Roser Caño Valls

(Traduit du catalan par Ricard Ripoll)

Littérature en
Catalogne

Sommaire

 

Née en 1975 à Barcelone. Licenciée en Philologie Catalane (Université Autonome de Barcelone) en 2001-2002. Elle a publié des articles dans la revue “Fòrum-Grama” et des textes littéraires dans la revue en ligne Literària et a obtenu plusieurs prix littéraires.

 


 

Pieds nus

 

L’horloge fragile se vide peu à peu de son sable. Au fond du miroir j’ai rencontré un visage enfantin inconnu. La lumière du reflet m’a mené jusqu’à toi ; là. Je te vois pour la première fois. La glace des aiguilles a de nouveau joué avec mon destin, m’obligeant a me souvenir que tu es de l’autre côté, le monde qui m’est interdit.

 

Sens

Le froid de décembre m’a fait croire que j’étais morte, mais ta main sur mon corps a brisé cette illusion.

 

Solstice d’été

Dans le jardin du voisin les gardénias se sont ouverts avec la lumière du soleil. Je me suis levée le corps alourdi. Tout d’un coup, je ne pouvais pas bouger, j’étais clouée au sol. Je me suis sentie prise dans une couverture rouge. Devant moi, il y avait une pomme géante. Du miroir est sortie la silhouette d’un homme qui me mangeait, et je sentais de la douleur dans ma peau. Il n’a laissé que le cœur. Le lendemain je me suis regardée dans la glace, je continuais à être la même.

 

Le miroir de l’âme

A force de marcher sous un soleil lumineux et torride, elle était arrivée à l’orée d’un bois où il y avait une rivière sans fin. Les eaux bleues lui disaient : - Viens. Elle a cédé a la tentation de cette voix, elle s’est déshabillée et s’est baignée dans le Léthé. Une goutte et une autre pénétrait dans sa peau. Une rafale de vent très froid la pétrifia. En sortant de l’eau, elle ouvrit les yeux, comme si elle se réveillait d’un rêve. Elle se regarda dans la glace, mais elle ne vit pas son reflet. La rivière effaça son nom.

 

L’homme du sac

l eut de nouveau un an de plus. L’homme, furieux, mit la main dans la boîte pleine de tiges accumulées, et il en retira tous les souvenirs. Il les prenait avec les doigts bien fort, pour éviter d’en encombrer toute la maison. Sans remords, il les brûla un par un. Il ramassa les cendres et les mis dans un sac. Il fit à une corde un nœud marin autour du sac. Il mit le sac sur son dos pour le jeter à la mer, mais ces souvenirs brûlés s’écoulèrent par un petit trou.