Voici le premier article d'une série d'Etienne Paguenac, intitulée
Contre la médecine. Comme vous le verrez, cet article
est très polémique, et ne s'embarrasse guère de caresser la science
dans le sens du poil. Néanmoins de nombreux points, de nombreuses
interrogations, ne laisseront pas de questionner le conformisme ambiant,
et il me semble intéressant que cette parole puisse s'exprimer, et
peut-être trouver ici du répondant.
Comme beaucoup d'écrits polémiques, celui-ci sera à même de réveiller
quelques consciences, et quelques échos pour ou contre seront les
bienvenus dans les colonnes de la rubrique Doxa. L'impertinence ici
en jeu n'a d'autre but que de relancer un débat bien éteint, alors
que les médecins libéraux manifestent et que certains hôpitaux ferment
leurs services pour des raisons de rentabilité.
Le prochain article de la série s'intitule La naissance médicalisée.
La médecine
officielle
La médecine officielle pratiquée dans les pays occidentaux, et notamment
en France, est dangereuse. Elle est dangereuse non seulement par
l'inconséquence de la recherche, mais surtout par le détournement
des individus de leurs environnements naturels et la négation du
caractère animal de l'espèce humaine.
La médecine officielle, loin d'améliorer l'hygiène de vie des individus,
accroît leur incapacité à faire face aux discontinuités de l'existence.
Elle s'est attribué le mérite de la vieillesse alors qu'elle n'a
su créer que le troisième âge : vivre au-delà de soixante-dix ans
est présenté comme un progrès résultant de cette médecine. En réalité,
des vieillards de quatre-vingts ans jalonnent l'histoire de l'humanité.
C'est précisément parce que ces vieillards avaient un mode de vie
réfléchi et une compréhension de leur environnement qu'ils vivaient
vieux. C'est la sagesse qui permet de vivre vieux et non la vieillesse
qui confère la sagesse. Aujourd'hui, la médecine officielle permet
à des individus aux comportements irresponsables pour eux-mêmes
et souvent pour les autres, d'atteindre des âges avancés. En d'autres
circonstances, ils seraient morts. Ils arrivent à l'âge de la retraite
en mauvais état après des accidents de voiture, des problèmes liés
aux abus d'alcool, de tabac,Š , des régimes alimentaires en tous
points excessifs, ou des emplois stressants. Les valides n'ont plus
qu'à s'occuper de ces vieillards gâteux. La médecine officielle
intervient à nouveau en éliminant en douceur ceux là-même qu'elle
a contribué à créer. Cela fournit des clients parfaits dont les
familles se débarrassent en les confiant à des structures médicalisées
justifiant ainsi le bien-fondé de la médecine officielle. Cette
structure auto-alimentée modifie le rapport de l'homme à son milieu,
de l'homme à lui-même et de l'homme à sa descendance.
Dénoncée dès le début du XX ème siècle par Jules Romain et son personnage
Knock, le succès de la médecine officielle repose sur une double
méprise : la première consiste à lui attribuer un fondement moral
et altruiste, et la seconde à lui reconnaître une capacité à faire
vivre les individus.
Les travaux de Pasteur furent déterminants dans le succès de la
médecine officielle. La protection des individus contre des maladies,
plus ou moins mortelles, par la vaccination, offrit à la médecine
officielle un certificat de naissance moral et scientifique. Cette
capacité à faire survivre des individus qui seraient peut-être morts
sans la vaccination donna à la médecine officielle une crédibilité
jusque là inaccessible. Ayant souffert de l'image de charlatanerie
pendant des siècles, la médecine officielle prit enfin sa revanche.
En quelques dizaines d'années, les médecins déployèrent un arsenal
thérapeutique mélangeant pèle-mêle des principes actifs, des actes
chirurgicaux, des principes d'hygiène à des produits et des méthodes
relevant de la pure charlatanerie. L'analyse statistique elle-même
fut mise à contribution pour vernir la médecine officielle. Peu
importe qu'il y eut des morts par milliers à l'issue d'opérations
ou de traitements, dès lors que l'on put sauver une vie. Peu importe
que les vaccinations affaiblissent et détruisent l'espèce humaine
à moyen et long terme, dès lors que l'on élimine certaines maladies
de notre présent. L'obligation de moyens et non de résultats auquel
la médecine officielle se soumet est unique dans l'exercice des
professions. Alors qu'un médecin touche à l'existence même des individus,
il est soumis à une contrainte moindre qu'un plombier ou un commerçant.
Héritière d'une médecine dont il fallait se tenir à l'écart pour
survivre, la médecine officielle est devenue omniprésente dans la
vie quotidienne des individus, de leur naissance à leur mort.
La reconnaissance de fondements moraux à la médecine officielle
fut un principe de diffusion sinon de commercialisation. Les mots
dévouement, désintéressement, altruisme, bonté, fraternité sont
associés, à tort, à la médecine officielle. Combien sont ceux qui,
parmi les médecins généralistes et spécialistes, soignent des individus
en difficulté financière ? Très peu ! Dans cette poignée de praticiens,
beaucoup ne font jamais qu'un prêt, le client restant toujours débiteur
et susceptible d'honorer sa dette dès l'amélioration de sa situation
économique. Les organisations humanitaires sont en première ligne
de la caution morale nécessaire à l'exercice du commerce de la médecine.
Le contre argument est toujours le même : sans une rétribution de
ses services, le médecin ne pourrait exercer. Compte tenu de la
charge qui pèse sur lui et des études difficiles qui lui permettent
d'exercer, le médecin doit nécessairement percevoir un revenu important.
La société française s'est organisée pour financer l'accès aux soins
médicaux des plus démunis. Dans ces conditions, la médecine officielle
ne peut revendiquer une quelconque grandeur morale. En outre, nombreux
sont ceux qui ont en tête des médecins et des spécialistes avides
d'argent et de pouvoir. L'importance et la qualité des soins dentaires,
par exemple, est souvent proportionnelle au taux de remboursement
des mutuelles auxquelles nous cotisons.
Le coût exorbitant des actes médicaux a détruit le dispositif de
sécurité sociale mis en place au début du XX ème siècle. La revendication
permanente d'une augmentation des prix et du nombre d'actes médicaux
est justifiée par le bien fondé moral et démocratique de la médecine.
Toute tentative de réduction est immédiatement réduite à une volonté
de nuire à la santé publique. Ainsi la médecine officielle a-t-elle
acquis une autonomie de fonctionnement et une liberté totale sur
le traitement des individus.
A l'inverse d'autres professions, la médecine officielle ne supporte
jamais le poids de ses erreurs. Trop nombreuses, elles la condamneraient
et limiteraient son action aux seuls problèmes traumatiques. C'est
en effet dans ce domaine que l'on peut reconnaître à la médecine
officielle un intérêt thérapeutique. La capacité d'intervenir et
de restaurer les tissus ou les membres affectés compte parmi les
rares qualités de la médecine officielle. Certains avanceront que
c'est la somme des expérimentations qui a rendu la médecine traumatique
plus efficace, mais il ne s'agit là que d'un argument visant à justifier
un ensemble de pratiques contestables.
Etienne Paguenac
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