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Quelque chose dans le vent fait dire un peu partout qu'un
froid
avance, de derrière, comme une grande vague lente qui se lève de loin -
enfin, c'est cette impression qui nous prend lorsqu'elle est là, dans nos
pas, mais ça c'est pour un peu plus tard quand même. -, quelque chose
qui n'est pas le vent et qu'on entend à peine, du bout de l'il
peut-être, comme un lied de Hugo Wolf, qui brasille dans les
feuilles. On sait déjà dehors que l'automne nettoie ses meubles,
à grande eau, que le vieil automne s'apprête à emménager. Mais
il est tôt, gardons-nous beaux, le vert nous regarde encore.
Bonne semaine poétique, chers lecteurs. Entrée en matière quelque
peu désabusée, les ouvrages de la rentrée réveillent la machine et la
ramènent à des rythmes plus ronds, quoique toujours aussi inouïs. La
rentrée démarre avec lenteur, mais elle est néanmoins partie à point
et c'est ce qui compte.
Je vous donne de suite le menu poétique de la semaine.
Le comité a retenu trois textes, cette semaine, ce qui nous fait
accueillir et souhaiter la bienvenue à trois nouveaux auteurs à Ecrits...
Vains?
Tout d'abord, notre équipe a bien aimé « Terrain vague »,
de
Frédéric Pierre, un court tableau tout en nuances qui laisse
entendre une voix sûre et riche, parsemé d'images justes. De
l'atmosphère dans tout cela, ce « terrain vague » est habité.
(Juliette Schweisguth)
Toutes les roches s'assombrissent
lorsque l'été,
sous le miroir relevé des châles,
quelques herbes dessinent des prairies solitaires.
Cachées dans des buissons d'aiguilles ou plaquées le long des murs
en ruines,
des petites flèches de mosaïque, comme des segments de verre
chauffés au vent, comme des nefs issues de l'infini, nerveusement
échappent aux soubresauts de l'il.
Deuxième texte, autre nouvel auteur, notre comité a aimé également
« Le sexe de Paris » de Luka Azel. Ici, on passe à quelque chose
de plus direct, plus cru, enveloppé d'une espèce de spleen sensuel
bien rythmé, qui mène la voix tout contre une intime vérité :
Et que faire un tel soir
- je voulais vraiment ne pas
me laisser aller -
Comme un coup de téléphone un sourire.
La difficulté somme toute
Quotidienne
Ce n'est pas un jeu
Je me suis trompé.
Enfin, plus léger peut-être, sans toutefois sombrer dans l'éther,
«Souvenir de Dinard. » de Sémüjin Qagha accroche immédiatement
le murmure intérieur, avec une rythmique discrète et un filet
anaphorique très subtile qui donne à l'ensemble un air qu'on veut
se rejouer une fois la plage parcourue :
Un petit peu petit peu de rien
c'est un peu de tout
comme un pas très court.
qui s'en va au loin.
Une petit goût salé qui se frotte aux pieds
d'une toute autre marée
qui s'étire au loin.
entre mes deux doigts.
Bonne lecture.
Mathieu Boily
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Une
photographie de Jim Hayes.
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