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On
avait oublié. J'avais oublié. Je vivais dans un pays
socialiste. Je pouvais vivre avec l'idée que le monde était
normal. Qu'il y avait réellement des gens au gouvernement
qui avaient une idée intelligible, normale, de la politique.
Des combats humains à mener. De ce qui était bon de
ce qui ne l'était pas. Je vivais dans un monde où
il y avait une éthique.
J'avais oublié les longues périodes de glace. Pompidou.
Giscard. Un monde de droite. Glaciaire. J'avais oublié. Luttes
d'autrefois. De mon adolescence, de mes vingt ans.
Une
lutte toujours rude pour la liberté, la liberté de
penser, la liberté de dire, la liberté d'écrire,
de rire, de créer. De rire au monde, de créer l'univers.
Un désir pour la vie, pour la liberté intérieure,
pour la liberté d'être et de faire.
Images
du Premier ministre à la télévision. Le sourire
mort, le nez crochu. Toujours la tête baissée. Le regard
en dessous. Le sourire inquiétant. Image impressionnante.
Tous les autres autour de la table, tête haute, normaux. Lui,
recroquevillé, le visage baissé, l'oeil à regarder
par en dessous, sardonique. Plantu le compare à Polichinelle.
Rien
ne va plus dans ce pays. Nous sommes revenus à la glaciation.
Je ne savais plus ce que c'était que la droite. Je pensais
qu'ils ne pourraient pas, qu'ils n'oseraient pas. C'est pourtant
ce qu'ils font. Ils osent. Creuser plus encore le fossé.
Laisser plus encore de gens à la mort. Provoquer de façon
concertée des situations où, comme le dit la pub de
l'Armée du salut, il y aura cet hiver 86 000 personnes dans
la rue. Même l'Armée du salut fait de la pub.
Au
nom de la sécurité la répression est menée,
de la façon la plus violente, parfois la plus imbécile.
Les reportages sur les prostituées qui sont refoulées
et rejetées ici et là le montrent ; c'est aussi ce
que les journalistes veulent nous laisser penser.
Depuis
quelques années les prostituées ont essaimé
dans les forêts autour de chez moi. Ce sont des camionnettes,
bougie ou lampe rouge derrière le pare-brise. Mais ce sont
aussi des jeunes femmes sur le bord des routes. Jolies, souvent
jolies. Et si tristes. M'arrêter, dire, vous êtes jolie,
vous êtes vraiment jolie. Je ne suis pas sûr d'être
capable de le faire. Je ne suis pas sûr que cela serve. Ni
à moi, ni à l'autre.
Elles
ont toutes disparu. On ne sait où. Une grande opération
sarkozienne, ils ont dit cela à la télévision.
Ils sont fiers. Ils sont fiers. 13 000 morts cet été,
sous la canicule, et ils sont encore là, le ministre est
encore là. Il y a quelque chose d'une monstrueuse arrogance.
C'est
l'hiver. On a le sentiment que l'on ne peut rien faire. Rien. Les
lois passent. Tout se fait dans la plus totale absurdité
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