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L’atelier d’écriture tel que je le pratique depuis le début des années quatre-vingt, dans sa démarche originale, est voué à se transmettre, non pas comme une technique particulière, rigide, mettant en jeu une série de recettes éprouvées, mais bien comme un effort de création et de recherche littéraires. C’est dans cet esprit de transmission, pour ne pas dire de filiation, la démarche et le mode m’ayant été transmis si intimement et longuement, que je crée à la demande de quelques personnes éprises de ce métier, des séminaires. La participation à ces rencontres implique d’avoir suivi un atelier d’écriture. Il n'est pas obligatoire d'avoir suivi le séminaire précédent pour intégrer celui de cette année.
Séminaire Les temps de l'atelier
Cette année, qui est donc la seconde année de mon séminaire, nous aborderons la question de l'atelier sous l'angle des temps qui le rythment et le bornent. C'est en effet en prenant conscience de la pulsation d'un atelier que l'on peut tenir la juste distance pour chacun des participants. Nous verrons comment travaillent les temps individuels et les temps généraux, comment mener une articulation dans le mouvement de l'atelier, enfin nous aborderons la question de la synchronie, de la diachronie et de la chronologie de l'atelier.
Animer un atelier d’écriture ne s’improvise pas. La démarche, construite pas à pas, saison après saison, s’est théorisée, consolidée, de la parole des écrivants en atelier, de la parole et des apports des uns et des autres. Séminaire plutôt qu’enseignement, parce qu’il est nécessaire pour chacun de s’engager profondément dans la démarche afin d’en explorer toutes les ressources, qu’ils soient outils théoriques, pratiques, techniques, stratégiques ou culturels. C’est la créativité qui est au centre d’un tel travail. S’agirait-il d’un ensemble de recettes à suivre que l’on se fourvoierait dans l’univers de la méthode et dans la sécheresse d’un apprentissage sans fondement.
Ce qu’il y a à transmettre se soutient d’autre chose que le seul parcours entre des propositions variées : il s’agit d’en montrer et d’en inventer ce qui pour chacun éveille la pulsion créatrice, comment l’on insuffle, pour autant que faire se peut, le désir d’écrire, le travail qui a lieu, le plaisir et les difficultés de la recherche.
Nous aborderons les questions de posture, de position, ainsi que le travail d’invention de l’animateur tant en ce qui concerne les propositions, que pour sa créativité dans l’animation elle-même, fondée sur sa propre aventure littéraire, sa culture et les savoirs acquis dans l’expérience de l’atelier, sur un travail sur soi et des élaborations personnelles concernant le rapport à l’autre. indispensables pour ne pas verser dans les travers tant de fois repérés d’une gestion dévoyée du groupe.
La question de la création littéraire, et de la pratique de l’écriture, ne se peut dissocier de la question de l’animation, de l’accompagnement de chacun, en tant que c’est bien de cette fibre qu’il y a à transmettre, et qu’on ne peut travailler au sensible qu’en s’y donnant, qu’en y donnant de soi. C’est bien pour travailler sur les garde-fous, celui de l’écriture, du réel du texte par exemple, sur les pare-feux qui protègent des déviations, que le travail du séminaire engage dans une réflexion et des travaux personnels constants, qui constituent de réelles fondations au travail de chacun.
S’il est pratique de séparer les différents éléments de l’animation pour travailler lors du séminaire, il ne faut pas perdre de vue que l’on est tout entier lorsque l’on est dans la position d’animer. C’est la raison pour laquelle nous travaillerons le contenu des propositions, et ce qui les sous-tend dans leur position dans le cours de l’atelier, d’un point de vue théorique comme d’un point de vue pratique. Ainsi que la façon de les amener, tenant compte de l’écoute nécessaire, mais aussi de la sensibilité au groupe et à ce qui s’y trame.
Lors d’une interview accordée à Isabelle Rossignol, Élisabeth Bing dit, concernant le choix des animateurs :
Il faut qu’ils aient fait le parcours de tout l’atelier. Je choisis un animateur ou une animatrice d’abord pour son éthique, ensuite pour la qualité de sa présence. Si les autres ne l’intéressent pas, il ne faut pas qu’il fasse ce travail. Il faut aussi qu’il y ait un esprit de délicatesse, une véritable et profonde culture littéraire ainsi qu’un grand respect de l’autre car vous savez, avec le métier, on voit vite ce qui ne va pas dans un texte, ce qui l’encombre… mais tout est dans l’art de le dire. Il faut du temps pour sentir comment on va faire avancer l’écriture de la personne. […]
C’est donc plus qu’un apprentissage, il me semble?
Oui, je cherche à former des personnes qui ont ce don et qui ont une voix. Mais il y a un apprentissage qui a lieu avec le travail de l’écriture lui-même dans le temps de l’atelier, travail que nous théorisons au cours d’une formation spécifique. Animer un atelier ne s’improvise pas.
Le travail de recherche et d’invention est essentiel entre chaque session du séminaire. Des temps d’écriture seront aussi ménagés au cours des séances.
Renseignements et infos pratiques :
http://www.atelier-bing.com
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