J’ignore si ça peut faire « un chapeau » à ce texte qui m’a touchée, mais je ne peux pas m’empêcher de « commenter » … :

«J’ai vu le sable dans le seau des enfants.
Tu me disais qu’un jour, je comprendrais »

Ces vers sont ceux du début, et j’aime quand la poésie me propose une histoire … c’est devenu tellement rare que la poésie invite à ce voyage …

«J’ai vu sur le sable régner les colosses minérales.
C’est tout ce qui comptait. »

Ces vers sont ceux de la fin, et me voici devant le féminin de colosse … je pensais que ce mot était masculin, et voilà qu’un adjectif le rend féminin … et ça ne me donne pas une sensation de faute d’orthographe …
J’aime être emportée comme ça, par un texte qui a un début et une fin, par un texte qui échappe aux modes trop souvent décharnées de ce qu’on a fini par appeler « le vers libre ».
Bien sûr, il y a dans ce texte des choses mille fois écrites – mais ça me donne envie d’en réécrire d’aussi belles, même mille fois écrites.

« J’ai vu le sable, je crois. » … merci à l’auteur pour ces mots sans breloques ni démesures.
Merci pour ce poème qui me parle, à moi, rien qu’à moi, alors que je n’en connais pas l’auteur … puisse ce poème parler à d’autres avec la même intensité que celle qui m’a portée sur ses vers.

Nath.

Les mémoires
de Patricia Laranco

Sélection de l'automne octobre 08

 

J’ai vu le sable dans le seau des enfants.
Tu me disais qu'un jour, je comprendrais.
La nuque tendue vers le ciel en signe d'abandon,
nous construisions nos vaisseaux de pierre.

J'ai vu le sable sur nos surfaces.
Tu me disais. Moi , j'écoutais.
Tes mots de quartz percutaient la chair.
Les rires échouaient sur les galets,
nous ramenaient l'un dans l'autre.

J'ai vu le sable, je crois.
Il nous reliait.
La ligne d'horizon était bien tracée.
Nous étions debout,granitiques.
Les corps n'étaient pas encore érodés par nos souffles.

J'ai vu sur le sable régner les colosses minérales.
C'est tout ce qui comptait.

 

Oslo Deauville