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Voilà un petit texte, ébauche,
notation, en gestation, mais pourtant déjà investi
du rôle de porter ma parole, parce qu'aujourd'hui il n'est
plus temps de s'assurer du lisse du discours, mais seulement, pour
moi, de sa vérité.
En voyant une affiche contre Bush
et la guerre en Irak, j'en arrive à penser à quel
point le président américain a réussi à
faire oublier le 11 septembre, et à faire converger sur lui
une forme de transfert négatif mondial. Avec un petit doute
sur le mot "transfert", d'ailleurs, parce qu'il y a là
plus de pathétique qu'autre chose, disons, pas assez de présence,
de carrure, pour que ce "transfert" ne soit pas entaché
d'un certain ridicule.
Je me souviens que l'on craignait,
durant la guerre froide, que le bouton de la bombe ne tombe aux
mains d'un fou. Sous le doigt d'un imbécile, ce n'est pas
plus prudent. La carapate des occidentaux de Bagdad, le 19 mars
et les jours qui ont précédé, est tout aussi
significative de l'hégémonie.
Exemple terrible de toute puissance...
Et ce que cela produit dans les
formations de l'inconscient, disons ce risque nouveau comme en réponse
au trou dans l'histoire, déni du déni, encore. Où
tout discours cesse de tenir dès lors qu'il y a cette violence,
produite ou seulement menace, autrement dit ce dont il se soutient
s'effondre des moyens qu'il emploie pour y parvenir. Désir
dénié de l'instauration d'une nouvelle terreur. Ouvrir
la bouche avec le risque de se prendre une bombe sur le coin de
la gueule. De nouvelles méfiances vont naître.
Ce qui tente de se dire ici, du
côté de la précision, de la justesse, pour autant
qu'il est possible de dire précisément et justement,
quand bien même ce dire est faillible; toute la complexité
d'avoir une parole se joue là, de ce qu'elle se soutient
à la fois des élaborations en cours et des effets
de la réalité.
Parler de ça : moi j'ai besoin
de dire ce que j'ai dit à propos de Bush.
Que ce qui se trame là a déjà produit l'effet
du désastre sur la parole. Que cette parole à tenir,
tout de même, c'est bien l'enjeu de ce qui nous concerne,
tous, ici et ailleurs, la réalité à la mesure
du sens.
Que de ce désastre, s'il
n'y a verbe, nous prenons le risque de le métaboliser (quel
mot) dans la parole. À l'instar du trou dans l'histoire,
vécu du blanc parental, trou, silence dans le discours, interrogation
muette et impossible pour la génération qui suit.
Notre parole vive sur le sujet de
la présente guerre comme défense contre le désastre,
peut être. De toutes façons dérisoire face aux
bombes. Peut être pas si dérisoire quant aux autres
qui seront nourris de notre parole, tant qu'elle est dite.
22 mars 2003
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