Vendredi
8 mai, jour où le gouvernement français
a voulu célébrer le souvenir de la victoire
de 1945 en rendant particulièrement hommage
à son armée – ce qui peut apparaître comme
un camouflet à nos alliés allemands et
qui devrait disparaître avec la naissance
de l’Europe « unie » - la ville
de Cherbourg s’est souvenue que le 8 mai
2002 onze ingénieurs français de la Direction
des Constructions Navales (DCN) avaient
été tués dans un attentat à la voiture
piégée devant l’hôtel Sheraton de Karachi.
Ce Pakistan que les Etats-Unis tiennent
à compter parmi leurs alliés, ne faut-il
tout de même pas continuer à se poser
des questions quant à son implication
constante dans l’éducation, la formation,
la caution des futurs terroristes ?
Alors que la coalition vient d’écraser
le régime de Saddam Hussein au nom de
la lutte contre le terrorisme, ne peut-on
se demander si le Pakistan n’est pas plus
dangereux que n’importe quel autre pays
qui figure sur la liste des ennemis des
valeurs américaines ? C’est sans
doute la raison pour laquelle, l’ouvrage
de Bernard-Henry Lévy en mains, j’ai voulu
m’en pénétrer pour essayer de connaître
un peu mieux les dédales de ce pays dangereux
d’Extrême-Orient et d’apprendre si, selon
l’auteur, Daniel Pearl était mort parce
qu’il était sur le point de révéler que
des scientifiques islamistes pakistanais
voulaient procurer des armes de destruction
massive à al-Qaïda. Je voulais aussi
faire connaissance avec le héros du livre,
Daniel Pearl, et son « anti héros »
Omar Sheikh dont on dit qu’ils ont pratiquement
fasciné BHL au même degré même si toute
sa commisération est allée au
premier à tel point qu’il a voulu
recréer son image, recomposer sa vie…
et son étonnement accablé au second. Je
prie mes amis de m’excuser si je commence
mon récit par l’épisode terrible, incroyable,
indicible de la « mise à mort » mais c’est à la fois le début du
livre et la fin d’un homme et l’on ne
pourrait y échapper sans avoir l’impression
de tricher.
Daniel
Pearl
...
En même temps, pourtant, il n'y croit
pas - il n'arrive pas à penser que les
choses, en une nuit, aient pu se dégrader
à ce point. D'abord, il est leur allié.
Cent fois, depuis huit jours, il leur
a dit que s'il n'en restait qu'un, s'il
devait ne plus y avoir qu'un Américain,
et un Juif, pour tendre la main aux musulmans
en général et à ceux du Pakistan en particulier,
s'il devait être le dernier à récuser
le thème absurde de la guerre des civilisations
et à garder foi dans la paix avec l'Islam,
eh bien il serait cet homme-là, lui, Daniel
Pearl, Juif de gauche, progressiste, Américain
hostile - toute sa carrière en témoigne
- à ce que l'Amérique peut avoir de bête
et d'arrogant, ami des incomptés, de l'universel
orphelin, des déshérités.
...
Pearl, les yeux fermés, sent le mouvement
de la lame vers sa gorge. Il entend comme
un bruit d'air froissé près de son visage
et conclut que le Yéménite est entrain
de répéter. Il ne parvient toujours pas
à y croire tout à fait. Mais il a froid,
il grelotte. Tout son corps se rétracte.
Il voudrait arrêter de respirer, se faire
petit, disparaître. Il voudrait, au moins,
pouvoir baisser la tête et pleurer...
Sa vue commence à se brouiller. La dernière
image du monde, se dit-il. Il transpire
et frissonne à la fois. Il entend l'aboi
d'un chien dans le lointain. Le bourdonnement
d'une mouche, toute proche. Puis, enfin,
le cri d'une poule qui se confond avec
son propre cri, stupeur et douleur mêlées,
inhumain.
Car
ça y est. Le couteau est entré dans la
chair. Doucement, très doucement, il a
commencé sous l'oreille, très en arrière
du cou. Certains m'ont dit que c'était
comme un rituel. D'autres, que c'est la
méthode classique pour trancher tout de
suite la corde vocale et empêcher la victime
de crier. Mais Pearl s'est cabré. Il a
furieusement cherché de l'air dans son
larynx charcuté. Et le mouvement qu'il
a fait est si violent, la force qui lui
est revenue si grande, qu'il échappe à
la prise de Karim, hurle comme une bête
et s'effondre, en râlant, dans son sang
qui coule à flot. Le Yéménite à la caméra
hurle aussi. A mi-chemin, les mains et
les bras pleins de sang, le Yéménite tueur
le regarde et s'arrête. La caméra n'a
pas fonctionné. Il faut, pour la caméra,
tout arrêter et recommencer. Vingt secondes
passent, peut-être trente - le temps,
pour le Yéménite, de remettre en marche
et de recadrer. Pearl est couché sur le
ventre maintenant. La tête, à demi coupée,
s'est écartée du buste, loin en arrière
des épaules. Les doigts des deux mains
sont plantés, telles des serres, dans
la terre. Il ne bouge plus ? Il geint.
Il hoquette. Il respire encore, mais par
à-coups, en émettant un râle, entrecoupé
de gargouillements et de gémissements
de chiots. Karim met les doigts, alors,
dans la plaie pour en écarter les lèvres
et dégager le terrain pour le retour du
couteau. Le deuxième Yéménite incline
l'une des lampes pour mieux voir, sort
son propre couteau et, fébrile, comme
enivré par la vue, l'odeur, le goût du
sang chaud qui s'échappe de la carotide
comme d'une tuyauterie crevée et lui gicle
à la figure, coupe puis arrache la chemise.
Et le tueur, alors, achève sa besogne:
le couteau à côté de la première blessure;
les cervicales qui craquent; une nouvelle
giclée de sang qui lui arrive dans les
yeux et l'aveugle; la tête qui, roulant
d'arrière en avant comme si elle était
encore animée d'une vie propre, finit
par se détacher; et Karim qui la brandit,
tel un trophée, face à la caméra.
Si
je n’arrive pas à oublier ce qui vient
d’être écrit, à tel point que j’ai dû
arrêter de lire durant quelques jours
parce qu’il fallait tout d’abord que j’accepte
de continuer, que j’assimile, que je dépose
les mots dans un coin de mon âme, c’est
que Danny a exprimé quelques minutes avant
de mourir ce sentiment comme j’ai voulu
moi-même le faire depuis de longues années
en disant à mon entourage musulman :
« prenez ma main, prenez mon cœur,
nous sommes tous frères en Abraham. »
Ma détresse est venue comme la sienne
de ce que certains de mes amis les plus
proches n’aient pas acquiescé à ma demande
parce qu’ils étaient arrivés au-delà du
possible et que deux d’entre eux en tout
cas constituaient des ennemis potentiels.
Je ne dis pas que j’ai pu ressentir le
désespoir de Daniel Pearl, n’étant jamais
allée aussi loin que ce grand reporter
dans ma quête mais en tout cas il me semble
que j’ai pu le comprendre, comprendre
son étonnement, son incrédulité, son refus
d’accepter une blessure morale insupportable
avant que son corps ne soit plus et le
souvenir de leur enfant, mari, ami, tout
ce qui restait aux siens.
Car
les siens c’est vers eux, à Los Angeles,
que s’est immédiatement tourné l’auteur
pour les écouter, apprendre s’ils arrivaient
aux mêmes conclusions que lui en ce qui
concernent les images de la vidéo. Judéa,
le père de Danny, les a regardées des
centaines de fois et il est perplexe en
même temps que désespérément malheureux.
Alors que BHL est d’avis que les mots
de Danny prononcés avant sa mise à mort
ont été, pour la première partie du texte,
imposés par les tortionnaires, Judéa est
d’un avis contraire car personne au monde
que son fils et lui-même ne pouvaient
être au courant de l’existence de cet
aïeul pionnier dont la rue d’un village
porte le nom en Israël. Pour ce père,
la mention de l’aïeul est un message dans
lequel Danny affirme non devant des hommes
mais devant Dieu qu’il est juif et mourra
juif : BHL écrit : Je
pense à ces personnages d’Isaac Babel,
dans ‘Cavalerie Rouge’ qui jusqu’à la
dernière minute, quand le cosaque tueur
de juifs va leur taillader le visage ou
les dépecer, continuent d’affirmer ‘je
suis juif’. Au cours de l’entretien,
comment assimiler les mots de cette mère,
toute petite, oppressée, la voix sourde :
Ils ne l’ont quand même pas découpé
pour le faire entrer plus facilement dans
les sacs de plastique ? Et
puis, réalisant qu’avant de l’enterrer,
les tueurs ont recomposé le corps : Peut-être
quelqu’un a-t-il voulu, à la fin, prendre
soin de lui.
Mais
qui voir, en dehors des parents, sinon
Marianne, la femme de Danny ? Elle
a mis au monde un petit Adam (du nom
de John Quincy Adams, sixième Président
des Etats-Unis, fervent abolitionniste,
qui s’est battu contre l’esclavage)
car elle était enceinte à Karachi, elle
veut retourner au Pakistan sur les traces
de Danny, faire un film de devoir et
de vérité. L’appartement de Marianne
est un musée de photos du bonheur, de
photos de Danny depuis son enfance, des
photos qui disent son amour de la musique,
du violon, du sport, des filles, de la
danse, de l’amitié, de Marianne en jupe
de taffetas orange le jour de son mariage,
du journalisme, des reportages pour le
Wall Street Journal… Il n’est pas
question à cette première visite chez
Marianne de la video.
Au
cours d’une autre visite à Judéa, BHL
apprend qu’un de ses collègues a acheté
sur le marché de Kaboul un ordinateur
d’occasion où il a découvert
avec stupeur que le disque dur
contient tout un tas d’informations étranges
qui sentent l’al-Qaïda, informations
qu’il a transmises à ses services et par
conséquent à Danny. Judéa révèle que son fils parlait un peu l’arabe
à cause de sa mère, juive d’origine iraqienne. Il discutait avec Gilles,
son ami d’enfance, à propos du Coran.
Selon un témoignage de Sam Anson dans
Vanity Fair il est demeuré sur
place à Peshawar, la veille des
bombardements US sur Kaboul, à l’une des
manifestations où l’on brûle les effigies
de Bush. Danny pensait que l’Amérique
et l’Occident étaient les obligés
du monde.
BHV
se remémore à présent son séjour à Kaboul
quand il apprit de la bouche même du Président
Karsaï la mort par égorgement
du journaliste américain Daniel Pearl.
Voici pourquoi il n’arrête pas d’en
revenir à la vidéo, toujours plein d’émotion,
de tendresse pour ce journaliste
américain lumineux, sympathique, croisé,
à l’été 1997 à Asmara en Erythrée et qui
cherchait, comme moi, à entrer en contact
avec le chrétien soudanais, en lutte contre
les islamistes de Khartoum, John Garang.
Il a toujours la volonté farouche
de recréer ce mort qu’il faut rendre
vivant, ce semblable, ce frère. Il
a décidé de mettre un contrat sur la
tête de Pearl, mais pour le ressusciter.
Omar
Sheikh
Comment
y arriver sinon en remontant jusqu’à l’assassin,
au cerveau, à l’organisateur, au recruteur,
pour comprendre ses motifs ou pour effacer
les traces infamantes ? Qui est cet
Omar Sheikh qui a fait prendre au piège
Danny pour l’amener au Village Garden,
le conduire à Gulzar e-Hijri, le séquestrer,
le tuer, l’enterrer ? Qui est
cet Omar Sheikh qui, arrêté dès le lendemain
de la mort de Danny a déclaré aux enquêteurs :
I planned the kidnapping, j’ai planifié
l’enlèvement, car j’étais sûr de pouvoir
traiter avec le gouvernement américain
pour obtenir la libération d’une ou deux
personnes, comme l’ancien ambassadeur
des talibans au Pakistan, Mullah Abdul
Salam Zaeef ? Qui est cet Omar
Sheikh qu’un tribunal d’Hyderabad au nord-est
de Karachi a condamné à être pendu après
trois mois de procès à rebondissements ?
Qui est cet Omar Sheikh dont la photo
est parue en vis-à-vis avec celle de Danny
sur une page du Dawn, le grand
quotidien de Karachi, le 16 juillet 2002,
au lendemain du verdict, Pearl avec
son regard pétillant, cette lueur éblouie
dans l’œil…son air d’ironie bienveillante,
son humour…Sheikh, de profil, beau
lui aussi, visage bien construit, front
haut, regard sans vice ni malice, dégaine
d’intellectuel archi-occidentalisé, rien
en tout cas qui signale l’islamiste obtus,
le fanatique…Qui est donc Omar ?
Le
15 juillet 2002, Le Guardian publie
une biographie à laquelle se réfère BHL :
Né en Grande-Bretagne dans une famille
pakistanaise aisée installée dans une
banlieue de l’est de Londres, il jouit
d’une double nationalité, pakistanaise
et britannique. Son
père avait une affaire import-export
de prêt-à-porter, il avait une sœur à
Oxford, un frère à Cambridge. Il est entré
à 18 ans à la prestigieuse London School
of Economics (LSE)
A l'occasion d'un voyage dans la
Bosnie en guerre, organisé par une association
d'étudiants musulmans, il a basculé dans
le militantisme radical et adhéré par
la suite à l’un des groupes islamistes
les plus extrémistes, les plus violents
et les plus en vue du Pakistan, le Jaish
e-Mohammed. Un touriste, Trevor Matthews,
a rencontré Skeikh
et il a appris par la suite qu’il
était l’hôte de trois copains britanniques
et d’un Américain, pas dans une retraite
rurale mais dans la
chambre sombre d’une maison anonyme
du nord de Delhi où ils étaient enchaînés
à un mur. Après cinq ans de prison,
il fut relâché par le gouvernement indien
le 31 décembre 1999 en échange d’otages
faits par des pirates de l’air qui avaient
détourné un avion indien. Depuis sa libération
et jusqu’à la séquestration de Daniel
Pearl, il a participé à des enlèvements,
des attaques, des détournements, des assassinats…
BHL pose cette question : Monstruosité
d’un homme ordinaire ou humanité d’un
monstre hors pair ?
Pour
essayer de recevoir les premières réponses,
il part à
Londres en quête de la famille
d’Omar comme il le fit pour celle de Danny,
il voit la boutique du père, la maison
de Deyne Court Gardens d’apparence très
confortable, paisible où vit toujours
la famille, il surprend Saeed Sheik après
l’avoir longtemps guetté mais celui-ci
n’a rien à lui dire, il rencontre le frère
cadet Awais Sheikh, jeune Londonien élégant
qui, en raison des circonstances, aide
son père dans l’entreprise Perfect Fashions.
Awais élude les questions quant à la culpabilité
de son frère et en pose à BHL, sur la
Palestine, l’Afghanistan, la Tchétchénie,
l’Irak. Il pense que son frère aîné est
bon, que son âme est élevée, il ne le
considère pas comme un fanatique. BHL
se rend dans les écoles que le brillant
élève Omar, jamais dissipé, jamais violent,
a fréquentées, la Forest School de Londres
et Le Aitchinson Collège de Lahore, au
Pakistan, où deux années ont permis à
Omar de renouer avec ses racines musulmanes.
Il rencontre son ancien directeur, deux
de ses professeurs qui confirment les
dons de leur élève et sa tendance affirmée
très tôt de prendre parti pour les faibles.
Même souvenirs flatteurs à la London School
of Economics : Omar était gentil,
travailleur, obsédé par les examens, bon
copain, pas plus religieux que ça, pas
islamiste. Il jouait aux échecs au
Three Tuns Pub, faisait de la boxe,
de l’arm wrestling (bras de fer)
auquel l’initia un Juif, Frank Pittal
car Juif, Musulman, ça ne comptait
pas pour lui.
Il
finira pair du royaume disait Saeed Sheikh et Qauissia , sa mère, au temps de sa jeunesse épanouie.
BHL se souvient de l’observation d’un
spécialiste de l’islamisme radical, Olivier
Roy, selon laquelle les grands jihadistes
passent par les madrasas saoudiennes ou
pakistanaises comme une sorte de rite
obligé mais viennent d’Occident où
ils ont presque tous fait des études brillantes.
BHL pose la question : Le terrorisme
serait-il l’enfant naturel d’un couple
diabolique : l’Islam et l’Europe ?
Une
parenthèse avant de continuer : On
a pu voir que je n’aime pas résumer un
livre. Je le lis, je suis l’auteur pas
à pas, dans ses avancées comme dans ses
retours. Pour le comprendre et comprendre
ses mots, ses idées, son questionnement,
je me dois d’être son ombre fidèle et
quand j’aime ce qui est écrit, je le demeure
jusqu’à la dernière ligne. Je suppose
que BHL va maintenant nous dire pourquoi
Omar choisit la Bosnie comme premier terrain
d’expérience. J’avais d’abord écrit « champ
de bataille » mais je me suis vite
reprise car tel n’étais pas le cas, le
très jeune homme étant parti chercher
en Bosnie et à Sarajevo dont il est devenu
un obsédé les mêmes choses pratiquement
que l’homme qui aujourd’hui l’observe ou
moi, humble témoin, trop âgée pour être
allée sur place mais qui connaissais bien
la vallée alpine parsemée de minarets
qui remonte de Mostar à Sarajevo et la
brise de l’Europe unifiée qui soufflait
avant l’heure dans ces lieux que la Serbie
a voulu briser. La London School of Economics
avait institué une Semaine bosniaque
dans le but d’alerter les consciences
sur le sort de la Bosnie en guerre sans
insister d’ailleurs sur l’origine musulmane
des habitants mais sur leur détresse,
l’école étant alors, selon BHL, un
modèle de libéralisme d’ouverture au monde
et à ses cultures, de cosmopolitisme vécu
et pensé, de tolérance. Omar est parti
avec un convoi de ravitaillement qui atteignit
Sarajevo en avril 1993, au moment même
où BHL s’y trouvait.
La
décision du jeune homme a été renforcée
par ses lectures et la projection d’un
film dont l’auteur pensa un temps non
à Bosna mais à son film précédent,
Un jour dans la mort de Sarajevo réalisé
fin 1992. Il s’agissait en fait de Destruction
of a Nation produit par Islamic
Relief de Birmingham. Avant son départ,
les lectures d’Omar s’orientent sur des
lectures de plus en plus orientées vers
l’Islam, son économie tout d’abord puis
il commence à se poser des questions sur
le Coran dont il ne connaît que le peu
nécessaire à la bonne conscience des musulmans
d’Angleterre (ni plus ni moins - si je peux me permettre
une fois de plus d’ajouter mon grain de
sel - que les Bosniaques ou les Monténégrins
d’avant la guerre qui ne connaissaient
de leur religion que l’interdiction de
manger du porc et observaient pour la
plupart sans conviction le jeûne du ramadan.
J’avais moi-même lu plusieurs éditions
du Coran dont celle d’André Chouraqui
quand j’en ai discuté avec un jeune homme
de Ulcinj (Monténégro) qui se disait imam
parce qu’il avait séjourné quelques semaines
à Istanbul mais qui fut heureux de bavarder
avec une Française juive, amie des musulmans.)
Et
voilà qu’Omar, inscrit pourtant à Londres
pour une nouvelle année d’études, n’est
revenu qu’une seule fois, en septembre
1993, à la taverne Three Turn Pubs
où il s’exerçait au bras de fer, vêtu
de pyjamas pakistanais traditionnels et
portant la barbe des moudjahidin :
Je n’ai jamais vu un homme en devenir
à ce point un autre dit son ami Saquib
auquel Omar demande ce qu’il fait encore
à Londres alors qu’on meurt en Bosnie.
Après cela, plus de nouvelles. Omar a-t-il
été fait prisonnier par les Serbes. Est-il
devenu chef de guerre selon les rumeurs
qui circulent à l’école. Personne ne sait.
BHL
profite d’un colloque littéraire organisé
par le centre André-Malraux pour revenir
dans cette Bosnie qu’il pense avoir
en partage avec Omar. Pourquoi ai-je cette
impression qui me quittera peut-être plus
avant dans le livre que l’auteur est plus
fasciné par l’image du tueur potentiel
que celle du martyr ? Ou peut-être
est-ce seulement que son image est plus
complexe à saisir parce que ses motivation
plus machiavéliques ? Sarajevo a
changé, les bons ne son plus ceux d’autrefois,
les profiteurs pullulent, la bibliothèque
n’a pas été reconstruite. BHL rend visite à Izetbegovich,
Président de la Bosnie-Herzégovine en
1990, qui ne se souvient pas spécialement
d’Omar mais d’un groupe de jeunes Pakistanais
venus lui proposer de composer une
brigade de combattants étrangers.
Selon le Président, Omar ne pouvait pas
être chiite, furieusement antichiite
au contraire. BHL retrouve à Solin,
près de Split, en Croatie, les traces
d’une ONG musulmane, la Third World
Relief Agency…avec laquelle Omar aurait
été en contact. C’est ici en tout
cas qu’il a décidé de se laisser pousser
la barbe.
De
retour à Londres, BHL rencontre Asad Khan,
le patron d’une sorte d’ONG tous terrains
envoyant ses convois non seulement en
Bosnie mais sur tous les théâtres de la
misère musulmane, Tchétchénie comprise.
Selon lui, Omar a été pris à Solin d’une
gastro-entérite et n’est pas allé avec
le convoi en Bosnie. Il a été récupéré
au retour pour être ramené à Londres.
Saquib, l’ami de la London School of Economics,
ne croit pas à cette thèse ou alors -
si elle se confirmait – dit que Omar,
honteux de son échec, est peut-être reparti
seul en Bosnie. Il a été un jour ou l’autre
qui reste à déterminer impliqué dans ces
ONG musulmanes au double jeu, prétendument
caritatives mais surtout propagandistes
et « recruteuses d’âmes. »
Il est certain que des moudjahidin
se sont installés en Bosnie malgré l’interdiction
faite par les accords de Dayton, s’y sont
mariés, et que Sarajevo aurait pu devenir,
sans une résistance interne, la plaque
tournante du terrorisme tant le nombre
des projets d’attentats en tous genres
se sont multipliés jusqu’en 2001 y compris
celui de l’attaque des Tours du World
Trade Center. Seulement, la question se
pose toujours, Omar faisait-il partie
de ces moudjahidin et de ces projets ?
Au
Pakistan où il se rend en novembre 2002
(c’est son quatrième séjour au Pakistan),
BHV ne peut rencontrer Omar à la prison
d’Hyderabad sous le prétexte qu’il vient
d’être transféré au Mensoor Ward qui est
le « Quartier de Haute Sécurité »
et que la permission doit être donnée
par le Ministre Moiddin Haider. Il dit
au ministre qu’il voudrait rencontrer
Omar parce qu’il est entrain d’écrire
un roman dont les héros sont Pearl et
Omar. Intérieurement furieux, le Ministre
n’accède pas à sa demande mais le confie
au brigadier Javed Iqbal Cheema, porte-parole
du Ministère de l’Intérieur qui, étonné
que l’écrivain journaliste ait loué une maison en Inde, ne lui promet pas plus.
Jusqu’à présent, BHV n’a entrevu Omar,
encagé comme une bête féroce, que
durant son transfert à la prison d’Hyderabad.
Quel
fut véritablement son parcours ?
Seuls les clichés parlent, ceux d’autrefois
et ceux de l’époque récente, après
le crime, après les crimes ; il est
allé en Bosnie ; puis de Bosnie en
Afghanistan ; d’Afghanistan, il est
parti pour l’Inde où il va organisé ses
premiers enlèvements…le petit Omar Sheikh
est devenu, avant comme après Daniel,
l’un des djihadistes les plus en
vue au Pakistan…Il y a le cliché célèbre,
datant des années 2000-2001, où il est
habillé tout en blanc et porte des fleurs
rouges autour du cou…Il a les épaules
massives et le torse avantageux. Il porte
la barbe mi-longue des talibans et un
long turban blanc enroulé plusieurs fois
autour de la tête…Il y a l’image de lui
devant la prison d’Hyderabad, le jour
de sa condamnation à mort…Le visage est
blême, dur comme la pierre, avec une expression
légèrement moqueuse et comme un reste
de sourire…BHV se rend compte que
des photos manquent, celles qui lui permettraient
de peaufiner le portrait : Bosnie,
camps d’entraînement afghans et pakistanais,
Indes, prises d’otages, prison. Existent-elles ?
Y a-t-il, quelque part, et où, des images
de cet Omar ? Il en a une, inédite
sans doute, qui le montre blessé sur un
lit d’hôpital de Ghaziabad en Inde où
il fut soigné, en 1994, après l’assaut
des policiers pour libérer les otages.
Peter Gee, l’Anglais, lui parle à St Sébastien
de cette période où il était à New Delhi
le voisin de cellule d’Omar. Il s’en souvient
comme d’un ami honnête, idéaliste, gai,
pieux, intégriste, charismatique, marqué
par sa double culture. Il ne fait pas
mention de ses accès de violence verbale
contre les Juifs tels que les a rapportés
Rhys Partridge, l’un de ses otages
à New Delhi, de sa haine de l’Angleterre.
Et
toujours revient chez BHL cette question :
Qui est vraiment Omar ?…Loup et
agneau dans la même cage ? Ou
bien un seul Omar tricheur ? Ou bien
un saint et un criminel ? Comment
s’en faire une idée précise sans essayer
de reconstituer le crime ? BHL parle
alors de son travail d’écrivain, de la
méthode du romanquête : ne rien
céder à l’imaginaire tant que le réel
était là et que l’enquête serait en mesure
de le prouver. Il a donc procédé comme
nous venons de le voir en s’aidant de
la vidéo, des rencontres avec les parents,
de voyages partout dans le monde où il
pouvait suivre son « anti héros »
à la trace, de photos, des procès-verbaux
de la police, n’imaginant, ne reconstituant
que lorsqu’il était contraint à le faire.
Il a su par un proche où avait eu lieu
la première rencontre entre Omar et Pearl,
le 11 janvier, en haut de Murree Road,
à Rawalpindi, dans une chambre du
quatrième étage d’un petit hôtel. Omar
s’est réadapté à ses coutumes occidentales,
costume, Ray ban, accent britannique,
a répondu aux questions du reporter sur
les divers groupes jihadistes pakistanais,
lui a promis d’arranger l’interview
dont il rêve avec Sheikh Mubarak Ali Shah
Gilani, le chef de la secte à laquelle
Danny pense qu’était lié Richard Colvin
Reid, l’homme aux baskets piégés de l’avion
Paris-Miami. Omar a commencé sa traque
qui va durer douze jours.
Il rentre à Lahore pour retrouver
sa femme Sadia, une jeune angliciste nouvellement
acquise à l’islamisme et qui vient d’avoir
un enfant. Il parachève son déguisement
britannique en achetant des chaussures
Gucci, une chevalière, une montre Breitling,
des jeans… Il prend contact avec des
gens du Lashkar i-Janghvi, ce groupe qui
n’est pas le sien mais qu’il compte associer
à l’opération. Il envoie un e-mail
à Danny pour lui confirmer que l’entretien
avec Gilani est arrangé. Il part le 17
en train à Karachi avec sa femme et leur
nouveau-né. Il passe le 18 à se recueillir
dans une madrasa, reçoit dans la soirée
trois de ses complices mais l’interlocuteur
de BHL ne peut lui donner d’assurances
quant au lieu de rencontre avec
Bukhari, l’homme qui dictera
à Danny le texte à réciter face à la vidéo,
Fazal Karim, le gardien, qui tiendra sa
tête au moment où le Yéménite le décapitera,
le Yéménite lui-même, les autres Yéménites.
Il reçoit le 19 un e-mail de
Danny qui accepte de le voir à Karachi
où il doit venir pour d’autres raisons
avec sa femme. Le mardi 22, il confirme
à Danny le rendez-vous avec Gilani qui
aura lieu à 7 heures le lendemain mercredi.
Il
dort seul, mal, il a froid, il se lève,
le matin du 23, la tête à la fois lourde
et vide…Il sait que le jour est arrivé
et il est inquiet. Est-il inquiet
que les choses ne se déroulent pas selon
le plan il l’a soigneusement concocté ?
Est-il inquiet parce qu’il a mauvaise
conscience ? Est-il inquiet parce
qu’on va tuer un innocent dont on il a
lui-même fabriqué les crimes ? Si
je dis « on », c’est que BHL
n’a plus de preuve absolue sur ce qui
s’est passé depuis le 22 au soir. Il n’a
pas la certitude qu’il fut présent à l’opération.
Le chauffeur de taxi (un policier ?)
qui a pris Pearl au Sheraton pour le conduire
au Village Garden dit qu’il a vu Sheikh
descendre d’une Suzuki (mais j’ai lu qu’il
était venu en train de Lahore…) Là, BHL
fait du romanquête, il se perd en conjectures,
il suppute, il a l’intime conviction que
Sheikh était dans les parages pour voir,
pour surveiller. BHL pense qu’il n’avait
plus froid, plus peur puisqu’il écrit :
il incante la joie. Il exulte.
Quand
BHL est venu à Karachi en Septembre 2002
avec son vieux passeport diplomatique,
il a essayé de trouver des éléments
sur les comptes en banque des organisations
jihadistes interdites par
Musharraf et sur lesquelles travaillait
Danny au moment de son enlèvement. Faute
de mieux, il a erré dans la dangereuse
ville, la seule ville au monde où les
mafias sont à ce point partie prenante
de la vie de la Cité que leurs affrontements,
leurs divisions incessantes, leurs compromis,
ont la même importance que, chez nous,
les assises de la vie politique, dans
le souk où trois cents vierges sont
arrivés cette nuit, via l’Inde, pour être
vendues à des émirs de Dubaï…Il apprend
enfin une nouvelle importante : dans
la nuit du 10 au 11 septembre, la police
pakistanaise épaulée par les Américains
a saisi dans l’immeuble d’un quartier
résidentiel…des ordinateurs contenant
des plans de villes américaines ainsi
que des manuels de pilotage, des documents
attestant de la présence, au cœur de la
structure de commandement d’al-Qaïda,
de trois des fils de Ben Laden, Saad,
Mohammed et Ahmed. Il se rend sur
place. La police garde les lieux. Il se
demande s’il y a une corrélation quelconque
entre cette descente et l’interview de
Khalid Sheikh Mohammed, le principal lieutenant
de Ben Laden, faite dans l’immeuble même
par Yosri Fouda, la star de al-Jazira,
et qui sera diffusée le lendemain de l’assaut,
le 12 septembre. Parmi les personnes arrêtées
ne figure pas le redoutable Khalid, l’inventeur
de l’idée géniale de transformer des
avions en bombes volantes, mais deux
de ses enfants qui seront libérés pour
« raisons humanitaires. » L’essentiel
pour BHL est le fait que parmi les dix
« terroristes » arrêtés figurent
des Yéménites dont celui qui, selon un
homme de l’EDF dont les dires sont confirmés
par un marchand de glaces et l’agent immobilier
du bas de l’immeuble « l’assassin
du journaliste américain », le vrai,
celui qui a effectivement tenu le couteau.
Ainsi,
BHL doit refaire l’organigramme du
crime et passer une fois de plus en
revue toutes les personnes qui ont contribué
à piéger Danny dans le Village Garden
puis celles qui l’ont assassiné. En fait
ce n’est pas un organigramme auquel BHL
est confronté mais un labyrinthe hérissé
de sigles, de patronymes patchouns et
punjabis, d’individus à la double,
triple, quadruple identité…Khalid
Sheikh Mohammed en avait douze, Omar dix
sept ! BHL sait qu’il y a
dans toute cette affaire un lourd et
terrible secret, et qu’il fallait, à toute
force, empêcher le secret d’être éventé.
Il
obtient un rendez-vous avec un avocat
de la défense qui, après les généralités
d’usage, lui donne une information qui
sent le « déjà entendu » :
Omar, sentant que les choses tournaient
mal, aurait, à la toute fin, appeler Hyder,
le chef de la cellule de détention, pour
lui demander de libérer le prisonnier.
Il était apparemment trop tard :
Danny était déjà mort, filmé et enterré.
BHL
se rend le lendemain avec Abdul, son « fixeur »,
dans un lieu qu’il devrait éviter, le
rendez-vous des drogués de Karachi. Il
y rencontre un homme qu’il choisit d’appeler
« Tariq » et qui se dit policier.
Il prétend qu’Omar n’a pas été arrêté
le 12 février mais qu’il s’est rendu le
mardi 5 au soir. Il émet deux hypothèses :
la première est que la police se serait
tue pendant une semaine pour permettre
aux gens qui ont tué Pearl de cacher
le cadavre, effacer les indices, disparaître
dans la nature, la seconde qu’Omar
se serait rendu quand il a appris que
Danny avait été exécuté contre ses instructions
et celle des commanditaires de l’opération.
Qui sont-ils en définitive ces commanditaires ?
Le gouvernement pakistanais lui-même ?
Et qui est Omar ? Un agent de l’ISI
(les services secrets pakistanais) ?
(Je pense à la collusion entre la CIA
et Ben Laden.)
En Inde où retourne BHL, tout le monde en est persuadé. Il obtient
des services
spéciaux auxquels il s’est rendu sur la
recommandation du Ministre de l’Intérieur
trois documents exceptionnels : un
procès-verbal de l’interrogatoire du terroriste
Massod Achar sur les rapports entre
les différents groupes qui composent la
mouvance islamiste pakistanaise de ces
années, le procès-verbal de l’interrogatoire
d’Omar lui-même après l’enlèvement
des touristes anglais qu’il a kidnappé
en 1994 à New Delhi dans lequel il revient
sur ses périodes de formation militaire
en Afghanistan. Le troisième document
est son Journal intime tenu dans les geôles
indiennes où il raconte…la série d’enlèvements
qui l’ont conduit là où il est. Il
remonte loin dans sa jeunesse et la page
36 confirme qu’il était trop malade pour
aller en Bosnie avec le convoi lors de
son premier voyage. L’étrange est
que le vocabulaire employé par cet ancien
brillant élève est pauvre, les mots décousus.
BHL apprend également qu’à sa libération,
c’est un colonel de l’ISI qui est venu
l’attendre à la frontière pour le conduire
en sécurité et le débriefer. Bien sûr
ce sont des informations transmises par
l’ennemi indien qu’il faut prendre avec
recul et objectivité mais enfin tout
cela est trop convergent pour ne pas finir
par faire sens.
Omar,
agent de l’ISI ? Comment aurait-il pu autrement, repris de justice et condamné à plusieurs
reprises, circuler dans tout le Pakistan
bourré de militaires, à Karachi, Lahore,
Islamabad… ?
BHL se rend à l’hôtel Akbar sur
Murree Road où Danny a rencontré Omar
et demande une chambre avec vue sur Liaquar
Bagh. Il s’installe, sent la présence
de Danny, son carnet ouvert sur les
genoux. Il imagine Omar sur l’unique
chaise, le regard fuyant que ne remarque
même pas son interlocuteur confiant. L’hôtel
est contrôlé par l’ISI comme
d’autres au Pakistan. BHL commence
à penser comme Marianne que le meurtre
de Danny n’est pas un acte contrôlé
de fondamentalistes fanatiques – c’est
un crime d’Etat, voulu et couvert…par
l’Etat pakistanais. Cette possibilité
est terrifiante.
BHL
doit tout revoir, rencontrer tout ce
qui, de Musharraf au quatorzième sergent
de la police de Lahore, a eu à connaître
de l’affaire. Il retourne à la ferme
où l’on a trouvé le corps mutilé de Danny.
Le terrain appartient au milliardaire
Saud Memon. Il a d’ailleurs disparu avec
sa famille, lui qui régnait sur tout le
milieu des affaires punjabi. A Peshawar
où il se cache peut-être, personne ne
sait où il est, cet homme mystérieux qui
doit bien être impliqué dans toute l’affaire
et qui est de plus l’un des administrateurs
d’une ONG, « le trust Al-Rashid », officiellement
destinée à secourir partout dans le monde
les musulmans nécessiteux mais dont l’argent
va plus particulièrement aux chefs fondamentalistes
du Kosovo, de Tchétchénie et d’ailleurs
et qui appelle au meurtre contre les
juifs, les hindous, les chrétiens les
occidentaux. Al-Rashid a des journaux
dont un hebdomadaire le Zarb e-Momin
qui a été jusqu’en 2000 l’organe central
du pouvoir taliban et dans lequel Masood
Azhar, maître à penser d’Omar et haut
dignitaire dans la secte des assassins,
n’a cessé, depuis huit ans, de publier
ses textes de prison. Al-Rashid a
fait compte commun jusqu’en novembre 2001
avec une autre ONG, la Wafa Khaïria,
qui a été fondée par ben Laden en gratitude
pour l’hospitalité que lui offraient Mollah
Omar et les siens. Pour BHL, il
en découle que Al-Rashid est un rouage
d’Al-Qaïda. Ainsi Pearl a été torturé,
puis enterré, dans une maison appartenant
à une fausse organisation de bienfaisance
qui sert de faux nez à Ben Laden.
Usant
d’un subterfuge, BHL arrive à se faire
recevoir – fait unique pour un occidental
– dans la grande madrasa de « Binori
Town » (la Cité Interdite de Karachi)
où ont été formés quelques uns des dignitaires
talibans, qui fournit ses bataillons d’élite
à Al-Qaïda, d’où est partie la fameuse
cassette audio du 12 novembre 2002 où
Ben Laden évoque les attentats terroristes
de Djerba, du Yemen, du Koweit, de Bali
et de Moscou et appelle à frapper de nouveaux
coups, non seulement contre Bush mais
contre ses alliés, où Ben Laden lui-même
a sans doute séjourné. Il voit un vieil
imam qui lui dit du bien de la France
et s’excuse pour les attentats qui ont
eu lieu contre des personnes françaises
venues aider notre pays et qu’on a
pris pour des Américains. BHL s’étonne
d’avoir vu sur son chemin un portrait
de Ben Laden et ose demander à l’imam
pour quelle raison le grand mufti de la
madrasa a assisté au mariage d’un de ses
fils : parce que Ousama est notre
frère dans l’islam répond le vieil
homme. Pourquoi la djihad contre les Juifs ?
Parce qu’ils sont les vrais terroristes
et qu’ils mènent leur croisade sur le
sol de la Palestine… Est-ce pour cela
qu’on a tué le journaliste américain Daniel
Pearl ? Nous n’avons pas d’opinion !
lâche l’imam d’une voix solennelle…L’islam
est une religion de paix. Le peuple pakistanais
est un peuple pacifique. Et il fait
signe que l’entretien est terminé. BHL
sait en quittant Binori Town qu’elle est
un quartier général d’al-Qaïda au cœur
de Karachi.
Il
décide de partir en Afghanistan via Dubaï,
en quête d’Omar ? Sur la trace de
Saud Memon ? Il réfléchit
à l’opportunité d’une guerre contre l’Iraq,
doutant de liens entre Saddam Hussein
et l’organisation de Ben laden. Il hésite
à faire une collusion absolue entre Ben
Laden et al-Qaïda, ne pensant pas que
la fortune du milliardaire saoudien suffirait
à tout commanditer. Al-Qaïda est une mafia
qui fait argent de tout, des jeux, des
impôts forcés, des ventes d’armes, du
trafic de la drogue… une organisation
qui finance les kamikazes et assure le
bien-être de leurs familles. L’islamisme
est un business. BHL découvre que
deux mois avant l’attaque des Tours un
mystérieux personnages est arrivé à Dubaï
qui prétend se nommer Mustafa Muhammad
Ahmad, dont les comptes américains fournissent
des subsides aux futurs responsables d’attentats,
qui pourrait être Omar… Il retourne à
New-Delhi pour poser la question :
Avez-vous des éléments capables de
confirmer ou d’infirmer la thèse d’une
identité entre Ahmad et Omar ? Il
part à Washington en février 2003 pour
compulser les archives des grands médias :
Newsday fait de Mustafa le pseudo
d’un certain Shaykh Saiid, un lieutenant
financier de Ben Laden mais l’hypothèse
qu’il serait Omar a circulé le 6 octobre,
jour de l’attentat contre l’assemblée
régionale du Kashmir…CNN, de son côté,
a peint Mustafa Ahmad comme un jeune
Pakistanais, ancien élève de la London
School of Economics après le détournement
de l’avion d’Indian Airlines. Hallucinante
complexité d’Omar.
BHL
poursuit son image à Kandahar, au sud
de l’Afghanistan. Il parle des camps de
Khalid bin Waleed et de Miran Shah où
Omar a sans doute été entraîné. Comment
cet homme à la petite santé a-t-il supporté
la rigueur de cette armée où l’on se
fiche de la santé, de l’état physique
et même de l’âge des soldats ? Et
puis comment a-t-il évolué vers l’ultra
religieux avec son passé occidental,
vers l’ultra « jihadisme » ?
Est-il devenu à ce point cynique qu’il
sache parler un double, triple langage ?
Et sa famille avec laquelle il n’a plus
eu de contacts ? Et tous ces changements
de noms ? Syndrome des compagnons
de Mahomet ?
BHL
rencontre le gouverneur de Kandahar et
lui demande si l’homme qui est en prison
au Pakistan est passé par le camp de Khalid
bin Waleed. Le gouverneur lui dit de consulter
Amine, un responsable de la police qui
le reçoit : Nous avons peut-être
trouvé, me dit-il, Saeed Sheikh Omar. Né à Londres en 1973.
Double nationalité jusqu’en 1994. Abandonne
sa nationalité pakistanaise en janvier
1994. Est-ce que c’est lui ?
BHL reconnaît son homme sur une vieille
photo en noir et blanc. Il part avec Amine
dans l’une des maisons d’al-Qaïda découvertes
en novembre 2001 et qui fut peut-être
la résidence d’Omar, membre selon certains
du conseil politique d’al-Qaïda, selon
d’autres chargé des liens avec les
grands alliés hors d’Afghanistan – Hezbollah
iranien, Front national islamique soudanais.
En septembre 2001, il est retourné
au Pakistan. Après l’attaque des Tours,
il est revenu en Afghanistan. Il a été
chargé de nouvelles missions par Ben Laden.
Amine précise même que Ben Laden l’appelait
« My favored son » ou « My
special son » mais il ne sait pas
comment il a une nouvelle fois quitté
l’Afghanistan, comment il a réapparu à
Lahore pour préparer l’enlèvement et l’assassinat
de Daniel Pearl.
De
retour à Karachi, BHL reçoit un journaliste
du Zarb e-Momin, l’organe des jihadistes,
version anglaise. Il aimerait interviewer
l’écrivain français pour les pages culturelles
du journal. BHL lui dit comme à d’autres
qu’il écrit un roman sur Pearl et Omar.
BHL ne donne pas suite. Il se sent repéré.
Au patron de la police, il dit comme aux
autres qu’il écrit un roman sur Pearl
et Omar, ce personnage captivant et
diabolique, attachant et criminel…L’homme,
tout-à-coup, se met en colère : Mais
enfin qui dans cette affaire est le plus
coupable de celui qui a exécuté ou de
celui qui par son attitude a tout fait
pour se mettre en difficulté ?…C’est
une choses très juive, ça. Une forme de
masochisme juif…Pearl avait un père israélien…un
grand-père…Il a donc à répondre des crimes
israéliens, c’est logique.
Etrangement
aussi, Asif Farooqi, le « fixeur »
de Daniel Pearl, veut rencontrer BHL alors
qu’il avait toujours refusé de le faire.
Celui-ci se rend compte immédiatement
des incohérences, des erreurs de dates…
Il se demande si on n’est pas entrain
de lui tendre des pièges. Il obtient par
l’Ambassade de France un rendez-vous avec
Hamid Mir, le biographe de Ben Laden et
voici que Monsieur Mir exige son départ
immédiat avant même de l’avoir reçu.
Devant
ces portes qui se ferment, ces provocations,
il s’attarde sur le chemin parcouru depuis
un an : il était parti du principe
qu’Omar était coupable mais trop petit
pour un crime trop grand. Il pense
maintenant qu’il est un prince de l’univers
du mal, un personnage central qui
se tient à l’intersection de quelques
unes des forces les plus noires de ce
temps, qui est la synthèse entre l’ISI
et al-Qaïda. Pour quelles raisons en définitive
des organisations aussi importantes s’en
sont-elles prises au journaliste Daniel
Pearl, à Massoud d’accord qui était chef
de guerre, mais Pearl ? Bien sûr,
il était un journaliste libre dans un
pays où tous les journalistes sont en
danger de mort permanent parce qu’on ne
distingue pas un reporter du Wall Street
Journal d’un agent de la CIA, d’autant
plus quand il est juif dans un pays islamique
qui considère la shoah comme mensonge
destiné à étouffer la réalité du pouvoir
juif. Daniel Pearl est mort parce
qu’il était juif, victime d’un néo
anti judaïsme qui se met en place sous
nos yeux.
Mais
ce n’est pas une explication suffisante
parce que dans ce cas une balle dans la
peau suffisait. Il n’était pas besoin
d’échafauder une telle mise en scène et
d’engager une telle équipe pour le piéger,
le filmer et l’assassiner. Danny est
mort parce qu’il savait. Danny, l’homme
qui en savait trop. Le président Musharraf
n’a-t-il pas déclaré au Washington
Post le 3 mai 2002 : Un homme
de média devrait être conscient des dangers
que l’on court lorsque l’on s’introduit
dans les zones dangereuses ; lui,
malheureusement, s’est excessivement investi
dans les jeux des services secrets.
Pearl
connaissait les rapports entre l’ISI et
al-Qaïda. Il y a tant de témoignages à
ce sujet, en particulier ce mémorandum
de vingt pages rédigé par Marianne Pearl
et Asra Nomani, la collaboratrice de Danny,
quatre jours après l’enlèvement. Il faut
se souvenir qu’il est arrivé au Pakistan
pour la troisième fois en décembre 2001
dans l’intention de mener à terme plusieurs
enquêtes, l’une sur la contrebande d’appareils
électroniques entre l’Afghanistan et le
Pakistan, une autre sur les groupes fondamentalistes
que Musharraf venait d’interdire, une
encore sur les affaires nucléaires, une
enfin à Islamabad où il est venu avec
Marianne sur les programmes télévisés
de l’Inde et du Pakistan.
Récapitulons :
Il rencontre Bashir (Omar) le 11, il est
le 12 à Rawalpindi où Marianne a envie
d’un lecteur de CD au marché des contrebandiers,
du 12 au 16 à Peshawar : Cherche-t-il
des zones tribales, la trace d’al-Qaïda
et de ses liens avec les gangs pachtouns ?
Pourquoi ? Il n’était pas reporter
de guerre, il l’avait même souligné quand
on lui avait proposé en novembre d’aller
en Afghanistan. Il est de retour à Islamabad
du 18 au 22, reçoit les mails de Bashir
alias Omar. Il est le 22 à Karachi. Nous
sommes à la case retour : Gilani.
Mais
Gilani était-il aussi important que le
pensait Pearl ? Il était le chef
d’un petit groupe, la secte al-Fuqrah,
pas d’une grande organisation, mais il
était l’ami de Ben Laden, le familier
du Grand Mufti de Binori Town. Il menait
grand train à New York et al-Fuqrah a
fini par avoir des antennes - des phalanstères
- dans plusieurs états (Virginie,
Colorado, Caroline du Sud, dans les Caraïbes,
au Canada) dont les membres ont perpétré
de nombreux attentats dans les années
80 sur le sol des Etats-Unis sans que
l’on ait rien tenté contre la secte jusqu’en
2000. Il a quitté New York après l’attaque
des Tours.
Daniel
Pearl était-il entrain d’enquêter sur
les réseaux américains d’al-Qaïda ?
En a-t-il appris tellement qu’il fallait
le supprimer avant qu’il ne parle ?
A-t-il enquêté sur Abdul Qader Khan, le
vrai père et patron de la bombe islamiste ? BHL écrit à la fin
de son livre : En entrant dans
cet univers glauque de savants fous et
de fous d’Allah, en mettant le pied dans
cette nuit où services secrets et services
nucléaires échangent et partagent leurs
zones d’ombre, en travaillant sur cette
matière hautement sensible et explosive,
était-il entrain d’enfreindre l’autre
grand interdit qui pèse sur cette région
du monde…A la suite de Danny, dans son
sillage et, en quelque sorte, à sa mémoire,
j’apporte cette modeste contribution à
la cause de la vérité qu’il aimait plus
que tout. J’affirme que le Pakistan est
le plus voyou des Etats voyous d’aujourd’hui.
Mais
il ajoute : Ai-je tant progressé
que cela, quand je fais le bilan, depuis
un an ? Y vois-je tellement plus
clair qu’au début de l’enquête quand les
choses me semblaient simples – un juif
américain, des extrémistes musulmans,
une vidéo à passer en boucle dans les
mosquées de choc ?
Que
dire maintenant ? Au moment où je
ferme le livre, j’apprends les nouveaux
attentats kamikazes en Tchéchénie, en
Arabie Saoudite et au Maroc. Bernard-Henry Lévy
a raison quand il écrit que jamais rien
ne sera fini tant qu’il restera des états
voyous pour commanditer de tels crimes.
Pour ma part ai-je lu le roman d’un écrivain
célèbre, l’enquête très poussée d’un grand
journaliste, le romanquête évoqué par
lui-même et dont l’imaginaire commencerait
au moment même où se déroberait la réalité
tangible, les commentaires d’un philosophe
sur ce vingt et unième siècle qui ne ressemble
en rien au Siècle des Lumières ?
De toutes façons, je n’ai pas parcouru
un tel volume pour le reposer illico comme
on le fait pour un roman de gare. J’ai
voulu dans un premier temps faire un long
résumé pour l’offrir à ceux qui n’auraient
pas le courage de s’y attaquer ou pour
donner aux autres l’envie de s’y plonger.
Ces
huit derniers jours m’ont en tout cas
permis de me familiariser avec les héros,
d’entrer dans l’univers de Pearl et d’Omar,
de faire la différence réelle, non pas
fictive, entre le martyr et l’assassin.
Je conserve le sentiment - mais peut-être
ai-je tort et reviendrai-je après réflexion
et relecture à une autre perspective -
que la poursuite intense d’Omar prouve
non pas qu’il y ait eu une quelconque
commune mesure entre les deux hommes mais
qu’un assassin aux multiples facettes
exerce plus de fascination qu’un homme
honnête et juste. Je passe maintenant
le flambeau à mon ami Jean qui va me lire
et tirer ses propres conclusions (si mon
travail lui suffit…) qui sont toujours
intéressantes même et surtout quand elles
contrastent avec les miennes.
Commentaire
de Jean Barbé :
Quand
tu m’as demandé, Lise, mercredi soir,
de bien vouloir relire tes « mots
dits » pour éventuellement te donner
mes impressions, commentaires et aussi
mes observations en ce qu’ils seraient
peut-être « trop »… trop longs
notamment… je t’ai répondu : « bien
sûr Lise » et en moi –même je me
suis dit « Aïe ! » Trois
fois « aïe ! »… D’abord
« aïe » parce que tu me laissais
généreusement 48 h de délai pour ma copie
et puis « aïe, aïe » parce que
tu me confirmas que tes propos traitaient
du dernier BHL : « Qui
a tué Daniel Pearl ? »
Allez !
je suis comme tout le monde : BHL
m’énerve un peu !… Les gens trop
intelligents énervent toujours un peu
les autres, surtout quand ils emploient
aussi leur intelligence à la propulser
par tous les moyens que la vitrine de
la vulgarisation médiatique met à leur
portée et celui-là, BHL, du col ouvert
immaculé blanc aux « baisers-coco »
du show-biz, ne fait pas dans la dentelle
ni la pondération en cette occurrence.
Bref,
ça tombe bien … je n’ai pas lu le bouquin
et comme d’habitude je suis entrain d’osciller
entre le désir que j’ai de le faire et
celui de ne pas me laisser convaincre
de le faire par tous les folliculaires
de toutes les télés et radios que j’allume
de temps en temps… re bref ! C’est
le dernier BHL et comme tout un chacun
je n’ai pas échappé au battage de sa sortie.
Mais le sujet m’intéresse ; comment
ne pas s’y intéresser ? Je laisse
donc de côté pour deux jours ce « Verlaine
ou l’enfance de l’art » de Gilles
Vannier et je finirai un peu plus tard
le passionnant « Le secret Egyptien
de Napoléon » de Javier Sierra,
les deux bouquins qui m’accompagnent en
ce moment. Je plonge dans tes lignes.
Trop
longs tes « mots-dits » demandes-tu Lise ? je n’y ai cependant
pas trouver une ligne superflue. Bon …
c’est vrai qu’avec tes premières pages
consacrées au journaliste je me suis dit
que tu t’étais attachée d’emblée (c’est
tout toi) à « Danny Pearl »
et je me suis pensé que tu revenais dans
le droit fil de ta très intime, parfois
militante, conviction et profession de
foi que j’entends sans peine, comprends
et accepte toujours sans toujours l’appuyer
ou en essayant de la relativiser à
mon aune différente, forcément différente
; j’ai redouté un moment de te voir donner
la préséance au côté « sentimental »
de l’ouvrage qui nous est pourtant présenté
par ailleurs comme un « romanquête »,
un travail d’investigation où domine surtout
la dimension politique.
Mais
tu es vite revenue à l’essentiel, soulignant
remarquablement la pérégrination, la quête
de BHL dont quoiqu’on pense de sa chemise
blanche il nous faut bien admettre quand
même qu’avant de s’exprimer ce gars là
n’hésite pas à la mouiller. Et comme BHL,
sans jamais oublier Danny, tu as résolument
tourné ton regard vers Omar… fascinant
et hallucinant
symbole. D’accord in fine la découverte
de BHL n’en est pas vraiment une quant
à savoir que le terrorisme n’est pas /
plus le fait de soi-disant nébuleuses
peu ou prou structurées mais souvent « affaires
d’Etats » connus et reconnus, « crapautant »
sans vergogne avec des mafias en tous
genres; quant à savoir que cette menace
infernale risque bien de polluer tout
ce vingt et unième siècle débutant ;
quant à savoir combien sont nombreuses
les ramifications entre les mouvances
terroristes, et notamment al-Qaïda, et
les services officiels ou plus secrets
d’Etats complices ; quant à savoir
que cette menace pourrait bien prendre
les manières, que l’on redoute sans le
clamer où le biologique le dispute au
nucléaire ; quant à savoir que les
démocraties occidentales, US premiers
entre toutes, ont largement en leur temps
couvé le serpent dans l’œuf ; quant
à tout ça et pire encore…. Reste que BHL
a la rigueur et le courage de mettre,
à sa manière, tout ça sur la table autour
de laquelle il nous défie de tourner encore.
Et
voilà que je m’exprime comme si j’avais
lu le « romanquête » de BHL…
c’est que, Chère Lise, tu as su sans doute
transmettre en quelques pages l’essence
de ce travail. « Qui a tué Daniel
Pearl ? » interroge-t-il ?
et je brûle grâce à toi de savoir aussi
« pourquoi ? » en
redoutant la réponse sans pourtant craindre
la surprise qu’elle pourrait être tant
on la subodore. Ils ont tué Danny Pearl !
On sait « comment » puisqu’ils
ont pris cet étrange « plaisir »
à nous le faire savoir, à nous le montrer
en détail, mais notre effarement devant
l’horreur innommable, loin peut-être de
ce qu’ils escomptent, n’estompe pas notre
vigilance : des assassins désignés
par l’œil de la caméra nous ne retiendrons
que le rôle de factotum chargés des basses-œuvres
qu’on leur assigna ; la « diversion »
vers le fanatisme incontrôlé, diversion
dont on voudrait peut-être nous jouer,
n’ira pas plus loin que la mise en scène
et les vrais coupables que sont les instigateurs
de cette infamie, sans préjuger de leur
statut, fussent-ils chefs d’état, ne pourront
et ne devront pas sortir de notre collimateur
à l’heure où il est difficile de douter
des infamies qu’ils préparent encore.
Merci
à toi, Lise de cette attentive lecture
et de ce compte-rendu remarquable. Bah
non, pour une fois, mes conclusions ne
divergent pas tant que ça des tiennes…
et puis grâce à toi, à travers toi, j’ai pu voir BHL
comme j’ai envie de le voir et de l’entendre…
loin de l’emphase et du pathos de son
style coutumier il m’énerve beaucoup moins
et je le trouve, grâce à toi, encore plus
intelligent que je sais qu’il est, pertinemment !
Tu as gagné… Je vais sans doute le lire
dans sa VO.
Jean
Barbé