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Fin
d'année 2003. On vient d'annoncer le RMA. Et la fin anticipée
des indemnités de chômage pour 180 000 personnes. Je
marche dans cette ville depuis longtemps quittée. Le bruit
du boulevard est insupportable. Il me fatigue, me rend féroce.
Un faux mouvement m'a presque démis l'épaule le matin
même. Je marche sur le trottoir pluvieux et noir. J'ai mal
à l'épaule. Je dois éviter les gens. Je suis
raide dans mes mouvements et dans mon corps. Il faut que j'aille
acheter du papier. Pour tenter de continuer à vivre. Écrire
et peindre. Faire ce que j'ai à faire. Tout ce que je sais
faire. Continuer à dire que je suis là. Je suis encore
là. Même si je ne crois plus bien à mon avenir.
Chaque pas me coûte et la douleur me déchire.
Devant moi un type marche. Il est maigre. Habillé de gris.
Un gris triste. Pantalon et blouson gris, léger, mauvaise
coupe, mauvais tissu. Il est nerveux, marche d'un pas rapide, agité,
saccadé. Casquette grise. Il parle seul. " Et merde
! " Il a ramassé quelque part un journal, qu'il lit.
Il le jette. Le gros titre sur le RMA. " Ils font chier ! Il
ne me reste plus qu'à faire la manche. "
Je regarde le bitume triste. Moi non plus je ne veux pas faire la
manche.
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