Une photographie de Jim Hayes


Qui a tué Daniel Pearl

 par Lise Wilar

Mots...dits

 

Vendredi 8 mai, jour où le gouvernement français a voulu célébrer le souvenir de la victoire de 1945 en rendant particulièrement hommage à son armée – ce qui peut apparaître comme un camouflet à nos alliés allemands et qui devrait disparaître avec la naissance de l’Europe « unie » - la ville de Cherbourg s’est souvenue que le 8 mai 2002 onze ingénieurs français de la Direction des Constructions Navales (DCN) avaient été tués dans un attentat à la voiture piégée devant l’hôtel Sheraton de Karachi. Ce Pakistan que les Etats-Unis tiennent à compter parmi leurs alliés, ne faut-il tout de même pas continuer à se poser des questions quant à son implication constante dans l’éducation, la formation, la caution des futurs terroristes ? Alors que la coalition vient d’écraser le régime de Saddam Hussein au nom de la lutte contre le terrorisme, ne peut-on se demander si le Pakistan n’est pas plus dangereux que n’importe quel autre pays qui figure sur la liste des ennemis des valeurs américaines ? C’est sans doute la raison pour laquelle, l’ouvrage de Bernard-Henry Lévy en mains, j’ai voulu m’en pénétrer pour essayer de connaître un peu mieux les dédales de ce pays dangereux d’Extrême-Orient et d’apprendre si, selon l’auteur, Daniel Pearl était mort parce qu’il était sur le point de révéler que des scientifiques islamistes pakistanais voulaient procurer des armes de destruction massive à al-Qaïda. Je voulais aussi faire connaissance avec le héros du livre, Daniel Pearl, et son « anti héros » Omar Sheikh dont on dit qu’ils ont pratiquement fasciné BHL au même degré même si toute sa commisération est allée au  premier à tel point qu’il a voulu recréer son image, recomposer sa vie… et son étonnement accablé au second. Je prie mes amis de m’excuser si je commence mon récit par l’épisode terrible, incroyable, indicible de la « mise à  mort » mais c’est à la fois le début du livre et la fin d’un homme et l’on ne pourrait y échapper sans avoir l’impression de tricher.

 

Daniel Pearl 

 

 ... En même temps, pourtant, il n'y croit pas - il n'arrive pas à penser que les choses, en une nuit, aient pu se dégrader à ce point. D'abord, il est leur allié. Cent fois, depuis huit jours, il leur a dit que s'il n'en restait qu'un, s'il devait ne plus y avoir qu'un Américain, et un Juif, pour tendre la main aux musulmans en général et à ceux du Pakistan en particulier, s'il devait être le dernier à récuser le thème absurde de la guerre des civilisations et à garder foi dans la paix avec l'Islam, eh bien il serait cet homme-là, lui, Daniel Pearl, Juif de gauche, progressiste, Américain hostile - toute sa carrière en témoigne - à ce que l'Amérique peut avoir de bête et d'arrogant, ami des incomptés, de l'universel orphelin, des déshérités.

... Pearl, les yeux fermés, sent le mouvement de la lame vers sa gorge. Il entend comme un bruit d'air froissé près de son visage et conclut que le Yéménite est entrain de répéter. Il ne parvient toujours pas à y croire tout à fait. Mais il a froid, il grelotte. Tout son corps se rétracte. Il voudrait arrêter de respirer, se faire petit, disparaître. Il voudrait, au moins, pouvoir baisser la tête et pleurer... Sa vue commence à se brouiller. La dernière image du monde, se dit-il. Il transpire et frissonne à la fois. Il entend l'aboi d'un chien dans le lointain. Le bourdonnement d'une mouche, toute proche. Puis, enfin, le cri d'une poule qui se confond avec son propre cri, stupeur et douleur mêlées, inhumain.

Car ça y est. Le couteau est entré dans la chair. Doucement, très doucement, il a commencé sous l'oreille, très en arrière du cou. Certains m'ont dit que c'était comme un rituel. D'autres, que c'est la méthode classique pour trancher tout de suite la corde vocale et empêcher la victime de crier. Mais Pearl s'est cabré. Il a furieusement cherché de l'air dans son larynx charcuté. Et le mouvement qu'il a fait est si violent, la force qui lui est revenue si grande, qu'il échappe à la prise de Karim, hurle comme une bête et s'effondre, en râlant, dans son sang qui coule à flot. Le Yéménite à la caméra hurle aussi. A mi-chemin, les mains et les bras pleins de sang, le Yéménite tueur le regarde et s'arrête. La caméra n'a pas fonctionné. Il faut, pour la caméra, tout arrêter et recommencer. Vingt secondes passent, peut-être trente - le temps, pour le Yéménite, de remettre en marche et de recadrer. Pearl est couché sur le ventre maintenant. La tête, à demi coupée, s'est écartée du buste, loin en arrière des épaules. Les doigts des deux mains sont plantés, telles des serres, dans la terre. Il ne bouge plus ? Il geint. Il hoquette. Il respire encore, mais par à-coups, en émettant un râle, entrecoupé de gargouillements et de gémissements de chiots. Karim met les doigts, alors, dans la plaie pour en écarter les lèvres et dégager le terrain pour le retour du couteau. Le deuxième Yéménite incline l'une des lampes pour mieux voir, sort son propre couteau et, fébrile, comme enivré par la vue, l'odeur, le goût du sang chaud qui s'échappe de la carotide comme d'une tuyauterie crevée et lui gicle à la figure, coupe puis arrache la chemise. Et le tueur, alors, achève sa besogne: le couteau à côté de la première blessure; les cervicales qui craquent; une nouvelle giclée de sang qui lui arrive dans les yeux et l'aveugle; la tête qui, roulant d'arrière en avant comme si elle était encore animée d'une vie propre, finit par se détacher; et Karim qui la brandit, tel un trophée, face à la caméra. 

 

Si je n’arrive pas à oublier ce qui vient d’être écrit, à tel point que j’ai dû arrêter de lire durant quelques jours parce qu’il fallait tout d’abord que j’accepte de continuer, que j’assimile, que je dépose les mots dans un coin de mon âme, c’est que Danny a exprimé quelques minutes avant de mourir ce sentiment comme j’ai voulu moi-même le faire depuis de longues années en disant à mon entourage musulman : « prenez ma main, prenez mon cœur, nous sommes tous frères en Abraham. » Ma détresse est venue comme la sienne de ce que certains de mes amis les plus proches n’aient pas acquiescé à ma demande parce qu’ils étaient arrivés au-delà du possible et que deux d’entre eux en tout cas constituaient des ennemis potentiels. Je ne dis pas que j’ai pu ressentir le désespoir de Daniel Pearl, n’étant jamais allée aussi loin que ce grand reporter dans ma quête mais en tout cas il me semble que j’ai pu le comprendre, comprendre son étonnement, son incrédulité, son refus d’accepter une blessure morale insupportable avant que son corps ne soit plus et le souvenir de leur enfant, mari, ami, tout ce qui restait aux siens.

Car les siens c’est vers eux, à Los Angeles, que s’est immédiatement tourné l’auteur pour les écouter, apprendre s’ils arrivaient aux mêmes conclusions que lui en ce qui concernent les images de la vidéo. Judéa, le père de Danny, les a regardées des centaines de fois et il est perplexe en même temps que désespérément malheureux. Alors que BHL est d’avis que les mots de Danny prononcés avant sa mise à mort ont été, pour la première partie du texte, imposés par les tortionnaires, Judéa est d’un avis contraire car personne au monde que son fils et lui-même ne pouvaient être au courant de l’existence de cet aïeul pionnier dont la rue d’un village porte le nom en Israël. Pour ce père, la mention de l’aïeul est un message dans lequel Danny affirme non devant des hommes mais devant Dieu qu’il est juif et mourra juif : BHL écrit :  Je pense à ces personnages d’Isaac Babel, dans ‘Cavalerie Rouge’ qui jusqu’à la dernière minute, quand le cosaque tueur de juifs va leur taillader le visage ou les dépecer, continuent d’affirmer ‘je suis juif’.  Au cours de l’entretien, comment assimiler les mots de cette mère, toute petite, oppressée, la voix sourde : Ils ne l’ont quand même pas découpé pour le faire entrer plus facilement dans les sacs de plastique ?  Et puis, réalisant qu’avant de l’enterrer, les tueurs ont recomposé le corps :  Peut-être quelqu’un a-t-il voulu, à la fin, prendre soin de lui. 

 

Mais qui voir, en dehors des parents, sinon Marianne, la femme de Danny ? Elle a mis au monde un petit Adam (du nom de John Quincy Adams, sixième Président des Etats-Unis, fervent abolitionniste, qui s’est battu contre l’esclavage) car elle était enceinte à Karachi, elle veut retourner au Pakistan sur les traces de Danny, faire un film de devoir et de vérité. L’appartement de Marianne est un musée de photos du bonheur, de photos de Danny depuis son enfance, des photos qui disent son amour de la musique, du violon, du sport, des filles, de la danse, de l’amitié, de Marianne en jupe de taffetas orange le jour de son mariage, du journalisme, des reportages pour le Wall Street Journal… Il n’est pas question à cette première visite chez Marianne de la video.

 

Au cours d’une autre visite à Judéa, BHL apprend qu’un de ses collègues a acheté sur le marché de Kaboul un ordinateur d’occasion  où il a découvert avec stupeur que le disque dur contient tout un tas d’informations étranges qui sentent l’al-Qaïda, informations qu’il a transmises à ses services et par conséquent à Danny.  Judéa révèle que son fils parlait un peu l’arabe à cause de sa mère, juive d’origine iraqienne. [1] Il discutait avec Gilles, son ami d’enfance, à propos du Coran. Selon un témoignage de Sam Anson dans Vanity Fair il est demeuré sur place à Peshawar, la veille des bombardements US sur Kaboul, à l’une des manifestations où l’on brûle les effigies de Bush. Danny pensait que l’Amérique et l’Occident étaient les obligés du monde.

BHV se remémore à présent son séjour à Kaboul quand il apprit de la bouche même du Président Karsaï la mort par égorgement du journaliste américain Daniel Pearl. Voici pourquoi il n’arrête pas d’en revenir à la vidéo, toujours plein d’émotion, de tendresse pour ce journaliste américain lumineux, sympathique, croisé, à l’été 1997 à Asmara en Erythrée et qui cherchait, comme moi, à entrer en contact avec le chrétien soudanais, en lutte contre les islamistes de Khartoum, John Garang.  Il a toujours la volonté farouche de recréer ce mort qu’il faut rendre vivant, ce semblable, ce frère. Il a décidé de mettre un contrat sur la tête de Pearl, mais pour le ressusciter.

 

Omar Sheikh

 

Comment y arriver sinon en remontant jusqu’à l’assassin, au cerveau, à l’organisateur, au recruteur, pour comprendre ses motifs ou pour effacer les traces infamantes ? Qui est cet Omar Sheikh qui a fait prendre au piège Danny pour l’amener au Village Garden, le conduire à Gulzar e-Hijri, le séquestrer, le tuer, l’enterrer ? Qui est cet Omar Sheikh qui, arrêté dès le lendemain de la mort de Danny a déclaré aux enquêteurs : I planned the kidnapping, j’ai planifié l’enlèvement, car j’étais sûr de pouvoir traiter avec le gouvernement américain pour obtenir la libération d’une ou deux personnes, comme l’ancien ambassadeur des talibans au Pakistan, Mullah Abdul Salam Zaeef ? Qui est cet Omar Sheikh qu’un tribunal d’Hyderabad au nord-est de Karachi a condamné à être pendu après trois mois de procès à rebondissements ? Qui est cet Omar Sheikh dont la photo est parue en vis-à-vis avec celle de Danny sur une page du Dawn, le grand quotidien de Karachi, le 16 juillet 2002, au lendemain du verdict, Pearl avec son regard pétillant, cette lueur éblouie dans l’œil…son air d’ironie bienveillante, son humour…Sheikh, de profil, beau lui aussi, visage bien construit, front haut, regard sans vice ni malice, dégaine d’intellectuel archi-occidentalisé, rien en tout cas qui signale l’islamiste obtus, le fanatique…Qui est donc Omar ?

 

 Le 15 juillet 2002, Le Guardian publie une biographie à laquelle se réfère BHL : Né en Grande-Bretagne dans une famille pakistanaise aisée installée dans une banlieue de l’est de Londres, il jouit d’une double nationalité, pakistanaise et britannique. Son  père avait une affaire import-export de prêt-à-porter, il avait une sœur à Oxford, un frère à Cambridge. Il est entré à 18 ans à la prestigieuse London School of Economics (LSE)  A l'occasion d'un voyage dans la Bosnie en guerre, organisé par une association d'étudiants musulmans, il a basculé dans le militantisme radical et adhéré par la suite à l’un des groupes islamistes les plus extrémistes, les plus violents et les plus en vue du Pakistan, le Jaish e-Mohammed. Un touriste, Trevor Matthews, a rencontré Skeikh  et il a appris par la suite qu’il était l’hôte de trois copains britanniques et d’un Américain, pas dans une retraite rurale mais dans la  chambre sombre d’une maison anonyme du nord de Delhi où ils étaient enchaînés à un mur. Après cinq ans de prison, il fut relâché par le gouvernement indien le 31 décembre 1999 en échange d’otages faits par des pirates de l’air qui avaient détourné un avion indien. Depuis sa libération et jusqu’à la séquestration de Daniel Pearl, il a participé à des enlèvements, des attaques, des détournements, des assassinats… BHL pose cette question : Monstruosité d’un homme ordinaire ou humanité d’un monstre hors pair ?  

 

Pour essayer de recevoir les premières réponses, il part à  Londres en quête de la famille d’Omar comme il le fit pour celle de Danny, il voit la boutique du père, la maison de Deyne Court Gardens d’apparence très confortable, paisible où vit toujours la famille, il surprend Saeed Sheik après l’avoir longtemps guetté mais celui-ci n’a rien à lui dire, il rencontre le frère cadet Awais Sheikh, jeune Londonien élégant qui, en raison des circonstances, aide son père dans l’entreprise Perfect Fashions. Awais élude les questions quant à la culpabilité de son frère et en pose à BHL, sur la Palestine, l’Afghanistan, la Tchétchénie, l’Irak. Il pense que son frère aîné est bon, que son âme est élevée, il ne le considère pas comme un fanatique. BHL se rend dans les écoles que le brillant élève Omar, jamais dissipé, jamais violent, a fréquentées, la Forest School de Londres et Le Aitchinson Collège de Lahore, au Pakistan, où deux années ont permis à Omar de renouer avec ses racines musulmanes. Il rencontre son ancien directeur, deux de ses professeurs qui confirment les dons de leur élève et sa tendance affirmée très tôt de prendre parti pour les faibles. Même souvenirs flatteurs à la London School of Economics : Omar était gentil, travailleur, obsédé par les examens, bon copain, pas plus religieux que ça, pas islamiste. Il jouait aux échecs au Three Tuns Pub, faisait de la boxe, de l’arm wrestling (bras de fer) auquel l’initia un Juif, Frank Pittal car Juif, Musulman, ça ne comptait pas pour lui.

Il finira pair du royaume disait Saeed Sheikh et Qauissia , sa mère, au temps de sa jeunesse épanouie. BHL se souvient de l’observation d’un spécialiste de l’islamisme radical, Olivier Roy, selon laquelle les grands jihadistes passent par les madrasas saoudiennes ou pakistanaises comme une sorte de rite obligé mais viennent d’Occident où ils ont presque tous fait des études brillantes. BHL pose la question : Le terrorisme serait-il l’enfant naturel d’un couple diabolique : l’Islam et l’Europe ?

Une parenthèse avant de continuer : On a pu voir que je n’aime pas résumer un livre. Je le lis, je suis l’auteur pas à pas, dans ses avancées comme dans ses retours. Pour le comprendre et comprendre ses mots, ses idées, son questionnement, je me dois d’être son ombre fidèle et quand j’aime ce qui est écrit, je le demeure jusqu’à la dernière ligne. Je suppose que BHL va maintenant nous dire pourquoi Omar choisit la Bosnie comme premier terrain d’expérience. J’avais d’abord écrit « champ de bataille » mais je me suis vite reprise car tel n’étais pas le cas, le très jeune homme étant parti chercher en Bosnie et à Sarajevo dont il est devenu un obsédé les mêmes choses pratiquement que l’homme qui aujourd’hui l’observe ou moi, humble témoin, trop âgée pour être allée sur place mais qui connaissais bien la vallée alpine parsemée de minarets qui remonte de Mostar à Sarajevo et la brise de l’Europe unifiée qui soufflait avant l’heure dans ces lieux que la Serbie a voulu briser. La London School of Economics avait institué une Semaine bosniaque dans le but d’alerter les consciences sur le sort de la Bosnie en guerre sans insister d’ailleurs sur l’origine musulmane des habitants mais sur leur détresse, l’école étant alors, selon BHL, un modèle de libéralisme d’ouverture au monde et à ses cultures, de cosmopolitisme vécu et pensé, de tolérance. Omar est parti avec un convoi de ravitaillement qui atteignit Sarajevo en avril 1993, au moment même où BHL s’y trouvait.

 

La décision du jeune homme a été renforcée par ses lectures et la projection d’un film dont l’auteur pensa un temps non à Bosna mais à son film précédent, Un jour dans la mort de Sarajevo réalisé fin 1992. Il s’agissait en fait de Destruction of a Nation produit par Islamic Relief de Birmingham. Avant son départ, les lectures d’Omar s’orientent sur des lectures de plus en plus orientées vers l’Islam, son économie tout d’abord puis il commence à se poser des questions sur le Coran dont il ne connaît que le peu nécessaire à la bonne conscience des musulmans d’Angleterre  (ni plus ni moins - si je peux me permettre une fois de plus d’ajouter mon grain de sel - que les Bosniaques ou les Monténégrins d’avant la guerre qui ne connaissaient de leur religion que l’interdiction de manger du porc et observaient pour la plupart sans conviction le jeûne du ramadan. J’avais moi-même lu plusieurs éditions du Coran dont celle d’André Chouraqui quand j’en ai discuté avec un jeune homme de Ulcinj (Monténégro) qui se disait imam parce qu’il avait séjourné quelques semaines à Istanbul mais qui fut heureux de bavarder avec une Française juive, amie des musulmans.)

 

Et voilà qu’Omar, inscrit pourtant à Londres pour une nouvelle année d’études, n’est revenu qu’une seule fois, en septembre 1993, à la taverne Three Turn Pubs où il s’exerçait au bras de fer, vêtu de pyjamas pakistanais traditionnels et portant la barbe des moudjahidin : Je n’ai jamais vu un homme en devenir à ce point un autre dit son ami Saquib auquel Omar demande ce qu’il fait encore à Londres alors qu’on meurt en Bosnie. Après cela, plus de nouvelles. Omar a-t-il été fait prisonnier par les Serbes. Est-il devenu chef de guerre selon les rumeurs qui circulent à l’école. Personne ne sait.

 

BHL profite d’un colloque littéraire organisé par le centre André-Malraux pour revenir dans cette Bosnie qu’il pense avoir en partage avec Omar. Pourquoi ai-je cette impression qui me quittera peut-être plus avant dans le livre que l’auteur est plus fasciné par l’image du tueur potentiel que celle du martyr ? Ou peut-être est-ce seulement que son image est plus complexe à saisir parce que ses motivation plus machiavéliques ? Sarajevo a changé, les bons ne son plus ceux d’autrefois, les profiteurs pullulent, la bibliothèque n’a pas été reconstruite. [2] BHL rend visite à Izetbegovich, Président de la Bosnie-Herzégovine en 1990, qui ne se souvient pas spécialement d’Omar mais d’un groupe de jeunes Pakistanais venus lui proposer de composer une brigade de combattants étrangers. Selon le Président, Omar ne pouvait pas être chiite, furieusement antichiite au contraire. BHL retrouve à Solin, près de Split, en Croatie, les traces d’une ONG musulmane, la Third World Relief Agency…avec laquelle Omar aurait été en contact. C’est ici en tout cas qu’il a décidé de se laisser pousser la barbe.

 

De retour à Londres, BHL rencontre Asad Khan, le patron d’une sorte d’ONG tous terrains envoyant ses convois non seulement en Bosnie mais sur tous les théâtres de la misère musulmane, Tchétchénie comprise. Selon lui, Omar a été pris à Solin d’une gastro-entérite et n’est pas allé avec le convoi en Bosnie. Il a été récupéré au retour pour être ramené à Londres. Saquib, l’ami de la London School of Economics, ne croit pas à cette thèse ou alors - si elle se confirmait – dit que Omar, honteux de son échec, est peut-être reparti seul en Bosnie. Il a été un jour ou l’autre qui reste à déterminer impliqué dans ces ONG musulmanes au double jeu, prétendument caritatives mais surtout propagandistes et « recruteuses d’âmes. »  Il est certain que des moudjahidin se sont installés en Bosnie malgré l’interdiction faite par les accords de Dayton, s’y sont mariés, et que Sarajevo aurait pu devenir, sans une résistance interne, la plaque tournante du terrorisme tant le nombre des projets d’attentats en tous genres se sont multipliés jusqu’en 2001 y compris celui de l’attaque des Tours du World Trade Center. Seulement, la question se pose toujours, Omar faisait-il partie de ces moudjahidin et de ces projets ?

 

Au Pakistan où il se rend en novembre 2002 (c’est son quatrième séjour au Pakistan), BHV ne peut rencontrer Omar à la prison d’Hyderabad sous le prétexte qu’il vient d’être transféré au Mensoor Ward qui est le « Quartier de Haute Sécurité » et que la permission doit être donnée par le Ministre Moiddin Haider. Il dit au ministre qu’il voudrait rencontrer Omar parce qu’il est entrain d’écrire un roman dont les héros sont Pearl et Omar. Intérieurement furieux, le Ministre n’accède pas à sa demande mais le confie au brigadier Javed Iqbal Cheema, porte-parole du Ministère de l’Intérieur qui, étonné que l’écrivain  journaliste ait loué une maison en Inde, ne lui promet pas plus. Jusqu’à présent, BHV n’a entrevu Omar, encagé comme une bête féroce, que durant son transfert à la prison d’Hyderabad.

 

Quel fut véritablement son parcours ? Seuls les clichés parlent, ceux d’autrefois et ceux de l’époque récente, après le crime, après les crimes ; il est allé en Bosnie ; puis de Bosnie en Afghanistan ; d’Afghanistan, il est parti pour l’Inde où il va organisé ses premiers enlèvements…le petit Omar Sheikh est devenu, avant comme après Daniel, l’un des djihadistes les plus en vue au Pakistan…Il y a le cliché célèbre, datant des années 2000-2001, où il est habillé tout en blanc et porte des fleurs rouges autour du cou…Il a les épaules massives et le torse avantageux. Il porte la barbe mi-longue des talibans et un long turban blanc enroulé plusieurs fois autour de la tête…Il y a l’image de lui devant la prison d’Hyderabad, le jour de sa condamnation à mort…Le visage est blême, dur comme la pierre, avec une expression légèrement moqueuse et comme un reste de sourire…BHV se rend compte que des photos manquent, celles qui lui permettraient de peaufiner le portrait : Bosnie, camps d’entraînement afghans et pakistanais, Indes, prises d’otages, prison. Existent-elles ? Y a-t-il, quelque part, et où, des images de cet Omar ? Il en a une, inédite sans doute, qui le montre blessé sur un lit d’hôpital de Ghaziabad en Inde où il fut soigné, en 1994, après l’assaut des policiers pour libérer les otages. Peter Gee, l’Anglais, lui parle à St Sébastien de cette période où il était à New Delhi le voisin de cellule d’Omar. Il s’en souvient comme d’un ami honnête, idéaliste, gai, pieux, intégriste, charismatique, marqué par sa double culture. Il ne fait pas mention de ses accès de violence verbale contre les Juifs tels que les a rapportés Rhys Partridge, l’un de ses otages à New Delhi, de sa haine de l’Angleterre.

 

Et toujours revient chez BHL cette question : Qui est vraiment Omar ?…Loup et agneau dans la même cage ? Ou bien un seul Omar tricheur ? Ou bien un saint et un criminel ? Comment s’en faire une idée précise sans essayer de reconstituer le crime ? BHL parle alors de son travail d’écrivain, de la méthode du romanquête : ne rien céder à l’imaginaire tant que le réel était là et que l’enquête serait en mesure de le prouver. Il a donc procédé comme nous venons de le voir en s’aidant de la vidéo, des rencontres avec les parents, de voyages partout dans le monde où il pouvait suivre son « anti héros » à la trace, de photos, des procès-verbaux de la police, n’imaginant, ne reconstituant que lorsqu’il était contraint à le faire. Il a su par un proche où avait eu lieu la première rencontre entre Omar et Pearl, le 11 janvier, en haut de Murree Road, à Rawalpindi, dans une chambre du quatrième étage d’un petit hôtel. Omar s’est réadapté à ses coutumes occidentales, costume, Ray ban, accent britannique, a répondu aux questions du reporter sur les divers groupes jihadistes pakistanais, lui a promis d’arranger l’interview dont il rêve avec Sheikh Mubarak Ali Shah Gilani, le chef de la secte à laquelle Danny pense qu’était lié Richard Colvin Reid, l’homme aux baskets piégés de l’avion Paris-Miami. Omar a commencé sa traque qui va durer douze jours.  Il rentre à Lahore pour retrouver sa femme Sadia, une jeune angliciste nouvellement acquise à l’islamisme et qui vient d’avoir un enfant. Il parachève son déguisement britannique en achetant des chaussures Gucci, une chevalière, une montre Breitling, des jeans… Il prend contact avec des gens du Lashkar i-Janghvi, ce groupe qui n’est pas le sien mais qu’il compte associer à l’opération. Il envoie un e-mail à Danny pour lui confirmer que l’entretien avec Gilani est arrangé. Il part le 17 en train à Karachi avec sa femme et leur nouveau-né. Il passe le 18 à se recueillir dans une madrasa, reçoit dans la soirée trois de ses complices mais l’interlocuteur de BHL ne peut lui donner d’assurances quant au lieu de rencontre avec  Bukhari, l’homme qui dictera à Danny le texte à réciter face à la vidéo, Fazal Karim, le gardien, qui tiendra sa tête au moment où le Yéménite le décapitera, le Yéménite lui-même, les autres Yéménites. Il reçoit le 19 un e-mail de Danny qui accepte de le voir à Karachi où il doit venir pour d’autres raisons avec sa femme. Le mardi 22, il confirme à Danny le rendez-vous avec Gilani qui aura lieu à 7 heures le lendemain mercredi. 

 

Il dort seul, mal, il a froid, il se lève, le matin du 23, la tête à la fois lourde et vide…Il sait que le jour est arrivé et il est inquiet. Est-il inquiet que les choses ne se déroulent pas selon le plan il l’a soigneusement concocté ? Est-il inquiet parce qu’il a mauvaise conscience ? Est-il inquiet parce qu’on va tuer un innocent dont on il a lui-même fabriqué les crimes ? Si je dis « on », c’est que BHL n’a plus de preuve absolue sur ce qui s’est passé depuis le 22 au soir. Il n’a pas la certitude qu’il fut présent à l’opération. Le chauffeur de taxi (un policier ?) qui a pris Pearl au Sheraton pour le conduire au Village Garden dit qu’il a vu Sheikh descendre d’une Suzuki (mais j’ai lu qu’il était venu en train de Lahore…) Là, BHL fait du romanquête, il se perd en conjectures, il suppute, il a l’intime conviction que Sheikh était dans les parages pour voir, pour surveiller. BHL pense qu’il n’avait plus froid, plus peur puisqu’il écrit :  il incante la joie. Il exulte.

 

Quand BHL est venu à Karachi en Septembre 2002 avec son vieux passeport diplomatique, il a essayé de trouver des éléments sur les comptes en banque des organisations  jihadistes  interdites par Musharraf et sur lesquelles travaillait Danny au moment de son enlèvement. Faute de mieux, il a erré dans la dangereuse ville, la seule ville au monde où les mafias sont à ce point partie prenante de la vie de la Cité que leurs affrontements, leurs divisions incessantes, leurs compromis, ont la même importance que, chez nous, les assises de la vie politique, dans le souk où trois cents vierges sont arrivés cette nuit, via l’Inde, pour être vendues à des émirs de Dubaï…Il apprend enfin une nouvelle importante : dans la nuit du 10 au 11 septembre, la police pakistanaise épaulée par les Américains a saisi dans l’immeuble d’un quartier résidentiel…des ordinateurs contenant des plans de villes américaines ainsi que des manuels de pilotage, des documents attestant de la présence, au cœur de la structure de commandement d’al-Qaïda, de trois des fils de Ben Laden, Saad, Mohammed et Ahmed. Il se rend sur place. La police garde les lieux. Il se demande s’il y a une corrélation quelconque entre cette descente et l’interview de Khalid Sheikh Mohammed, le principal lieutenant de Ben Laden, faite dans l’immeuble même par Yosri Fouda, la star de al-Jazira, et qui sera diffusée le lendemain de l’assaut, le 12 septembre. Parmi les personnes arrêtées ne figure pas le redoutable Khalid, l’inventeur de l’idée géniale de transformer des avions en bombes volantes, mais deux de ses enfants qui seront libérés pour « raisons humanitaires. » L’essentiel pour BHL est le fait que parmi les dix « terroristes » arrêtés figurent des Yéménites dont celui qui, selon un homme de l’EDF dont les dires sont confirmés par un marchand de glaces et l’agent immobilier du bas de l’immeuble « l’assassin du journaliste américain », le vrai, celui qui a effectivement tenu le couteau.

 

Ainsi, BHL doit refaire l’organigramme du crime et passer une fois de plus en revue toutes les personnes qui ont contribué à piéger Danny dans le Village Garden puis celles qui l’ont assassiné. En fait ce n’est pas un organigramme auquel BHL est confronté mais un labyrinthe hérissé de sigles, de patronymes patchouns et punjabis, d’individus à la double,  triple, quadruple identité…Khalid Sheikh Mohammed en avait douze, Omar dix sept ! BHL sait qu’il y a dans toute cette affaire un lourd et terrible secret, et qu’il fallait, à toute force, empêcher le secret d’être éventé.

 

Il obtient un rendez-vous avec un avocat de la défense qui, après les généralités d’usage, lui donne une information qui sent le « déjà entendu » : Omar, sentant que les choses tournaient mal, aurait, à la toute fin, appeler Hyder, le chef de la cellule de détention, pour lui demander de libérer le prisonnier. Il était apparemment trop tard : Danny était déjà mort, filmé et enterré.

 

BHL se rend le lendemain avec Abdul, son « fixeur », dans un lieu qu’il devrait éviter, le rendez-vous des drogués de Karachi. Il y rencontre un homme qu’il choisit d’appeler « Tariq » et qui se dit policier. Il prétend qu’Omar n’a pas été arrêté le 12 février mais qu’il s’est rendu le mardi 5 au soir. Il émet deux hypothèses : la première est que la police se serait tue pendant une semaine pour permettre aux gens qui ont tué Pearl de cacher le cadavre, effacer les indices, disparaître dans la nature, la seconde qu’Omar se serait rendu quand il a appris que Danny avait été exécuté contre ses instructions et celle des commanditaires de l’opération. Qui sont-ils en définitive ces commanditaires ? Le gouvernement pakistanais lui-même ? Et qui est Omar ? Un agent de l’ISI (les services secrets pakistanais) ? (Je pense à la collusion entre la CIA et Ben Laden.)

 

      En Inde où retourne BHL, tout le monde en est persuadé. Il obtient des  services spéciaux auxquels il s’est rendu sur la recommandation du Ministre de l’Intérieur trois documents exceptionnels : un procès-verbal de l’interrogatoire du terroriste Massod Achar sur les rapports entre les différents groupes qui composent la mouvance islamiste pakistanaise de ces années, le procès-verbal de l’interrogatoire d’Omar lui-même après l’enlèvement des touristes anglais qu’il a kidnappé en 1994 à New Delhi dans lequel il revient sur ses périodes de formation militaire en Afghanistan. Le troisième document est son Journal intime tenu dans les geôles indiennes où il raconte…la série d’enlèvements qui l’ont conduit là où il est. Il remonte loin dans sa jeunesse et la page 36 confirme qu’il était trop malade pour aller en Bosnie avec le convoi lors de son premier voyage. L’étrange est que le vocabulaire employé par cet ancien brillant élève est pauvre, les mots décousus. BHL apprend également qu’à sa libération, c’est un colonel de l’ISI qui est venu l’attendre à la frontière pour le conduire en sécurité et le débriefer. Bien sûr ce sont des informations transmises par l’ennemi indien qu’il faut prendre avec recul et objectivité mais enfin tout cela est trop convergent pour ne pas finir par faire sens.

 

Omar, agent de l’ISI ? Comment aurait-il pu autrement, repris de justice et condamné à plusieurs reprises, circuler dans tout le Pakistan bourré de militaires, à Karachi, Lahore, Islamabad… ?  BHL se rend à l’hôtel Akbar sur Murree Road où Danny a rencontré Omar et demande une chambre avec vue sur Liaquar Bagh. Il s’installe, sent la présence de Danny, son carnet ouvert sur les genoux. Il imagine Omar sur l’unique chaise, le regard fuyant que ne remarque même pas son interlocuteur confiant. L’hôtel est contrôlé par l’ISI comme  d’autres au Pakistan. BHL commence à penser comme Marianne que le meurtre de Danny n’est pas un acte contrôlé de fondamentalistes fanatiques – c’est un crime d’Etat, voulu et couvert…par l’Etat pakistanais. Cette possibilité est terrifiante.

 

BHL doit tout revoir, rencontrer tout ce qui, de Musharraf au quatorzième sergent de la police de Lahore, a eu à connaître de l’affaire. Il retourne à la ferme où l’on a trouvé le corps mutilé de Danny. Le terrain appartient au milliardaire Saud Memon. Il a d’ailleurs disparu avec sa famille, lui qui régnait sur tout le milieu des affaires punjabi. A Peshawar où il se cache peut-être, personne ne sait où il est, cet homme mystérieux qui doit bien être impliqué dans toute l’affaire et qui est de plus l’un des administrateurs d’une ONG, « le trust Al-Rashid », officiellement destinée à secourir partout dans le monde les musulmans nécessiteux mais dont l’argent va plus particulièrement aux chefs fondamentalistes du Kosovo, de Tchétchénie et d’ailleurs et qui appelle au meurtre contre les juifs, les hindous, les chrétiens les occidentaux. Al-Rashid a des journaux dont un hebdomadaire le Zarb e-Momin qui a été jusqu’en 2000 l’organe central du pouvoir taliban et dans lequel Masood Azhar, maître à penser d’Omar et haut dignitaire dans la secte des assassins, n’a cessé, depuis huit ans, de publier ses textes de prison. Al-Rashid a fait compte commun jusqu’en novembre 2001 avec une autre ONG, la Wafa Khaïria, qui a été fondée par ben Laden en gratitude pour l’hospitalité que lui offraient Mollah Omar et les siens. Pour BHL, il en découle que Al-Rashid est un rouage d’Al-Qaïda. Ainsi Pearl a été torturé, puis enterré, dans une maison appartenant à une fausse organisation de bienfaisance qui sert de faux nez à Ben Laden.

 

Usant d’un subterfuge, BHL arrive à se faire recevoir – fait unique pour un occidental – dans la grande madrasa de « Binori Town » (la Cité Interdite de Karachi) où ont été formés quelques uns des dignitaires talibans, qui fournit ses bataillons d’élite à Al-Qaïda, d’où est partie la fameuse cassette audio du 12 novembre 2002 où Ben Laden évoque les attentats terroristes de Djerba, du Yemen, du Koweit, de Bali et de Moscou et appelle à frapper de nouveaux coups, non seulement contre Bush mais contre ses alliés, où Ben Laden lui-même a sans doute séjourné. Il voit un vieil imam qui lui dit du bien de la France et s’excuse pour les attentats qui ont eu lieu contre des personnes françaises venues aider notre pays et qu’on a pris pour des Américains. BHL s’étonne d’avoir vu sur son chemin un portrait de Ben Laden et ose demander à l’imam pour quelle raison le grand mufti de la madrasa a assisté au mariage d’un de ses fils : parce que Ousama est notre frère dans l’islam répond le vieil homme. Pourquoi la djihad contre les Juifs ? Parce qu’ils sont les vrais terroristes et qu’ils mènent leur croisade sur le sol de la Palestine… Est-ce pour cela qu’on a tué le journaliste américain Daniel Pearl ? Nous n’avons pas d’opinion ! lâche l’imam d’une voix solennelle…L’islam est une religion de paix. Le peuple pakistanais est un peuple pacifique. Et il fait signe que l’entretien est terminé. BHL sait en quittant Binori Town qu’elle est un quartier général d’al-Qaïda au cœur de Karachi.

 

Il décide de partir en Afghanistan via Dubaï, en quête d’Omar ? Sur la trace de Saud Memon ? Il réfléchit à l’opportunité d’une guerre contre l’Iraq, doutant de liens entre Saddam Hussein et l’organisation de Ben laden. Il hésite à faire une collusion absolue entre Ben Laden et al-Qaïda, ne pensant pas que la fortune du milliardaire saoudien suffirait à tout commanditer. Al-Qaïda est une mafia qui fait argent de tout, des jeux, des impôts forcés, des ventes d’armes, du trafic de la drogue… une organisation qui finance les kamikazes et assure le bien-être de leurs familles. L’islamisme est un business. BHL découvre que deux mois avant l’attaque des Tours un mystérieux personnages est arrivé à Dubaï qui prétend se nommer Mustafa Muhammad Ahmad, dont les comptes américains fournissent des subsides aux futurs responsables d’attentats, qui pourrait être Omar… Il retourne à New-Delhi pour poser la question : Avez-vous des éléments capables de confirmer ou d’infirmer la thèse d’une identité entre Ahmad et Omar ? Il part à Washington en février 2003 pour compulser les archives des grands médias : Newsday fait de Mustafa le pseudo d’un certain Shaykh Saiid, un lieutenant financier de Ben Laden mais l’hypothèse qu’il serait Omar a circulé le 6 octobre, jour de l’attentat contre l’assemblée régionale du Kashmir…CNN, de son côté, a peint Mustafa Ahmad comme un jeune Pakistanais, ancien élève de la London School of Economics après le détournement de l’avion d’Indian Airlines. Hallucinante complexité d’Omar.

 

BHL poursuit son image à Kandahar, au sud de l’Afghanistan. Il parle des camps de Khalid bin Waleed et de Miran Shah où Omar a sans doute été entraîné. Comment cet homme à la petite santé a-t-il supporté la rigueur de cette armée où l’on se fiche de la santé, de l’état physique et même de l’âge des soldats ? Et puis comment a-t-il évolué vers l’ultra religieux avec son passé occidental, vers l’ultra « jihadisme » ? Est-il devenu à ce point cynique qu’il sache parler un double, triple langage ? Et sa famille avec laquelle il n’a plus eu de contacts ? Et tous ces changements de noms ? Syndrome des compagnons de Mahomet ? [3]

 

BHL rencontre le gouverneur de Kandahar et lui demande si l’homme qui est en prison au Pakistan est passé par le camp de Khalid bin Waleed. Le gouverneur lui dit de consulter Amine, un responsable de la police qui le reçoit : Nous avons peut-être trouvé, me dit-il, Saeed Sheikh Omar [4] . Né à Londres en 1973. Double nationalité jusqu’en 1994. Abandonne sa nationalité pakistanaise en janvier 1994. Est-ce que c’est lui ? BHL reconnaît son homme sur une vieille photo en noir et blanc. Il part avec Amine dans l’une des maisons d’al-Qaïda découvertes en novembre 2001 et qui fut peut-être la résidence d’Omar, membre selon certains du conseil politique d’al-Qaïda, selon d’autres chargé des liens avec les grands alliés hors d’Afghanistan – Hezbollah iranien, Front national islamique soudanais. En septembre 2001, il est retourné au Pakistan. Après l’attaque des Tours, il est revenu en Afghanistan. Il a été chargé de nouvelles missions par Ben Laden. Amine précise même que Ben Laden l’appelait « My favored son » ou « My special son » mais il ne sait pas comment il a une nouvelle fois quitté l’Afghanistan, comment il a réapparu à Lahore pour préparer l’enlèvement et l’assassinat de Daniel Pearl.

 

De retour à Karachi, BHL reçoit un journaliste du Zarb e-Momin, l’organe des jihadistes, version anglaise. Il aimerait interviewer l’écrivain français pour les pages culturelles du journal. BHL lui dit comme à d’autres qu’il écrit un roman sur Pearl et Omar. BHL ne donne pas suite. Il se sent repéré. Au patron de la police, il dit comme aux autres qu’il écrit un roman sur Pearl et Omar, ce personnage captivant et diabolique, attachant et criminel…L’homme, tout-à-coup, se met en colère : Mais enfin qui dans cette affaire est le plus coupable de celui qui a exécuté ou de celui qui par son attitude a tout fait pour se mettre en difficulté ?…C’est une choses très juive, ça. Une forme de masochisme juif…Pearl avait un père israélien…un grand-père…Il a donc à répondre des crimes israéliens, c’est logique.

 

Etrangement aussi, Asif Farooqi, le « fixeur » de Daniel Pearl, veut rencontrer BHL alors qu’il avait toujours refusé de le faire. Celui-ci se rend compte immédiatement des incohérences, des erreurs de dates… Il se demande si on n’est pas entrain de lui tendre des pièges. Il obtient par l’Ambassade de France un rendez-vous avec Hamid Mir, le biographe de Ben Laden et voici que Monsieur Mir exige son départ immédiat avant même de l’avoir reçu.

 

Devant ces portes qui se ferment, ces provocations, il s’attarde sur le chemin parcouru depuis un an : il était parti du principe qu’Omar était coupable mais trop petit pour un crime trop grand. Il pense maintenant qu’il est un prince de l’univers du mal, un personnage central qui se tient à l’intersection de quelques unes des forces les plus noires de ce temps, qui est la synthèse entre l’ISI et al-Qaïda. Pour quelles raisons en définitive des organisations aussi importantes s’en sont-elles prises au journaliste Daniel Pearl, à Massoud d’accord qui était chef de guerre, mais Pearl ? Bien sûr, il était un journaliste libre dans un pays où tous les journalistes sont en danger de mort permanent parce qu’on ne distingue pas un reporter du Wall Street Journal d’un agent de la CIA, d’autant plus quand il est juif dans un pays islamique qui considère la shoah comme mensonge destiné à étouffer la réalité du pouvoir juif. Daniel Pearl est mort parce qu’il était juif, victime d’un néo anti judaïsme qui se met en place sous nos yeux.

 

Mais ce n’est pas une explication suffisante parce que dans ce cas une balle dans la peau suffisait. Il n’était pas besoin d’échafauder une telle mise en scène et d’engager une telle équipe pour le piéger, le filmer et l’assassiner. Danny est mort parce qu’il savait. Danny, l’homme qui en savait trop. Le président Musharraf n’a-t-il pas déclaré au Washington Post le 3 mai 2002 : Un homme de média devrait être conscient des dangers que l’on court lorsque l’on s’introduit dans les zones dangereuses ; lui, malheureusement, s’est excessivement investi dans les jeux des services secrets.

 

Pearl connaissait les rapports entre l’ISI et al-Qaïda. Il y a tant de témoignages à ce sujet, en particulier ce mémorandum de vingt pages rédigé par Marianne Pearl et Asra Nomani, la collaboratrice de Danny, quatre jours après l’enlèvement. Il faut se souvenir qu’il est arrivé au Pakistan pour la troisième fois en décembre 2001 dans l’intention de mener à terme plusieurs enquêtes, l’une sur la contrebande d’appareils électroniques entre l’Afghanistan et le Pakistan, une autre sur les groupes fondamentalistes que Musharraf venait d’interdire, une encore sur les affaires nucléaires, une enfin à Islamabad où il est venu avec Marianne sur les programmes télévisés de l’Inde et du Pakistan.

 

Récapitulons : Il rencontre Bashir (Omar) le 11, il est le 12 à Rawalpindi où Marianne a envie d’un lecteur de CD au marché des contrebandiers, du 12 au 16 à Peshawar : Cherche-t-il des zones tribales, la trace d’al-Qaïda et de ses liens avec les gangs pachtouns ? Pourquoi ? Il n’était pas reporter de guerre, il l’avait même souligné quand on lui avait proposé en novembre d’aller en Afghanistan. Il est de retour à Islamabad du 18 au 22, reçoit les mails de Bashir alias Omar. Il est le 22 à Karachi. Nous sommes à la case retour : Gilani.

 

Mais Gilani était-il aussi important que le pensait Pearl ? Il était le chef d’un petit groupe, la secte al-Fuqrah, pas d’une grande organisation, mais il était l’ami de Ben Laden, le familier du Grand Mufti de Binori Town. Il menait grand train à New York et al-Fuqrah a fini par avoir des antennes - des phalanstères - dans plusieurs états  (Virginie, Colorado, Caroline du Sud, dans les Caraïbes, au Canada) dont les membres ont perpétré de nombreux attentats dans les années 80 sur le sol des Etats-Unis sans que l’on ait rien tenté contre la secte jusqu’en 2000. Il a quitté New York après l’attaque des Tours.

 

Daniel Pearl était-il entrain d’enquêter sur les réseaux américains d’al-Qaïda ? En a-t-il appris tellement qu’il fallait le supprimer avant qu’il ne parle ? A-t-il enquêté sur Abdul Qader Khan, le vrai père et patron de la bombe islamiste ? [5] BHL écrit à la fin de son livre : En entrant dans cet univers glauque de savants fous et de fous d’Allah, en mettant le pied dans cette nuit où services secrets et services nucléaires échangent et partagent leurs zones d’ombre, en travaillant sur cette matière hautement sensible et explosive, était-il entrain d’enfreindre l’autre grand interdit qui pèse sur cette région du monde…A la suite de Danny, dans son sillage et, en quelque sorte, à sa mémoire, j’apporte cette modeste contribution à la cause de la vérité qu’il aimait plus que tout. J’affirme que le Pakistan est le plus voyou des Etats voyous d’aujourd’hui.

 

Mais il ajoute : Ai-je tant progressé que cela, quand je fais le bilan, depuis un an ? Y vois-je tellement plus clair qu’au début de l’enquête quand les choses me semblaient simples – un juif américain, des extrémistes musulmans, une vidéo à passer en boucle dans les mosquées de choc ?

 

 

 

Que dire maintenant ? Au moment où je ferme le livre, j’apprends les nouveaux attentats kamikazes en Tchéchénie, en Arabie Saoudite et au Maroc. [6] Bernard-Henry Lévy a raison quand il écrit que jamais rien ne sera fini tant qu’il restera des états voyous pour commanditer de tels crimes. Pour ma part ai-je lu le roman d’un écrivain célèbre, l’enquête très poussée d’un grand journaliste, le romanquête évoqué par lui-même et dont l’imaginaire commencerait au moment même où se déroberait la réalité tangible, les commentaires d’un philosophe sur ce vingt et unième siècle qui ne ressemble en rien au Siècle des Lumières ? De toutes façons, je n’ai pas parcouru un tel volume pour le reposer illico comme on le fait pour un roman de gare. J’ai voulu dans un premier temps faire un long résumé pour l’offrir à ceux qui n’auraient pas le courage de s’y attaquer ou pour donner aux autres l’envie de s’y plonger.

 

Ces huit derniers jours m’ont en tout cas permis de me familiariser avec les héros, d’entrer dans l’univers de Pearl et d’Omar, de faire la différence réelle, non pas fictive, entre le martyr et l’assassin. Je conserve le sentiment - mais peut-être ai-je tort et reviendrai-je après réflexion et relecture à une autre perspective - que la poursuite intense d’Omar prouve non pas qu’il y ait eu une quelconque commune mesure entre les deux hommes mais qu’un assassin aux multiples facettes exerce plus de fascination qu’un homme honnête et juste. Je passe maintenant le flambeau à mon ami Jean qui va me lire et tirer ses propres conclusions (si mon travail lui suffit…) qui sont toujours intéressantes même et surtout quand elles contrastent avec les miennes.

 

 

Commentaire de Jean Barbé :

 

Quand tu m’as demandé, Lise, mercredi soir, de bien vouloir relire tes « mots dits » pour éventuellement te donner mes impressions, commentaires et aussi mes observations en ce qu’ils seraient peut-être « trop »… trop longs notamment… je t’ai répondu : « bien sûr Lise » et en moi –même je me suis dit « Aïe ! » Trois fois « aïe ! »… D’abord « aïe » parce que tu me laissais généreusement 48 h de délai pour ma copie et puis « aïe, aïe » parce que tu me confirmas que tes propos traitaient du dernier BHL : « Qui a tué Daniel Pearl ? »

Allez ! je suis comme tout le monde : BHL m’énerve un peu !… Les gens trop intelligents énervent toujours un peu les autres, surtout quand ils emploient aussi leur intelligence à la propulser par tous les moyens que la vitrine de la vulgarisation médiatique met à leur portée et celui-là, BHL, du col ouvert immaculé blanc aux « baisers-coco » du show-biz, ne fait pas dans la dentelle ni la pondération en cette occurrence.

Bref, ça tombe bien … je n’ai pas lu le bouquin et comme d’habitude je suis entrain d’osciller entre le désir que j’ai de le faire et celui de ne pas me laisser convaincre de le faire par tous les folliculaires de toutes les télés et radios que j’allume de temps en temps… re bref ! C’est le dernier BHL et comme tout un chacun je n’ai pas échappé au battage de sa sortie. Mais le sujet m’intéresse ; comment ne pas s’y intéresser ? Je laisse donc de côté pour deux jours ce « Verlaine ou l’enfance de l’art » de Gilles Vannier et je finirai un peu plus tard le passionnant « Le secret Egyptien de Napoléon » de Javier Sierra, les deux bouquins qui m’accompagnent en ce moment. Je plonge dans tes lignes.

Trop longs tes « mots-dits »  demandes-tu Lise ? je n’y ai cependant pas trouver une ligne superflue. Bon … c’est vrai qu’avec tes premières pages consacrées au journaliste je me suis dit que tu t’étais attachée d’emblée (c’est tout toi) à « Danny Pearl » et je me suis pensé que tu revenais dans le droit fil de ta très intime, parfois militante, conviction et profession de foi que j’entends sans peine, comprends et accepte toujours sans toujours l’appuyer ou en essayant de la relativiser à mon aune différente, forcément différente ; j’ai redouté un moment de te voir donner la préséance au côté « sentimental » de l’ouvrage qui nous est pourtant présenté par ailleurs comme un « romanquête », un travail d’investigation où domine surtout la dimension politique.

Mais tu es vite revenue à l’essentiel, soulignant remarquablement la pérégrination, la quête de BHL dont quoiqu’on pense de sa chemise blanche il nous faut bien admettre quand même qu’avant de s’exprimer ce gars là n’hésite pas à la mouiller. Et comme BHL, sans jamais oublier Danny, tu as résolument tourné ton regard vers Omar… fascinant et hallucinant  symbole. D’accord in fine la découverte de BHL n’en est pas vraiment une quant à savoir que le terrorisme n’est pas / plus le fait de soi-disant nébuleuses peu ou prou structurées mais souvent « affaires d’Etats » connus et reconnus, « crapautant » sans vergogne avec des mafias en tous genres; quant à savoir que cette menace infernale risque bien de polluer tout ce vingt et unième siècle débutant ; quant à savoir combien sont nombreuses les ramifications entre les mouvances terroristes, et notamment al-Qaïda, et les services officiels ou plus secrets d’Etats complices ; quant à savoir que cette menace pourrait bien prendre les manières, que l’on redoute sans le clamer où le biologique le dispute au nucléaire ; quant à savoir que les démocraties occidentales, US premiers entre toutes, ont largement en leur temps couvé le serpent dans l’œuf ; quant à tout ça et pire encore…. Reste que BHL a la rigueur et le courage de mettre, à sa manière, tout ça sur la table autour de laquelle il nous défie de tourner encore.

Et voilà que je m’exprime comme si j’avais lu le « romanquête » de BHL… c’est que, Chère Lise, tu as su sans doute transmettre en quelques pages l’essence de ce travail. « Qui a tué Daniel Pearl ? » interroge-t-il ? et je brûle grâce à toi de savoir aussi « pourquoi ? » en redoutant la réponse sans pourtant craindre la surprise qu’elle pourrait être tant on la subodore. Ils ont tué Danny Pearl ! On sait « comment » puisqu’ils ont pris cet étrange « plaisir » à nous le faire savoir, à nous le montrer en détail, mais notre effarement devant l’horreur innommable, loin peut-être de ce qu’ils escomptent, n’estompe pas notre vigilance : des assassins désignés par l’œil de la caméra nous ne retiendrons que le rôle de factotum chargés des basses-œuvres qu’on leur assigna ; la « diversion » vers le fanatisme incontrôlé, diversion dont on voudrait peut-être nous jouer, n’ira pas plus loin que la mise en scène et les vrais coupables que sont les instigateurs de cette infamie, sans préjuger de leur statut, fussent-ils chefs d’état, ne pourront et ne devront pas sortir de notre collimateur à l’heure où il est difficile de douter des infamies qu’ils préparent encore.

Merci à toi, Lise de cette attentive lecture et de ce compte-rendu remarquable. Bah non, pour une fois, mes conclusions ne divergent pas tant que ça des tiennes… et puis  grâce à toi, à travers toi, j’ai pu voir BHL comme j’ai envie de le voir et de l’entendre… loin de l’emphase et du pathos de son style coutumier il m’énerve beaucoup moins et je le trouve, grâce à toi, encore plus intelligent que je sais qu’il est, pertinemment ! Tu as gagné… Je vais sans doute le lire dans sa VO.               

Jean Barbé



[1] Voici ce qu’a écrit Mitch Potter dans le cadre d’une recherche sur « Les racines de la haine » le 24 février 2003 : « C'était une expérience étrange que de sillonner récemment le quartier juif de Bagdad à la recherche de ce qui reste d'une communauté dont les racines plongent dans un passé vieux de 2600 ans. Il reste très précisément 38 Juifs à Bagdad. La plupart sont âgés et vivent dans la crainte.

 

[2] L'avant-dernier « Bouillon de culture » de Bernard Pivot s'est déroulée dans la grande bibliothèque de Sarajevo le 22 juin 2001. Un plateau improvisé se trouvait juste sous la verrière de la bibliothèque, au milieu des échafaudages, car elle était loin d’être reconstruite. Ce lieu de haute culture fut détruit (on possède l'enregistrement de la voix du général serbe Mladic donnant l'ordre de la viser) dès le début du siège de Sarajevo, en mai 1992. Pivot souligna que l'armée serbe tira sur sa propre culture qui représentait une part importante des rayons. Il souligna aussi que le XXe siècle avait commencé avec l'attentat de Sarajevo. Je pense au pillage du Musée de Bagdad qui est également un des hauts faits de l’aube de notre vingt et unième siècle. Les hommes n’ont pas changé depuis l’incendie de la Grande Bibliothèque d’Alexandrie créée en 295 av.J.C. par Ptolémée I, successeur d’Alexandre le Grand, reconstruite et inaugurée le 16 Octobre 2002, seize siècles après le premier incendie ou le  « nettoyage » et l’incendie le 10 mai 1933 de la littérature « indésirable » par les SA et les jeunesses hitlériennes.  Mais je suis entrain de raconter une autre histoire…

 

     

[3]  Si Dieu est fondamentalement inconnaissable en Son mystère, on peut néanmoins connaître quelques modalités de Son être et de Son agir. Ces modalités sont traditionnellement au nombre de 99. Ce chiffre est fondé sur un hadith (dit du Prophète) d'Abû Hurayra : « Certes Dieu a 99 noms, cent moins un. Quiconque les énumère entrera dans le Paradis ; Il est le singulier (witr) qui aime qu'on énumère Ses noms un à un » (Boukhâri, tome 8, B.12, R.12)

 

 

[4] Je m’aperçois que pour la première fois nous n’avons plus à faire à Omar Sheikh mais à Sheikh Omar, le patronyme d’Omar placé avant son prénom devenant le titre qu’on donne à un musulman respectable soit pour son âge, soit pour sa fonction mais également à un guide spirituel que les disciples soufis rencontrent dans une tariqa.

  [5] J’ai fait à ce propos une « découverte » que je crois intéressante dans les Archives du Registre fédéral du Département du Commerce Américain. Je traduis ci-après : Le 22 septembre 2001(dix jours après l’attaque des Tours), le Président George W. Bush a levé les sanctions qu’avait ordonnées le Président Clinton le 19 novembre 1998 relatives à l’importation et l’exportation des items contrôlés par les lois sur la non prolifération des armes nucléaires et de la technologie des missiles.

J’ai également trouvé ceci dans « The Tribune » (On Line Edition) du 13 mars 2001 : Les deux principaux physiciens nucléaires du Pakistan dont le père du programme nucléaire Abdul Qader Khan ont été appointés comme conseillers spéciaux auprès du Gouverneur militaire Général Pervez Musharraf avec le statut de Ministres Fédéraux.

Daniel Pearl n’a d’ailleurs pas été le premier journaliste à s’intéresser aux projets nucléaires du Pakistan puisque j’ai lu dans « The Bulletin of the Atomic Scientists » que Simon Henderson, pigiste à la BBC et au Financial Times, est arrivé au Pakistan en 1977, époque à laquelle Washington exerçait des pressions sur la France pour qu’elle arrête de fournir au Pakistan des réacteurs nucléaires. Il a lui-même par la suite interviewé Abdul Qader Khan qui lui a déclaré : « Nous pouvons ‘la’ faire nous mêmes. »

[6] En Tchétchénie, une femme kamikaze a provoqué la mort de 54 personnes âgées participant à une fête religieuse au moment même où Colin Powell rendait visite à Poutine. A Ryad s’est produit un triple attentat dans lequel 34 personnes ont trouvé la mort dont au moins 7 Américains. Alors qu’une fois de plus les Américains font porter en Arabie Saoudite la responsabilité sur al-Qaïda, la question se pose en Tchétchénie de savoir si ce ne sont pas les services secrets russes qui organisent les crimes, sachant qu’ils seront immédiatement rejetés sur des islamistes. Des attentats suicides perpétrés vendredi soir à Casablanca ont fait vingt quatre morts et une soixantaine de blessés. Le danger se rapproche : il atteint un pays dont l'une des ressources principales est le tourisme. J’ai déjà émis des doutes quant à la volonté du roi d’empêcher la radicalisation islamiste des universités mais le « chef des croyants » ne semble pas se rendre compte que de tels attentas sont une tentative de plus pour établir un mur infranchissable entre l’islam et l’occident judéo-chrétien. Quand les hommes ne peuvent plus circuler librement, il ne faut pas s’étonner que, se connaissant moins, ils s’aiment aussi de moins en moins.