CEVENNES

Artistes transparents


par Sophie Bloch

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Responsable de la rubrique :

Emmanuel Bing

bing@club-internet.fr

Ce texte a été écrit en réaction à une pétition contre l'arrêt de l'accès gratuit du Louvre aux artistes. On trouve cette pétition à l'adresse : http://www.fraap.org/

J'aimerais ajouter un témoignage concernant l'accès de plus en plus réduit des musées aux artistes.
En voici un exemple. En avril dernier, j'ai fait un voyage à Berlin. Je suis allée voir à la Nouvelle Galerie nationale une expo présentant les oeuvres du MOMA. Comme à l'habitude, je sors un petit carnet de croquis, ici devant l'une des baigneuses de Picasso. Il m'a été impossible de poursuivre ; un gardien s'est littéralement jeté sur moi pour m'enjoindre de stopper net.J'étais estomaquée de la violence de cette interdiction. J'ai demandé pourquoi. Le gardien n'a pas jugé bon de répondre. Un peu plus loin, autre salle , autre gardien, je recommence la scène pour m'assurer qu'il ne s'agissait pas d'une erreur ; que non !, même cause, même effet ! Et d'autres gardiens, partout, nous regardant regarder les tableaux, mon ami et moi, comme de véritables suspects. On ne peut même plus regarder les tableaux ! Il faut passer gentiment devant, à un rythme lent mais régulier, dans un silence religieux, et dans l'ordre!
Devant le manque de réponses, j'en suis venue à supposer des raisons de sécurité (on pourrait crever un tableau à l'aide d'un crayon, ou alors le taguer), ou des raisons de gêne à la circulation (bouchons possibles).
Bref, nous circulons sur les autoroutes d'un art à consommer qui s'adresse à un public chéri qui paye et fait la queue, dehors comme dedans.
Quant aux artistes, ils n'ont qu'à se faire transparents.
Il s'agissait de Berlin, du musée d'Art moderne. La visite d' autres musées de la ville n'a pas posé de problèmes.
Au Louvre, on n'est pas si loin ; depuis quelques années, déjà, il tient de l'exploit de pouvoir s'arrêter devant une oeuvre sans être dérangé par un public qui bouscule, un gardien qui s'approche, un monde fou qui passe lui, sans s'arrêter.


 

Une toile de Patrick Cintas