Note Bibliographique

 

Miquel de Palol est né à Barcelone en 1953. Après des études d’architecture, il fait ses débuts comme poète, domaine dans lequel il a bâti une oeuvre considérable  qui va de 1972, avec le livre de poèmes Lotus, publié dans la revue Serra d’Or, jusqu’à Gralles al galliner (Des vautours dans le poulailler) en 1996. Parmi ses dix-sept volumes de poésie, il faut citer Quan ? (Quand ?), en 1979, El porxo de les mirades (Le porche des regards), en 1982 (qui avait reçu deux prestigieux prix, le Prix Carles Riba et le Prix de la Critique Serra d’Or), Indiferència (Indifférence), en 1986, et El Sol i la Mort (Le soleil et la mort), en 1996. Son oeuvre poétique s’éloigne des paramètres formels de la poésie de l’expérience et de la tendance majoritaire que lui-même a décrite comme « néo-noucentisme (mouvement culturel catalan du début du XXe s.) institutionnel », son but étant le possible retour aux formes métriques classiques et à l’idée du poème comme expérience radicale de l’esprit et de l’amour, héritage de Salvador Espriu. En ce sens, on peut tirer une poétique personnelle du texte « Materials per a una conversa de comiat » (Matériaux pour une conversation d’adieu), sous forme de préface à Gralles al galliner. Palol y déclare que ses recherches en matière lyrique constituent une tentative d’atteindre « l’équivalence dans le monde du poème (...) de ce qui, en peinture, architecture, danse, musique, sculpture et arts artisanaux, a représenté la crise de l’ornementation liée à l’idée de la sur-identité négligeable, aussi bien que l’élargissement et surtout la mise en question conceptuelle des rythmes, et en général des paramètres classiques ».

Alors que l’oeuvre poétique de Palol s’avère un cas unique, non pas toujours dûment reconnu, dans la poésie catalane des derniers temps, il devra pourtant à ses romans la position centrale qu’il a gagnée sur la scène littéraire, très spécialement avec la publication, en 1989, des trois volumes d’El Jardí dels Set Crepuscles (Le jardin des sept crépuscules), qui a reçu de nombreux prix : le prix « Joan Creixells », le prix « National de Littérature Catalane », celui de la « Critique Serra d’Or » et le « Prix National de la Critique », ainsi que le « Prix Ojo Crítico III Milenio » pour la postérieure traduction en espagnol.

Palol a publié en 1994 Ígur Neblí (Prix Ciutat de Barcelona), en 1995 L’àngel d’hora en hora (L’ange d’heure en heure), El legislador (Le législateur), en 1997, Prix Josep Pla, Consulta a Ripseu (Consultation à Ripseu), 1997, El Quincorn en 1999, Prix Sant Jordi, et El troiacord, en 2001.

Le romanesque palolien s’inspire puissamment du modèle formel du « roman-dinosaure » postmoderne tout en y assimilant des éléments génériques aussi divers que la philosophie, la science-fiction, la littérature apocalyptique et la satire sociale. On peut parler d’une épopée de l’avenir, organisée comme un cycle qui a comme clef de voûte le roman en cinq volumes, El troiacord. Comme dit le personnage Ripseu dans le livre de 1997, en guise de préambule théorique : « La seule chose qui est utile et raisonnable, c’est la connaissance venant de l’expérience et l’observation de la nature, avec art et application des lumières intellectuelles, et cela d’après cette prudence qui fait que toute conviction est remise en question chaque jour. Repérer les analogies et ne pas rester dans une seule école, en connaître autant que possible et les utiliser de façon critique les unes par rapport aux autres. »

Quant aux récits et aux contes, il est l’auteur de Amb l’olor d’Àfrica (Avec l’odeur de l’Afrique), 1992, Grafomàquia (Graphomachie), 1993, et Contes per Vells Adolescents (Contes pour Vieux Adolescents), 1998, Prix Víctor Català, en plus de plusieurs recueils de contes pour enfants. Ses contes ont une première dimension expérimentale qui met en rapport les efforts du génie littéraire baroque avec les contraintes oulipiennes, et qui trouve l’expression la plus réussie dans Grafomàquia. Ce texte se présente comme un exercice d’adaptation en littérature de la structure musicale du contrepoint, où la prose et la poésie s’alternent dans un continu formel et où le lecteur trouve plusieurs énigmes et formes codifiées comme, par exemple, le palindrome. Les autres volumes participent d’une conception plus hétérogène d’un livre de récits, choix annoncé et défendu dans les « Dues o tres consideracions prèvies » (Deux ou trois considérations préalables) de son troisième volume. Il soutient que les éléments d’un livre constitué par des récits « sans peur, peuvent parfaitement ne pas avoir de lien commun d’ordre thématique, ni d’aucune autre sorte qu’on puisse relever en termes de quantité. Au-delà de ces termes et des termes qui sont inhérents à l’objet littéraire et, en tout cas, aux références au tout de l’oeuvre, on ne sait plus finalement ce qu’il y a derrière les idées d’ordre, rigueur, cohérence et homogénéité, quand souvent il s’agit plutôt d’alibis servant à apaiser les mauvaises consciences de quelques gens pointilleux après on ne sait combien d’indigestions mentales ».

Miquel de Palol a aussi prolongé son activité littéraire dans le cadre d’articles journalistiques et au fil des polémiques culturelles. Il a collaboré à l’ABC, La Vanguardia ou El Mundo.

Ses livres ont été traduits à l’allemand, l’espagnol, l’italien et le néerlandais.