Semaine du 11 janvier  2001

                        
  Les voix du nouveau monde

                     par Florence Noël

 

Avec le nouveau millénaire, nous dessinons de nouveaux départs. Dvorak écrivit la symphonie du Nouveau Monde,... le comité poésie d'EV repart enfin, humblement, à sa vitesse de croisière, pour découvrir les continents des voix nouvelles qui vont désormais émailler la lecture de la revue.

La tâche de l'organisation change, Matieu Boily rejoint les heureux votants du comité, après de longs et très fructueux services en tant que président. Il nous laisse l'empreinte de sélections habitées par des voix, plus encore que par des textes... Nous le remercions encore ici pour son enthousiasme et sa rigeur poétiques tout au long de ces mois.

Nous vous présentons donc trois auteurs, dont deux voix assurément nouvelles parmi nos pages:

Jean Barbé, Audrey de Sainte Mareville et Isabelle de Penfentenyo-Barrett

*

De la première, on a tant dit déjà, car Jean Barbé est un habitué, de ceux dont on apprécie avec le temps davantage encore la texture du chant. Il nous propose ici trois textes, au rythme de chansons tissées de nostalgie, d'amours et d'embruns :

"Les bécots ", "Je n'ai jamais été de ceux que l'on élève ! ",

"T'en souvient-il de la sinistre école,
Si grise,
Jusque dans la toile des sarraus,
Plus triste quand la pluie grillageait les préaux
Et martelait la cour de bubons de vérole."

Et "Le silence de la mer ", dont il nous dit :

"J'avais beau fait j'avais beau dit
Je ne voulais plus que me taire
Et chaluter en poésie
Dans le silence de la mer"

*

De la seconde, surgit l'émerveillement, car c'est de cela, profondément qu'il s'agit lorsque l'on se laisse aller à "vivre" ce regard que porte Audrey sur toute chose, sur ses "Cerises au vent". Oui, elle le porte avec son regard de 9 ans, mais un regard empreint d'une sensibilité unique. Touchée par le doigt de la poésie.

"...

Les pieds nus dans l'herbe
j'attends les flocons
ces p'tits bouts d' papier
couverts de frissons

Dans le moule aux bruits
un clafoutis d'oiseaux
des blancs, des tous secs
et puis des rouges

..."

*

La troisième, Isabelle de Penfentenyo-Barrett, nous emmène dans un registre plus classique. Ses textes disent l'amour, dont les ouvertures sont comme autant de saisons de sentiments:

"Vous étiez mon amant", "Tes mots que je n'écoute pas", "Ah la jolie souffrance", "Epouse", "Car si demain te pèse", ...

Un extrait, encore, comme une escale d'un voyage amoureux....

"Tes mots que je n’écoute
pas
je les entends – Tout bas
glissant sur tous nos maux
Les mots de tout ce temps
perdu
le nôtre
Et demain qui s’envole
Volatile corolle
Tu nous sèmes à tous vents
dans l’automne naissant"

*

Et, vous laissant à ces lectures, de nous enfoncer enfin dans les sentiers du siècle, sur ces mots de Sitting Bull:

"Tout ce qui passe
près de moi
me parle."

Florence Noël