Mireille Disdero-Seassau

Musique froide

 Mireille Disdero-Seassau

Editorial du 2 0ctobre 2000

Coup de projecteur, par Marie Bataille


Bio-bibliographie

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L'être à lettre
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Néfertiti
Casque de feu

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La nuit entre à flot dans l'homme qui joue. Le dos replié sur son cœur, il a des souvenirs à dérouler.

 Devant nous, il étale sa faim sur le clavier. Repousse le matin, du revers de la main.

 Sur les vitres du café, un restant de couleur s'effiloche à regret. De loin, je traverse les épaisseurs de sa peau, dessine une note blanche au creux de sa main.

 Cet homme n'a pas froid. Il oublie le visage, la voix, puis la chanson de ferré. Bientôt, dans cent ans, il aura repoussé. Comme un arbre. Mais cette nuit, il est blotti au fond d'un verre. Son histoire en boule, froissée dans la paume de nos mains. Ouvertes. J'ai peur pour sa vie. Non, je ne crois pas. C'est le froid de l'été qui me tremble. Agite les mots glaçons entrechoqués d'amitié, au fond des alcools dessaoulés.

 J'ouvre le cœur d'un piano. A l'intérieur, je vole les notes. Le sang. La mer, les ocres et la solitude dense, sa détresse à partager.

 La ville caniveau emporte un homme enroulé dans ses cendres. Je me retourne sur le souffle d'une porte qui le projette dans la rue, loin. Une musique froide me mord la vie, se joue de moi.

 Je rentre. Quelque chose de tendre, en morceaux, au fond de la poche.

 Mireille, juillet 2000