Semaine du  24 avril 2000...

Chers lecteurs, je vous apporte le bonjour pascal du comité.

Passons donc tout de suite au menu chargé de cette semaine.

C'est Henri Meschonnic qui dit que le sujet du texte n'est sujet que s'il crée son rythme. Eh bien, pour moi, le premier texte de la sélection en est une preuve vive :

J’aurais bien voulu, quand même partager ma casquette avec ses cheveux qui lapaient la flaque, bien voulu élimer sa veste avec mes bras, l’écorcher un peu plus en lui demandant … je lui aurais rauqué le pourquoi des paumés, le pourquoi de ceux-là qui sentent les nuits aigres. Si on peut parler de nuits, parce que y a toujours un murmure qui griffe les rails, y a toujours un réveillé pour empêcher les gens de partir.

Isabelle Godard a du rythme plein la gueule, et notre comité l'a tout de suite senti. Ça joue avec les frontières, flirte prose et poésie, ne s'accroche à aucune des deux, et ça s'en fout un peu aussi, au fond: T'façon...

Avec Un jour comme ça, Porte ouverte et Traces sans fin Ailen fait un retour pour le moins costaud au sein de nos quinzaines poétiques. Il y a toujours du plaisir à retrouver cette sensualité à fleur de lettre, cette douce et simple intimité qui caractérise l'écriture d'Ailen. Traces sans fin a particulièrement retenu l'attention: Voilà bien le premier poème sur l'écriture sans emphase, san Majuscules, sans "message". La progression est remarquable, les images sont très fines et la chute est tout en cohérence et en délicatesse. (Anita Beldiman-Moore):

Insinuant ses traits vers les cicatrices, les échos,
arrachant un fil de sanguine, gravant sa trace, sa bave d'escargot.
                    Montrer un chemin possible.

On mentionnera également C'est dans un asile hirsute... de Nathalie Fave, un texte en apparence annodin, tout bref, peu bavard, mais qui cache de l'essentiel et vivant mystère.

Enfin, Marie Mélisou nous présente Si tu le lis; on trouvera aussi un texte de Jean-Marc Pierard, Confession d'un fou, un texte dépouillé où on perçoit une petite musique (Robert Cuffi), une tendre marotte, j'ajouterais...; et de Mus, Lola ou les cents pas d'une fille pudique. Nous saluons particulièrement ces deux derniers auteurs, nouveaux arrivants sur Écrits...Vains ?

Bonne semaine à tous

                                                         Mathieu Boily


Une toile de F. Vignale