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Après
Bech voyage, 1970 et Bech est de retour, 1982, Bech apparaît
pour la troisième fois - trilogie oblige - dans Bech aux abois, quasi-roman ou cycle de cinq nouvelles qui fait rebondir
le célèbre personnage de John Updike. Henry Bech, écrivain juif
et auteur d’un best-seller, est né en 1965 dans « La poétesse
bulgare », nouvelle publiée dans le New
Yorker. L’écrivain américain aime suivre ses personnages.
Après Rabbit qui occupe une tétralogie, Bech en est le meilleur
exemple. Ce alter ego ou « anti-alter
ego » d’Updike, comme le nomme le critique américain
Jack de Bellis dans son oeuvre L’encyclopédie
de John Updike (John
Updike’s Encyclopaedia), illustre bien la conviction d’Updike
que « pour un roman il faut bien quelque chose au-delà
de l’autobiographie pour stimuler l’écrivain ». Apparemment
cela va de même pour un quasi-roman, car Bech est en effet aux
antipodes de son auteur. Entre un juif et un Wasp, un écrivain
bloqué et un écrivain prolifique, il n’y pas que l’abîme de
la fiction. Cependant, dans ce jeu des miroirs déformants, Bech
a réussi à interviewer Updike à plusieurs reprises.
Toujours de l’autre côté du miroir, Bech,
dans la première nouvelle du livre, contemple son créateur et,
comme une créature finie, s’inquiète de son propre avenir; il
redoute que, par ennui, Updike
le fasse disparaître. Aucun danger; Bech, dans la peau
polie et polissonne de ses nouveaux rôles, s’adonne à cœur joie
à divertir, interloquer, voire choquer le lecteur : pigeon voyageur
dans « Bech en tchèque », porte-parole de l’Establishment intellectuel dans « Bech préside », fils attendri
et inattendu dans « Bech plaide coupable », assassin
endurci dans « Bech noir », prix Nobel comblé, enfin
au ciel du « sublime américain », dans « Bech
et l’offrande de la Suède. ».
Bech aux abois décrit, sous le coup de différentes
situations, une bonne décennie de la vie de Henry Bech. Ce dernier
représente le versant satyrico-comique de la prose multiforme
de John Updike dont l’œuvre impressionne, autant par son volume
que par sa verve. Bien que mordante, la première nouvelle du
volume prend un ton grave quand Bech panique à l’idée de la
mort qui hante l’œuvre d’Updike. C’est « la peur de cesser
d’exister - envolé en fumée » qui pousse Bech, tel un vieux
cerf aux abois. Il ne visite pas impunément la tombe de l’écrivain
de l’angoisse, Kafka; il n‘attend pas impunément, seul dans
son lit, l’émoi érotique qui le délivrera de sa terreur.
Mais la sagesse n’est pas le point fort de
Henry Bech. Updike s’amuse de l’insoutenable légèreté d’une
auguste académie des « quarante », « imitation
désenchantée de l’Académie française » en fait, dont Bech
pavoise sa présidence. A l’affût d’une nouvelle conquête, Bech
accepte précipitamment cette fonction mais il ne le regrette
pas: « Il avait pris, pour des mauvaises raisons la bonne
décision. ». L’exercice du pouvoir va bien à Henry Bech,
mais la vie sexuelle du président va
mal : « Ils n’avaient pas fait l’amour depuis des
semaines, à cause de cette pénible tension politique qui s’était
installée ente eux. ». Néanmoins, la sexualité chère
à Updike, donne toute sa verve à la plume de l’écrivain américain
: « Bech
pensa à Martina ouvrant son peignoir et exhalant des zéphyrs
d’odeur charnelle, à son visage sévère qui ne souriait pas sur
sa robuste nudité, et tout le reste lui paru vanité et illusion.».
Pas vraiment. Car, il y a aussi l’écriture pour laquelle
Bech tuerait et il tue, en effet. « Bech Noir » traite
des relations que l’auteur peut entretenir avec la critique.
Updike règle ses comptes avec les critiques, qui ont déprécié
son oeuvre et dont, en tous cas, il ne veut plus en entendre
parler, comme il l’a déclaré dans une interview récente.
Quand on demande à Bech, dans « Bech préside », où il trouve ses idées , «les idées sont généralement
le produit de la malveillance », répond-t-il. La malveillance, dans toute sa
splendeur, s’épanouit dans « Bech noir » où Bech,
brûlant au feu de l’action maléfique, tue en série les critiques
hostiles à son oeuvre. Comédie loufoque ou thriller macabre,
la nouvelle laisse le lecteur perplexe devant la fureur vengeresse
et imaginative de Bech. Updike nous livre une vision sombre
du monde littéraire et de l’être humain : « il découvrit
que le monde littéraire était un champs de bataille miné par
la haine, encerclé par des tireurs isolés. », « chacun
de nous est un récipient scellé de fantaisie et des haines gazeuses ».
Après le monde littéraire, c’est le monde
du show-biz qui est dans le collimateur d’Updike, dans « Bech
plaide coupable ». Mais, oh surprise, c’est un autre Bech
qui réagit et s’attendrit sur le sort du vieil agent de Hollywood;
Ohrbach lui réclame des dommages et intérêts pour l’avoir traité
d’ « archi-filou ». Au cours d’un procès à l’américaine,
dans une Amérique où tout le monde poursuit et est poursuivi
en justice, Bech projette une affection filiale sur l’agent
. « L’archi-filou » se transforme en substitut paternel
: « Bech lutta contre l’envie de bondir et d’aller s’agenouiller
devant le plaignant pour recevoir, sur sa tête baissée, la bénédiction
que son propre père lui avait refusée. » La culpabilité
de Bech n’est pas d’ordre juridique mais elle fait écho à la
culpabilité filiale qui traverse l’œuvre d’Updike.
Après le rideau de fer, les meurtres avec
préméditation, le procès, la disgrâce présidentielle, Updike
clôt le volume sur un ton d’espérance. Bech septuagénaire, délivre
son discours de nominé à Stockholm, avec son bébé dans ses bras.
Il s’agit bien d’une consécration tant paternelle que littéraire.
Bech discourt sur la nature de l’existence et Golda salue le
public. Mais la trilogie n’est pas close. Dans le dernier recueil
des nouvelles d’Updike, Tétées
d’amour, (Licks Of Love) Bech est encore présent.
A suivre.
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