle dilapida les sommes reçues dans la construction du gigantesque bateau de pierre figé au milieu du lac tel un bâtiment fantôme.

Le temps était venu de rentrer à l’hôtel pour faire les bagages. Nous avons quitté Pékin - Beijing comme on dit dans mon Atlas du Monde et même dans mon Petit Larousse qui a sinisé tous les noms propres à tel point qu’il ne sont plus prononçables en français - à dix huit heures, la tête pleine de souvenirs et d’images à mettre en ordre. La Chine est un pays bien trop grand et bien trop énigmatique pour que nous n’en ayons eu plus qu’une vision. S’étofferait-elle grâce aux films et aux photos que nous ferions développer à notre retour en France ? L’avenir le dirait mais je doute qu’un voyage touristique puisse donner une image constructive d’un pays dont l’idéologie est stricte et programmée pour des décennies.

Monsieur Li nous a accompagnés à la gare et nous a fait de nouveaux adieux. Le jeune Tchen était chargé de nous convoyer jusqu’à la frontière d’Elian pour nous en faciliter le passage. Nous nous sommes réinstallés dans les compartiments du Pékin-Moscou où nous avons retrouvé nos stewards de l’aller et nous avons employé les quelques heures qui nous séparaient d’Elian pour transcrire en caractères chinois avec l’aide amicale de Tchen les mots dont nous aurons besoin pour monter photos et documentaires. Les adieux d’Elian furent assez émouvants : le jeune Chinois de vingt deux ans quittait son premier groupe de touristes français. Il se souviendrait de nous s’il avait l’occasion d’escorter d’autres groupes, ce qui nous semblait assez problématique : nous avions en effet entendu dire que le gouvernement chinois n’était pas favorable à l’ouverture de leur démocratie populaire à des touristes nantis mais songeait à privilégier la venue de travailleurs étrangers plus aptes à comprendre les intentions des dirigeants et les destinées du pays.

 

Le gouvernement chinois a bien changé depuis cette époque qui pourra paraître lointaine aux jeunes lecteurs et je crois qu’il préfère aujourd’hui la venue de gros entrepreneurs plutôt que celle d’ouvriers dont les portefeuilles ne sont pas assez bien rembourrés. Si l’on considère aujourd’hui l’évolution de la Chine Populaire et son ouverture à l’économie de marché, on peut dire qu’il y a une scission entre la Chine d’avant la Révolution Culturelle de 1966 - celle dont j’ai essayé d’esquisser le portrait - qui fut en quelque sorte un moyen de reculer pour mieux sauter et celle qui fut reconnue par l’ONU en 1972. Nous avons assisté à l’éclosion de fortunes colossales réalisées par les nouveaux mandarins de l’économie, à la construction de villes nouvelles, à l’entreprise de travaux de grande envergure mais nous savons que des millions de gens travaillent dur pour des salaires infimes ou inexistants et que les campagnes n’ont pratiquement eu aucune retombée de la nouvelle manne.[3]

La Chine aujourd’hui est un pays-continent jouant le rôle d’usine du monde, avec une main-d’œuvre bon marché, un taux d’expansion annuel de 8 % et l’apparition d’une classe aisée, de plus en plus nombreuse, qui consomme et voyage. Avec un accroissement économique fulgurant depuis 15 ans, on assiste aussi à d’importantes disparités spatiales : une frange littorale riche et urbanisée et des provinces montagneuses intérieures encore arriérées. Le monde paysan pauvre, représentant plus de 70 % de la population, est en crise face à la dégradation de l’environnement et à la mondialisation. Doté du chromosome capitaliste, d’une grande capacité d’adaptation, d’une jeunesse dynamique et d’une ouverture de plus en plus grande sur le monde, l’Empire du Milieu ne pourra pas maintenir indéfiniment un régime de parti unique. Hong Kong montre la voie, des voix s’élèvent. Pékin est inquiet, une nouvelle génération est en marche. Par sa masse et son rôle de locomotive, la Chine intéresse le monde entier. Son rêve, devenir une superpuissance, est l’une des nouvelles donnes du XXIe siècle. Un nouveau partage du monde est en cours pour la course aux ressources énergétiques. Toute prospective est cependant difficile compte tenu de la nébuleuse incontrôlable des paramètres. Mais en Chine comme ailleurs, personne ne pourra faire l’économie d’une gestion nouvelle de l’environnement car c’est à moyen terme l’avenir même de l’espèce humaine qui est en jeu.

Tout ce qui vient d’être dit sur l’économie chinoise ne m’empêche pas de croire qu’elle représente pour le monde un péril beaucoup plus grand que ne l’était le péril jaune représenté entre les deux guerres mondiales par le Japon. Aux informations, il ne se passe pas une heure sans que l’on nous parle de la Chine et que l’on nous rabâche que nous vivons l’année du coq. On va même très loin puisque des astrologues font des analyses telles que la suivante :

L’année, placée sous le signe de l’animal symbolique Coq et de l’élément cosmogonique Bois, sera donc une année du Coq de Bois. Comment allons-nous vivre cette nouvelle année sur le plan tant individuel que mondial ? Que nous réservent les astres ? Quels domaines de notre vie seront-ils favorisés, et quels autres sujets à tribulations ? Quelles mesures devrons-nous prendre afin de pouvoir vivre notre année de la façon la plus heureuse possible ? Inutile de se leurrer : la nouvelle année du Coq sera marquée par une conjoncture économique plus difficile que les trois dernières années. Un certain ralentissement sera perceptible dans tous les secteurs d'activité. L'argent se fera plus rare, et l’on devra travailler plus dur si l'on veut préserver son niveau de vie actuel…

Je m’arrête avant la fin mais tout ce que je souhaite, c’est que ces pronostics se réalisent et que les Chinois fortunés soient confrontés à une année difficile. Combien d’entre ces nouveaux riches savent-ils que deux cent cinquante hommes et femmes sont condamnés à mort et exécutés annuellement (si ce n’est pas mensuellement…) dans ce beau pays des rêves. Pour mon compte, il reste un de ceux contre lesquels je garde des épines au fond de mon cœur. Au Pays du coq, se souvient-on de l’année 1950 (deux années seulement après la proclamation de la Chine Populaire) où le Tibet fut envahi, conquis, perdit des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants pour la plus grande gloire du père Mao vénéré ?[4] Jusqu’à l’invasion chinoise, le pays était couvert de milliers de monastères où méditations et lectures des textes sacrés constituaient l'essentiel des journées des moines. Lors des grandes festivités annuelles, des danses sacrées étaient exécutées par les moines, danses codifiées, ritualisées, où étaient données à voir des représentations symboliques très imagées des divers aspects des avatars tibétains du Bouddha, des apparitions de Boddhisattvas, des formes spectaculaires de l’ego et de ses déguisements, des visions des déités célestes... À la suite de l'invasion du Tibet par la Chine, plus de six mille monastères furent détruits et un million de Tibétains périrent. Les bibliothèques furent brûlées ou jetées dans les rivières, les statues brisées ou refondues pour faire des canons de fusils. Le monastère de Shéchen, fondé au 18ème siècle, au Tibet Oriental, ne fut pas épargné par ce triste sort. Plus de trente se sont écoulés avant que le Festival Annuel de Danses Sacrés ne soit reconstitué à Shéchen au Népal en 1983 puis au Tibet en 1985. Un maître de danse et un maître de chant purent venir du Tibet et passer plusieurs années à Katmandou afin d’y rétablir la tradition musicale et chorégraphique qui faisait la réputation du Monastère de Shéchen.

Monsieur Chirac a-t-il donc si peu de scrupules qu’il considère la Russie et la Chine comme des pays amis ? Oserai-je dire : qui se ressemble s’assemble ? J’ai été si fière la nuit où s’est envolée notre Ariane V européenne ! Je crois que parmi toutes ces années que l’on célèbre, toutes ces Saints Valentins que l’on se souhaite, c’est la seule bonne nouvelle que j’aie entendue depuis longtemps. Comment pourrais-je me mêler à des joies futiles quand les reporters envoyés en Iraq sont enlevés sans qu’on sache où et par qui ?  J’ai dit un jour que nous étions pires que les Romains qui se contentaient de pain et de jeux. Nous voulons plus de jeux et non plus du pain mais de la bonne nourriture chinoise qui, vu le nombre de Chinois installés en France (même dans les bureaux de tabac ai-je entendu dire !) nous fera tous crever un beau jour. Mais il faut bien mourir, n’est-ce pas ?[5] Alors que ce soit de la main des bourreaux ou des Chinois… En attendant, nous aurons eu plus de jeux que tous les hommes et femmes de l’antiquité en ont jamais eus ! Alors, vive les jeux de Pékin de 2008 où se rendront tous les gens qui ne voient pas au-delà de leur satisfaction touristique et bonne mort à tout le monde de la fameuse grippe aviaire que ces braves Chinois réussiront bien un jour à nous repasser, ne serait-ce que pour nous réapprendre à ne pas les aimer !



[1] Si la Chine a bien récupéré Hong Kong, il n’en est pas de même pour Taïwan qui est encore aujourd’hui un Etat libre.

[2] Nous n’aurions plus peur de le faire aujourd’hui où les Chinois sont tellement devenus friands de musique classique occidentale que le pays compte le plus grand nombre de jeunes violonistes et pianistes du monde !

[3] J’ai acheté chez IKEA un très beau thermos que je croyais de fabrication norvégienne. Quand je l’ai retrourné, j’ai vu qu’il avait été en fait fabriqué en Chine populaire. Je me suis renseignée et j’ai pu constater que cet objet dont j’hésite à me servir avait été fabriqué dans un camp par des hommes et des femmes qui travaillent sans aucune rémunération !

[4] La persécution religieuse, les graves violations des droits de l'Homme, la destruction systématique des bâtiments religieux et historiques par les autorités occupantes n’ont pas réussi à détruire la volonté du peuple tibétain de résister à la destruction de son identité nationale. À la suite de l’occupation chinoise, 1 200 000 Tibétains, c’est-à-dire plus d’un sixième de la population totale, ont perdu la vie. Mais la nouvelle génération tibétaine semble autant déterminée que la génération précédente pour reconquérir l’indépendance du Pays.

[5] Je viens d’entendre aux informations qu’un coup de grisou a tué plus de deux cent cinquante mineurs dans une exploitation comme il en existe des centaines en Chine où l’on se préoccupe plus d’exploiter au maximum les réserves de charbon plutôt que de prendre soin des travailleurs que justement on y exploite ! C’est d’ailleurs le nombre impressionnant de mines exploitées qui empêchent la Chine comme les USA de signer le Protocome de Kyto car ce sont les deux pays les plus pollués du monde.